Pheidole sinica
Deux fourmis en une seule colonie. Les ouvrières mineures, fines et rapides, explorent, soignent le couvain et appellent leurs sœurs par une piste invisible ; les soldats, à la tête colossale et pleine de force, attendent dans le nid qu’une proie ou un intrus réclame leurs mandibules. Pheidole sinica, l’une des grandes Pheidole d’Asie de l’Est, porte sur ses antennes la signature de sa lignée : une massue de quatre articles. Difficulté 4/5, avancé : nid humide à 24–28 °C, protéines abondantes et variées, graines en complément, diapause douce à 12–15 °C et barrière anti-évasion impeccable. Reine avec ouvrières et couvain. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.
Difficulté : 4/5 – Avancé
L’une des grandes Pheidole d’Asie orientale, avec deux castes d’ouvrières qui semblent appartenir à des espèces différentes : des mineures fines et rapides, et des soldats à la tête énorme. Nid humide à 24–28 °C avec une zone plus sèche, Nectar Blue Sugar presque tous les jours, protéines abondantes et variées, graines en complément et une diapause douce d’environ 2–3 mois à 12–15 °C. Déménagement par renversement et une seule reine par colonie. Les mineures se faufilent par la moindre fente : barrière anti-évasion et couvercle, toujours.
Pheidole sinica (Wu & Wang, 1992) est une grande Pheidole du sud de la Chine et l’une des espèces du genre qui attirent le plus le regard dans une fourmilière. Dans une même colonie cohabitent deux types d’ouvrières très différents : les mineures, petites et agiles, qui explorent, s’occupent du couvain et recrutent les autres, et les soldats, dotés d’une tête démesurée armée de mandibules capables de découper des proies et de briser des graines.
Pourtant, elle n’a pratiquement jamais été étudiée. En dehors de sa description originale, la science n’a rien publié sur sa vie à l’état sauvage. C’est pourquoi, dans cette fiche, nous distinguons le peu que l’on sait d’elle, ce qui est bien étudié chez d’autres Pheidole, ce que rapportent d’autres éleveurs et ce que nous recommandons chez Antomas.
Biologie
Décrite parmi les insectes d’une forêt
Elle a été décrite en 1992 par les entomologistes chinois Wu Jian et Wang Changlu, dans un ouvrage consacré aux insectes forestiers d’une province du sud de la Chine, sous le nom de Ceratopheidole sinica. Les spécimens types ont été récoltés en juin 1978 et 1979 dans deux stations forestières : une forêt de montagne et une pépinière de semences d’arbres. Sinica signifie « chinoise » en latin.
En 1995, le catalogue mondial de Barry Bolton l’a transférée dans le genre Pheidole, où elle reste une espèce valide, et la liste des fourmis de Chine de Guénard et Dunn (2012) la maintient. Wu et Wang n’ont décrit que deux castes, le soldat et l’ouvrière mineure. La reine et le mâle n’ont jamais fait l’objet d’une description scientifique, et les seuls signalements que nous avons pu vérifier proviennent de Chine : ceux qui la situent dans d’autres pays ne s’appuient sur aucune publication.
Quatre articles à la massue : la signature de Ceratopheidole
Presque toutes les Pheidole terminent leurs antennes par une massue de trois articles. Ceratopheidole, le nom sous lequel elle a été décrite, regroupait celles qui en ont une de quatre, et c’est ce caractère qui distingue P. sinica de sa voisine Pheidole ocellata. Le myrmécologue chinois Zhou Shanyi l’a noté noir sur blanc en 2001 en décrivant P. ocellata : elle ressemble à P. sinica par sa forme, mais possède une massue de trois articles et relève d’une lignée bien distincte.
Aujourd’hui, Ceratopheidole n’est plus utilisé comme genre, mais les Pheidole asiatiques à massue de quatre articles forment toujours un groupe reconnaissable. Dans la révision des Pheidole du nord du Vietnam publiée par Katsuyuki Eguchi (2008), seules deux espèces en possèdent une : P. gatesi et P. smythiesii, deux proches parentes de grande taille qui nous servent plus bas à chiffrer le dimorphisme. Si vous avez une loupe, comptez les articles au bout de l’antenne : c’est le moyen le plus rapide de la reconnaître.
Deux fourmis en une : mineures et soldats
Les ouvrières de Pheidole ne forment pas une gamme continue de tailles, comme celles de nombreuses Camponotus, mais deux groupes séparés, sans intermédiaires. C’est ce que le myrmécologue Edward O. Wilson a appelé en 1953 le dimorphisme complet : si l’on mesure toutes les ouvrières d’une colonie, on obtient deux pics, l’un de mineures et l’autre de soldats, et rien entre les deux (Holley et al. 2016). Pour vous donner une idée de l’écart, voici les mesures de ses deux parentes à massue de quatre articles (Eguchi 2008, cinq spécimens de chaque caste) :
- Largeur de la tête : 2,73–3,08 mm chez le soldat de P. gatesi contre 0,89–1,00 mm chez sa mineure ; 2,63–3,09 mm contre 0,82–1,03 mm chez P. smythiesii. Autrement dit, une tête environ trois fois plus large et une surface environ neuf fois supérieure.
- Antennes : chez la mineure, le scape est plus long que la largeur de sa tête (indice scapal 121–144) ; chez le soldat, il en atteint à peine la moitié (47–58). La mineure « palpe » le monde avec ses longues antennes ; le soldat l’affronte avec sa tête.
- Poids : chez l’américaine P. morrisi, la seule espèce pour laquelle nous avons trouvé cette donnée, un soldat pèse environ quatre fois plus qu’une mineure, 0,47 contre 0,12 mg en poids sec, et coûte au moins quatre fois plus cher à produire (Murdock et Tschinkel 2015).
- Proportion : chez les dix espèces étudiées par Wilson (1984), on comptait entre 3 et 20 mineures par soldat selon l’espèce ; chez P. morrisi, les soldats représentaient 11 % des ouvrières, mais 30 % du poids.
Pour P. sinica, aucune mesure de la mineure n’a été publiée : nous ne pouvons donc pas donner sa propre proportion. Le seul chiffre qui circule pour le soldat, attribué à la description originale, est une tête de 2,75 mm de large, en plein dans la fourchette de ses deux parentes (voir « Mesures approximatives »).
L’une des plus grandes Pheidole ?
De nombreuses boutiques la présentent comme « la plus grande Pheidole du monde », mais aucune source scientifique ne l’affirme. Ce qui est vrai, c’est qu’elle fait partie des grandes : chez la plupart des espèces du genre, la tête du soldat n’atteint pas 2 mm de large, comme chez l’asiatique P. nodus, avec 1,58–1,82 mm (Eguchi 2008). Au-dessus de P. sinica, on connaît au moins trois espèces dont les mesures ont été publiées : sa voisine P. ocellata, avec des têtes d’environ 3 mm de large (Zhou 2001) ; la vietnamienne P. dugasi, avec 3,15–3,40 mm (Eguchi 2008), et le supersoldat de l’américaine Pheidole rhea, avec près de 4 mm. P. sinica n’a pas de supersoldats : ses soldats forment une seule caste.
Des cerveaux différents pour des tâches différentes
La différence ne tient pas qu’à la taille. En 2012, Mario Muscedere et James Traniello ont comparé le cerveau des mineures et des soldats de trois espèces de Pheidole et ont mis en évidence deux architectures distinctes :
- Les mineures ont, en proportion, de plus grands corps pédonculés, les centres de l’apprentissage et de la mémoire, ainsi que de plus grands lobes antennaires, qui traitent les odeurs. Cela correspond à leur travail : elles font un peu de tout, des soins aux larves au suivi des pistes.
- Les soldats ont un ganglion sous-œsophagien, qui commande les pièces buccales et les mandibules, 28–41 % plus grand en proportion. Un cerveau conçu pour mordre.
Des soldats en réserve
Dans une colonie normale, les soldats accomplissent peu de tâches : Wilson (1984) en a compté entre 4 et 19 selon l’espèce, contre le répertoire extrêmement varié des mineures. Mais lors de sa plus célèbre expérience, il a retiré presque toutes les mineures, jusqu’à en laisser moins d’une par soldat, et en moins d’une heure les soldats ont élargi leur répertoire de 1,4 à 4,5 fois et multiplié leur activité par 15–30. Ils se sont mis à soigner le couvain et à faire le travail des mineures, au point d’assurer au moins 75 % de ce qu’elles faisaient.
Pourquoi ne le font-ils pas en temps normal ? Parce qu’ils se tiennent à l’écart. Wilson lui-même (1985) a observé qu’auprès du couvain, les soldats évitent activement les mineures, et que c’est cette aversion qui les tient éloignés des larves lorsque les mineures sont assez nombreuses. Chez 17 espèces tropicales, Mertl et Traniello (2009) ont constaté que les soldats privés de mineures en viennent à s’occuper du couvain environ 20 fois plus. Spécialistes, oui ; inutiles, non.
Des soldats-gourdes
Certaines Pheidole se servent de leurs soldats comme garde-manger. Chez Pheidole ryukyuensis, une espèce des îles japonaises, Kazuki Tsuji (1990) a trouvé des soldats au gastre très gonflé et au jabot rempli de nourriture. Soumises au jeûne, les mineures qui cohabitaient avec l’un de ces soldats ont survécu environ quatre fois plus longtemps que celles qui étaient seules. Cela n’a pas été étudié chez P. sinica, mais si vous voyez un jour un soldat au gastre renflé et brillant, vous saurez ce que cela peut être.
Une piste que seules les petites tracent
Lorsqu’une mineure trouve de la nourriture, elle revient au nid en laissant une piste chimique qui guide ses congénères. Chez la Pheidole méditerranéenne, Pheidole pallidula, cette piste provient de la glande à venin des mineures, et l’un de ses composants est une pyrazine, la 3-éthyl-2,5-diméthylpyrazine. Les soldats n’en ont pas dans cette glande (Ali et al. 1988).
Les soldats ne répondent pas non plus de la même façon à l’appel. Detrain et Pasteels (1991) ont montré que leur seuil de réponse est plus élevé : ils ne se joignent au mouvement que lorsque le recrutement est très intense, par exemple face à une grosse proie ou à un intrus. Vous le verrez chez vous : quelques mineures découvrent la nourriture, un flot de mineures arrive et, si la pièce est grosse, les soldats font leur apparition.
Plus de nourriture, plus de soldats
La proportion de soldats n’est pas fixe. Dans une population naturelle de Pheidole flavens, un apport de nourriture supplémentaire sur le terrain a augmenté la production de soldats, et davantage encore lorsque cette nourriture était concentrée en un seul point (McGlynn et Owen 2002). Une colonie bien nourrie « peut se permettre » des soldats, qui coûtent cher à produire. Pour l’éleveur, la conséquence est concrète : avec des protéines abondantes et régulières, vous verrez davantage de soldats (voir « Alimentation »).
Un climat de mousson avec un vrai hiver
Son aire de répartition connaît un climat subtropical humide de type mousson, d’après les normales climatiques de la région : des étés longs, chauds et humides, avec des moyennes de 27–29 °C ; des printemps très pluvieux ; des automnes plus secs, et des hivers courts et frais, avec des moyennes d’environ 6–10 °C pendant les mois les plus froids et des gelées faibles et occasionnelles. À la profondeur où niche une fourmi terricole, le sol reste en hiver aux alentours de 10–14 °C, sans geler.
Ce n’est pas une espèce tropicale, comme l’affirment certaines boutiques, ni une fourmi faite pour les hivers européens. Cet hiver court et frais est à la base de la diapause douce que nous recommandons à la maison (voir « Diapause »).
Ce que l’on sait de sa vie à l’état sauvage (et ce que l’on ignore)
Aucune étude n’a porté sur son écologie. Tout ce qui circule sur son mode de vie provient de fiches d’éleveurs et de boutiques, et les informations ne concordent pas toujours. Ce qui revient le plus souvent, c’est qu’elle niche dans le sol, souvent sous les pierres, en forêt et en lisière de forêt ; qu’elle est omnivore, avec des insectes, des liquides sucrés et des graines ; qu’elle est monogyne, avec une seule reine par colonie, et que ses colonies atteignent plusieurs milliers d’ouvrières. Ces sources s’accordent aussi à la dire très agressive envers les autres fourmis. Tout cela est cohérent avec ce que l’on sait d’autres grandes Pheidole asiatiques, mais personne ne l’a vérifié chez P. sinica.
Taille et morphologie
Une grande Pheidole, avec les deux castes d’ouvrières typiques du genre et sans tailles intermédiaires :
- Soldat (ouvrière majeure). Tête énorme, à peu près aussi large que longue, avec des mandibules puissantes et des scapes courts. Pas de supersoldats.
- Ouvrière mineure. Bien plus petite, fine et agile, avec de longues antennes. C’est celle que vous verrez presque toujours dans l’aire de chasse.
- Antennes. Avec une massue de quatre articles, le caractère qui la distingue de P. ocellata, qui en a une de trois (Zhou 2001). C’est une donnée déduite de son genre d’origine et de cette comparaison : nous n’avons pas pu lire la description chinoise.
- Reine et mâle. Non décrits scientifiquement.
- Coloration. Nous n’avons pas pu consulter la description originale. Les éleveurs la décrivent d’un brun rougeâtre à un brun foncé, la tête du soldat étant plus sombre.
Mesures approximatives
- Soldat : tête de 2,75 mm de large et 2,67 mm de long, selon la description originale de Wu et Wang (1992), citée dans une compilation d’amateurs ; nous n’avons pas pu la vérifier dans le texte chinois
- Ouvrière mineure : aucune mesure publiée que nous ayons pu consulter
- Reine et mâle : aucune mesure publiée, puisqu’ils ne sont pas décrits
- À titre de comparaison, ses parentes à massue de quatre articles (Eguchi 2008) : soldat de P. gatesi avec une tête de 2,73–3,08 × 2,93–3,40 mm (largeur × longueur) et mineure de 0,89–1,00 × 0,99–1,11 mm ; soldat de P. smythiesii de 2,63–3,09 × 2,63–3,03 mm et mineure de 0,82–1,03 × 0,95–1,19 mm
Les longueurs de soldats, de mineures et de reines indiquées par les boutiques ne proviennent pas de mesures publiées que nous ayons pu vérifier ; nous préférons donc ne pas les donner.
Maintien en captivité
Difficulté : 4/5 – Avancé
Chez Antomas, nous la classons au niveau avancé. Au quotidien, elle n’est pas compliquée : elle mange de tout, tolère une large plage de températures et se développe bien avec de la chaleur et de la nourriture. Ce qui la sépare d’une espèce pour débutants tient en quatre points :
- Les évasions. Les mineures sont petites, rapides et exploratrices, et trouvent la moindre fente. La barrière et le couvercle ne sont pas facultatifs.
- L’humidité. Il lui faut un nid humide bien géré, sans excès d’eau ni moisissure, et avec une espèce aussi carnivore, les restes de nourriture doivent être retirés à temps.
- La diapause. Elle demande un hiver doux, ni tropical ni européen.
- Le caractère. Elle est très agressive envers les autres fourmis et, si l’on dérange le nid, elle sort en masse ; les soldats pincent.
Et elle en vaut vraiment la peine. Peu d’espèces montrent aussi bien comment fonctionne une société à deux castes : des mineures qui découvrent la nourriture en quelques minutes et recrutent en masse, et des soldats qui entrent en scène quand il faut de la force. Si les Pheidole vous attirent, vous trouverez aussi chez Antomas P. ocellata, sa voisine à massue de trois articles, et l’américaine P. rhea, avec ses supersoldats.
Paramètres recommandés
- Température du nid : 24–28 °C pendant la saison active, avec une zone un peu plus chaude, de 28–30 °C, sur un côté, et toujours avec un thermostat. La nuit, elle peut descendre à 20–22 °C sans problème. Ne la maintenez pas en permanence au-dessus de 32 °C environ.
- Pourquoi ces valeurs : en plein été, le sol de son aire de répartition avoisine 28–30 °C à la profondeur du nid, et les éleveurs s’accordent sur un nid à 24–28 °C.
- Humidité : nid humide, autour de 60–80 %, avec une partie toujours humide et une autre un peu plus sèche, pour que la colonie choisisse où placer le couvain. Aire de chasse plus sèche, à 40–60 %. Ce sont les mêmes valeurs que celles que nous recommandons pour P. ocellata.
- Eau : en permanence, dans un tube à essai rempli d’eau et bouché avec du coton, placé dans l’aire de chasse.
- Lumière : nid dans l’obscurité et aire de chasse éclairée, avec un cycle jour-nuit normal.
- Diapause : douce, d’environ 2–3 mois, de décembre à février, à 12–15 °C (voir « Diapause »).
Fourmilières recommandées
Chez Antomas, nous recommandons la gamme Qbik Wild d’Anthouse : des fourmilières en plâtre qui conservent bien l’humidité dont cette espèce a besoin. Pour une colonie comme celle que nous vendons, avec sa reine et quelques dizaines d’ouvrières, le Qbik Wild One P 1C :
Lorsque la colonie l’aura rempli, l’étape suivante est le Qbik Wild Duo P 2C :
Agrandissez lorsque vous voyez des ouvrières immobiles dans l’aire de chasse, faute de place à l’intérieur, mais ne vous précipitez pas : dans un nid trop grand pour la colonie, les chambres inutilisées finissent en dépotoir, avec de la moisissure. Complétez l’installation ainsi :
- Barrière anti-évasion en haut des parois de l’aire de chasse et couvercle bien ajusté (voir « Évasions et barrières »).
- Une zone humide et une autre plus sèche dans le nid : n’humidifiez qu’une partie, sans détremper.
- De l’eau en tube à essai avec du coton, et un abreuvoir pour le nectar, jamais sur du coton.
- Un coin de l’aire de chasse en guise de dépotoir : la colonie y déposera ses déchets. Retirez-les souvent.
Arrivée et déménagement par renversement
À la réception de la colonie, laissez-la reposer une journée dans un endroit calme et sombre, à 24–26 °C, vérifiez qu’elle a de l’eau et proposez-lui une goutte de nectar et une petite proie. Pour la transférer dans la fourmilière, chez Antomas, nous procédons par renversement :
- Installez d’abord la fourmilière, avec la zone humide prête, l’eau en place et surtout la barrière anti-évasion déjà posée : les mineures sont très rapides.
- Travaillez au-dessus d’un plateau, avec des pinces et un pinceau doux, jamais avec les mains.
- Ouvrez le récipient dans l’aire de chasse, près de l’entrée du nid, et renversez délicatement la reine, les ouvrières et le couvain, en aidant les retardataires avec le pinceau.
- Fermez le couvercle et laissez le nid dans l’obscurité. En peu de temps, elles auront rentré tout le couvain.
Pour la transférer plus tard dans un module plus grand, même méthode.
Croissance et premiers soldats
Nous vendons des colonies déjà bien lancées : une reine avec des ouvrières et du couvain. D’après les éleveurs, c’est une espèce monogyne, et chez Antomas, nous ne regroupons ni reines ni colonies.
- Le rythme. Aucun comptage n’a été publié. Les boutiques qui la vendent parlent d’environ 4–6 semaines de l’œuf à l’ouvrière au chaud, et de colonies qui, au fil des années, atteignent plusieurs milliers d’ouvrières.
- D’abord, des mineures. Dans une jeune colonie, presque toutes les nouvelles ouvrières sont des mineures. Les soldats arrivent quand l’effectif est bien établi et que la nourriture ne manque pas.
- Plus de protéines, plus de soldats. Comme chez d’autres Pheidole, la colonie produit davantage de soldats quand la nourriture abonde (voir « Plus de nourriture, plus de soldats »). Si aucun soldat n’apparaît en pleine saison, vérifiez les protéines et la température.
- En hiver, pause. Pendant la diapause, le développement du couvain ralentit : c’est normal.
Alimentation
Sucres. Chez Antomas, nous recommandons le Nectar Blue Sugar d’Anthouse 4–5 fois par semaine et un autre nectar ou liquide sucré 1–2 fois par semaine, pour ne pas toujours proposer la même chose. Vous pouvez aussi ajouter un peu de protéines au nectar. Proposez-le toujours dans un abreuvoir, où la goutte reste « étalée » et accessible, et jamais sur du coton, qui moisit et gâte très vite le liquide.
Protéines : abondantes et variées. La reine en a besoin pour pondre, les larves pour grandir et la colonie pour produire des soldats. Selon l’expérience d’Antomas, plus les colonies reçoivent de protéines, plus elles se développent rapidement et plus elles deviennent populeuses. Si vous faites l’entretien souvent et retirez les restes, mieux vaut en donner trop que pas assez ; si vous ne pouvez pas nettoyer régulièrement, mieux vaut ne pas suralimenter. Changez de type d’insecte d’une semaine à l’autre :
- Thermobia domestica : une proie petite et tendre, parfaite pour les jeunes colonies.
- Grillons (Acheta domesticus) et blattes turques, dites runner (Shelfordella lateralis), coupés en morceaux tant que la colonie est petite.
- Blattes d’Argentine (Blaptica dubia) et vers de farine (Tenebrio molitor), fraîchement tués et ouverts : les soldats se chargent de les découper.
- Collemboles (Sinella curviseta), un bon complément pendant les premières semaines.
Retirez les restes sous 24–48 h : dans un nid humide, ils moisissent vite. Achetez les insectes auprès d’un fournisseur fiable, car ceux qui ont été traités aux insecticides peuvent tuer la colonie.
Les graines, en complément. De petites graines non traitées, comme le sésame, le millet ou l’amarante, celles qu’utilisent les éleveurs avec cette espèce. Les soldats les brisent avec leurs mandibules. Proposez-en de temps en temps dans l’aire de chasse, mais elles ne constituent pas la base du régime.
Eau : toujours disponible, dans le tube à essai avec du coton, séparée du sucre.
Diapause
Il n’existe aucune étude sur sa diapause, et les boutiques ne sont pas d’accord entre elles : certaines affirment qu’elle n’en a pas besoin, d’autres recommandent une pause de décembre à mars. Le climat de son aire de répartition comporte un hiver court mais bien réel, avec un sol autour de 10–14 °C à la profondeur du nid (voir « Un climat de mousson avec un vrai hiver »). C’est pourquoi, chez Antomas, nous recommandons une diapause douce :
- Environ 2–3 mois, de la mi-décembre à la fin février, à 12–15 °C. Ne descendez pas en dessous de 10 °C environ.
- Entrée progressive en novembre : supprimez la zone chaude et laissez la colonie 2–3 semaines à 16–20 °C avant de descendre, en réduisant les protéines.
- Pendant la diapause : de l’eau en permanence, un peu de nectar et presque pas de protéines. Ne laissez pas la zone humide se dessécher et dérangez la colonie le moins possible.
- Sortie progressive en mars, en repassant par 16–20 °C jusqu’à revenir à 24–28 °C. Redonnez des protéines dès que vous voyez du couvain.
- Petites colonies, comme celle que vous recevez : le premier hiver, mieux vaut une diapause plus courte et plus tempérée, de 6–8 semaines à 15–18 °C.
- Où : une pièce non chauffée ne descend souvent pas assez bas ; un garage, une cave ou une armoire à vin font généralement l’affaire. Jamais dans un réfrigérateur à 4–8 °C, comme pour une espèce du nord de l’Europe.
Comportement et observation
Un recrutement éclair. Dès qu’une mineure trouve de la nourriture, une colonne de congénères arrive en quelques minutes en suivant sa piste. Si la proie est grosse, les soldats apparaissent pour la découper.
Des soldats casaniers. Ils passent presque tout leur temps dans le nid et ne sortent que lorsqu’il y a une grosse proie, des graines à briser ou une menace. Si vous voyez soudain beaucoup de soldats dehors, quelque chose les a alarmés.
Une mauvaise voisine. Les éleveurs la décrivent comme très agressive envers les autres fourmis, avec des tendances au pillage. Ne la maintenez ni dans des installations mixtes ni à côté d’autres colonies.
Observer sans crainte. Chez Antomas, nous pensons que les fourmis sont faites pour qu’on en profite, qu’on les observe et qu’on apprenne d’elles, pas pour rester cachées. Il suffit de laisser le nid dans l’obscurité et l’aire de chasse éclairée, et de les observer avec délicatesse, en intervenant le moins possible.
Signaux d’alerte :
- Aucun nouveau soldat après des mois de saison active : il manque des protéines ou de la chaleur.
- Moisissure dans les chambres : trop d’humidité ou de la nourriture non retirée.
- Ouvrières entassées dans un coin : le reste du nid est peut-être trop sec ou trop froid.
- Beaucoup d’ouvrières immobiles dans l’aire de chasse, faute de place à l’intérieur : il est temps d’agrandir.
Évasions et barrières
C’est le point qui demande le plus d’attention. Les mineures sont petites, fines et exploratrices, et plusieurs boutiques signalent que l’espèce s’échappe facilement.
- Une barrière anti-évasion en haut des parois de l’aire de chasse : du PTFE (Fluon) en couche fine ou, en guise d’alternative plus facile à trouver, une bande d’huile minérale. Renouvelez-la lorsqu’elle accumule poussière ou débris.
- Un couvercle bien ajusté et, s’il comporte une aération, muni d’une grille fine.
- Aucune fente : vérifiez les raccords, les bouchons et les tubes. Le moindre jeu est une sortie.
- Rien qui fasse pont jusqu’à la barrière : ni brindilles ni pinces posées contre les parois.
- Au moment de nourrir, ouvrez juste ce qu’il faut et déposez la nourriture loin des parois.
Manipulation et sécurité
Ce n’est pas une espèce dangereuse. Les mineures se font à peine sentir, et les soldats, avec leurs mandibules, peuvent pincer assez fort, sans autre conséquence. Travaillez toujours avec des pinces et un pinceau doux, au-dessus d’un plateau et lentement, pour ne perdre ni blesser aucune ouvrière, et encore moins la reine. Si vous avez de jeunes enfants ou des animaux de compagnie, gardez toujours la fourmilière fermée et hors de leur portée. C’est une espèce exotique : elle ne doit en aucun cas être relâchée dans la nature.
À ne pas faire
- Installer la fourmilière sans barrière ou se fier à une barrière ancienne ou sale.
- Laisser le nid sec ou, à l’inverse, détrempé.
- Laisser des restes de proies plus de 48 h dans le nid humide.
- La garder au chaud toute l’année sans aucun repos, ou lui imposer une diapause froide au réfrigérateur.
- Lui donner toujours le même insecte ou manquer de protéines quand il y a des larves.
- Mettre le nectar sur du coton.
- Regrouper des reines ou des colonies, ou la maintenir avec d’autres espèces.
- Transférer une petite colonie dans une fourmilière immense.
Sources scientifiques
Cette fiche a été élaborée à partir de la bibliographie scientifique sur l’espèce et sur le genre Pheidole, des normales climatiques de son aire de répartition et de l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :
- Wu, J. & Wang, C. (1992). Hymenoptera: Formicidae. In : Peng, J. & Liu, Y. (éd.), Iconography of forest insects in Hunan, China [en chinois], pp. 1301–1320. Hunan Scientific and Technical Publishing House. Description originale de Ceratopheidole sinica : pp. 1306 et 1318.
- Eguchi, K. (2008). A revision of Northern Vietnamese species of the ant genus Pheidole (Insecta: Hymenoptera: Formicidae: Myrmicinae). Zootaxa 1902: 1–118. doi:10.11646/zootaxa.1902.1.1
- Guénard, B. & Dunn, R. R. (2012). A checklist of the ants of China. Zootaxa 3558: 1–77. doi:10.11646/zootaxa.3558.1.1
- Wilson, E. O. (1953). The origin and evolution of polymorphism in ants. The Quarterly Review of Biology 28: 136–156. doi:10.1086/399512
- Wilson, E. O. (1984). The relation between caste ratios and division of labor in the ant genus Pheidole (Hymenoptera: Formicidae). Behavioral Ecology and Sociobiology 16: 89–98. doi:10.1007/BF00293108
- Wilson, E. O. (1985). Between-caste aversion as a basis for division of labor in the ant Pheidole pubiventris (Hymenoptera: Formicidae). Behavioral Ecology and Sociobiology 17: 35–37. doi:10.1007/BF00299425
- Mertl, A. L. & Traniello, J. F. A. (2009). Behavioral evolution in the major worker subcaste of twig-nesting Pheidole (Hymenoptera: Formicidae): does morphological specialization influence task plasticity? Behavioral Ecology and Sociobiology 63: 1411–1426. doi:10.1007/s00265-009-0797-3
- Muscedere, M. L. & Traniello, J. F. A. (2012). Division of labor in the hyperdiverse ant genus Pheidole is associated with distinct subcaste- and age-related patterns of worker brain organization. PLoS ONE 7: e31618. doi:10.1371/journal.pone.0031618
- Murdock, T. C. & Tschinkel, W. R. (2015). The life history and seasonal cycle of the ant, Pheidole morrisi Forel, as revealed by wax casting. Insectes Sociaux 62: 265–280. doi:10.1007/s00040-015-0403-9
- Holley, J.-A. C., Moreau, C. S., Laird, J. G. & Suarez, A. V. (2016). Subcaste-specific evolution of head size in the ant genus Pheidole. Biological Journal of the Linnean Society 118: 472–485. doi:10.1111/bij.12769
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- Dificultad
- Expérimenté

