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Camponotus angusticollis sanguinolentus

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Rouge comme le sang et élancée comme une ombre au crépuscule. Camponotus angusticollis sanguinolentus est la forme « couleur de sang » de l’une des grandes fourmis charpentières d’Asie : de longues pattes, des ouvrières minor au cou étroit et des ouvrières major à la tête imposante, qui sortent fourrager à la tombée de la nuit. Rare en Europe et presque inconnue de la science, elle demande un éleveur aguerri : difficulté 4/5, avancé. Un nid frais à 22–26 °C, un hivernage au frais de 2–3 mois à environ 15 °C, une humidité qui ne s’épuise jamais, du nectar en abreuvoir, beaucoup de protéines variées et de grandes galeries. Reine avec ouvrières et couvain. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.

Colonie

 

Difficulté : 4/5 – Avancé

L’une des grandes Camponotus d’Asie du Sud et du Sud-Est : élancée, aux longues pattes, avec des ouvrières minor dont la tête allongée se termine en « cou ». C. angusticollis sanguinolentus est sa sous-espèce « couleur de sang » : un rouge rouille mat, avec le gastre brun noirâtre. Reine avec ouvrières et couvain. Nocturne et calme, mais elle mord fort quand elle défend le nid. Nid à 22–26 °C pendant la période d’activité, avec un côté un peu plus chaud, un gradient d’humidité qui ne s’assèche jamais complètement, un Qbik Wild pour commencer et un Qbik Alpha à grandes galeries quand elle grandit. Nectar en abreuvoir, beaucoup de protéines variées, déménagement par renversement et barrière d’huile minérale. Hivernage au frais : 2–3 mois à environ 15 °C.

Camponotus angusticollis (Jerdon, 1851) est l’une des grandes fourmis charpentières d’Asie du Sud et du Sud-Est : une Camponotus élancée, aux longues pattes, avec des ouvrières major à tête large et des ouvrières minor dont la tête se rétrécit vers l’arrière en un véritable cou, le trait qui lui a donné son nom. Celle que nous avons chez Antomas est la sous-espèce C. angusticollis sanguinolentus Forel, 1895, la forme rouge : là où la forme typique est d’un noir mat, celle-ci arbore un rouge sang rouillé.

C’est une fourmi très peu étudiée. Dans la littérature scientifique, il n’existe guère plus que sa description pour la sous-espèce, et une poignée de données de terrain pour l’espèce. L’expérience d’élevage, c’est autre chose : pratiquement tout ce qui se vend sous le nom de C. angusticollis est sanguinolentus, si bien que ce que racontent boutiques et éleveurs concerne cette sous-espèce. Dans cette fiche, nous précisons toujours d’où vient chaque information : de sanguinolentus, de C. angusticollis au sens large, de ses parentes, d’autres éleveurs ou de l’expérience d’Antomas.

Biologie

« Rouge sang » : la sous-espèce sanguinolentus

Le myrmécologue suisse Auguste Forel l’a décrite en 1895 comme une variété, Camponotus angusticollis var. sanguinolentus, à partir d’ouvrières récoltées en Assam, dans le nord-est de l’Inde. Sa description commence par l’évidence : une couleur « d’un rouge sanguinolent, ferrugineux et terne ». Le nom se passe d’explication : sanguinolentus est un adjectif latin dérivé de sanguis, « sang », qui se traduit par « ensanglanté » ou « couleur de sang ».

Forel la jugeait identique à la forme typique, sauf pour la couleur, une pubescence jaunâtre plus abondante et plus longue et des poils un peu plus nombreux. En 1903, le naturaliste britannique Charles Bingham a résumé ainsi le lien entre les deux : en Assam et en Birmanie, la forme noire « est remplacée » par la variété sanguinolentus. Aujourd’hui, le catalogue mondial des fourmis, AntCat, la maintient comme sous-espèce valide, la seule reconnue au sein de l’espèce en plus de la forme typique. Et en 2023, Dhadwal et Bharti ont ajouté une différence de forme dans leur clé des Camponotus de l’Inde : chez sanguinolentus, la tête de l’ouvrière est nettement plus longue que large, à côtés parallèles ; chez la forme typique, aussi longue que large, avec les côtés qui convergent vers l’avant.

« Cou étroit » : le nom de l’espèce

L’espèce a été décrite par le naturaliste britannique Thomas C. Jerdon en 1851, sous le nom de Formica angusticollis, dans son catalogue des fourmis du sud de l’Inde. Angusticollis associe le latin angustus, « étroit », et collum, « cou », et Jerdon l’a expliqué dans sa description : la tête de l’ouvrière est allongée et se termine vers l’arrière par un cou étroit. C’est ce qui rend ses ouvrières minor inimitables, avec la nuque étirée en une sorte de collerette. Les ouvrières major, que Jerdon appelait « guerrières », ont au contraire une tête très grande, échancrée à l’arrière.

Jerdon a aussi laissé l’une des rares observations de terrain qui existent : il ne l’a trouvée que dans les forêts du Malabar, sur la côte sud-ouest de l’Inde, « et toujours isolée ». Aujourd’hui, on la place dans le sous-genre Tanaemyrmex, même si les sous-genres de Camponotus sont considérés comme provisoires : la révision des formicines de Ward, Blaimer et Fisher (2016) reconnaît que beaucoup sont des regroupements artificiels en attendant une révision du genre.

Confondue avec la fourmi géante de Bornéo

Pendant une bonne partie du XIXe siècle, cette fourmi a vécu dans l’ombre d’une autre. Frederick Smith, en 1858, et Gustav Mayr, en 1863 et 1872, l’ont traitée comme synonyme de Camponotus gigas, l’énorme fourmi géante des forêts de Malaisie et de Bornéo, et au début du XXe siècle on la plaçait encore dans le sous-genre Dinomyrmex, celui de gigas. Forel l’a traitée comme une espèce à part entière en 1892 et lui a rattaché plusieurs noms décrits séparément : Formica impetuosa, Camponotus prismaticus et Formica ardens, qui s’est révélée être sa reine.

La confusion se comprend : ce sont deux grandes charpentières aux longues pattes, de la même région. Aujourd’hui, elles sont plus éloignées qu’il n’y paraissait : en 2016, Ward et ses collaborateurs ont sorti Dinomyrmex de Camponotus pour en faire un genre à part. Malgré tout, Dinomyrmex gigas est la grande charpentière indo-malaise la mieux étudiée, et elle donne une idée du mode de vie de ces géantes : à Bornéo, Pfeiffer et Linsenmair (2000) ont observé que ses colonies sortent fourrager au crépuscule et que l’essentiel de ce qu’elles rapportent au nid est du miellat.

De l’est de l’Himalaya à Bornéo

C. angusticollis au sens large vit en Inde, au Sri Lanka, au Népal, au Bangladesh, en Birmanie, en Thaïlande, en Malaisie et en Indonésie, Bornéo compris. Bingham la signalait de l’ouest et du centre de l’Inde, de l’Assam et des plateaux de Birmanie, vers 900 m d’altitude. La sous-espèce sanguinolentus est connue de l’Assam, sa localité type, et de Birmanie, et les listes régionales la citent aussi de Bornéo, de Malaisie et d’Indonésie. Des observations de naturalistes, identifiées sur photo, la situent en outre dans les contreforts de l’est de l’Himalaya ; ce sont des pistes utiles, mais elles ne remplacent pas des spécimens examinés par un spécialiste.

L’aire d’origine de sanguinolentus est la ceinture de mousson au pied de l’Himalaya oriental : l’Assam, où elle a été décrite, le nord de la Birmanie et le Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine. L’été y est chaud et très humide, avec des moyennes de 25–28 °C et une humidité relative de 75–85 %, et l’hiver, de décembre à février, est frais et sec, avec des moyennes de 14–19 °C et des nuits à 8–13 °C, mais sans gelées notables. Les mentions de Bornéo, au climat équatorial, relèvent de l’aire de l’espèce au sens large et ne constituent pas le climat de référence pour l’élever. Sous la canopée, le sol et le bois mort amortissent encore davantage les extrêmes. C’est cet hiver frais et sec qu’il faut reproduire à la maison avec un hivernage au frais (voir « Hiver : hivernage au frais »).

Éleveuse de pucerons, du sol aux arbres

Les rares études de terrain la placent à deux niveaux. Dans les Ghâts occidentaux, la chaîne de montagnes du sud-ouest de l’Inde, Sabu et ses collaborateurs (2008) l’ont trouvée dans la litière forestière, aussi bien en forêt caducifoliée vers 300 m qu’en forêt sempervirente vers 800 m. Et dans des plantations d’anacardiers du sud de l’Inde, Vanitha et ses collaborateurs (2017) l’ont vue fourrager sur les troncs et les feuilles, en s’occupant de pucerons et en se nourrissant de leur miellat. Attention : ces deux données concernent C. angusticollis au sens large, pas la sous-espèce.

Ce miellat est bien plus qu’une friandise. Toutes les Camponotus abritent une bactérie, Blochmannia, qui vit dans des cellules spéciales de leur intestin et fabrique des acides aminés essentiels que la fourmi ne peut pas produire. Selon Wernegreen et ses collaborateurs (2009), les ancêtres de ces fourmis l’ont acquise justement en élevant des insectes suceurs de sève, comme les pucerons et les cochenilles. C’est une alliance vieille de millions d’années, que vous verrez à l’œuvre dès que vous lui offrirez un abreuvoir.

Des champignons qui prennent les commandes

En 2021, Baiswar et Firake ont publié la première mention en Inde de Pandora formicae infectant C. angusticollis dans des rizières. Ce champignon était surtout connu chez les fourmis rousses des forêts européennes, du genre Formica, et sa stratégie est macabre : l’ouvrière infectée grimpe dans la végétation, plante ses mandibules dans un brin d’herbe ou une brindille et meurt là, accrochée, dans une position d’où le champignon disperse mieux ses spores (Małagocka et collaborateurs, 2017).

Ce n’est pas le seul champignon qui « pilote » des charpentières en Asie. Dans les forêts de Thaïlande, les ouvrières de Camponotus leonardi infectées par le célèbre champignon « zombie » Ophiocordyceps mordent la nervure principale d’une feuille, toutes vers midi, et meurent là, suspendues (Hughes et collaborateurs, 2011). Il n’a pas été signalé chez C. angusticollis, mais il montre à quel point ces grandes fourmis forestières sont une proie convoitée.

Une grande inconnue de la nuit

Ce que l’on ignore de cette fourmi est presque aussi important que ce que l’on sait. Aucune étude ne dit où elle niche, combien d’ouvrières comptent ses colonies, quand les reines essaiment ni combien de temps met le couvain à se développer, et le mâle n’a même pas été décrit. Les chiffres qui circulent sur tout cela, comme des colonies de centaines ou de milliers d’ouvrières ou des reines qui vivent des décennies, viennent de boutiques, pas d’études.

Ce sur quoi boutiques et éleveurs s’accordent, c’est qu’il s’agit d’une fourmi de nuit : les ouvrières sortent fourrager à la tombée de la nuit. Aucune étude ne le confirme dans la nature, mais cela concorde avec ce que font d’autres grandes charpentières de la région, comme D. gigas. Chez vous, cela signifie que le spectacle commence au crépuscule (voir « Comportement et observation »).

Taille et morphologie

Une Camponotus grande, élancée et très polymorphe, aux longues pattes et sans aiguillon, avec des ouvrières minor et des ouvrières major que l’on distingue au premier coup d’œil.

  • Coloration de sanguinolentus. Selon Forel (1895), rouge sang, ferrugineuse et terne, avec le gastre, les pattes (sauf les tarses et les articulations) et les scapes des antennes brun noirâtre, et le pétiole, l’avant de la tête et les mandibules plus ou moins brunâtres. Selon Bingham (1903), sa couleur va du rouge jaunâtre clair au rouge bordeaux foncé, et certaines ouvrières major ont la tête et les pattes noires.
  • La forme typique, en revanche, est noire et opaque, avec les antennes et les pattes brunes à rougeâtres (Jerdon, 1851 ; Bingham, 1903).
  • Ouvrière minor. Tête allongée, qui se rétrécit vers l’arrière en un cou ou une collerette, et pronotum également rétréci à l’avant : le « cou étroit » du nom.
  • Ouvrière major. Tête très grande, subtriangulaire et échancrée à l’arrière, avec de fortes mandibules à six dents, un thorax long et étroit et un gastre massif.
  • Forme de la tête. Chez sanguinolentus, nettement plus longue que large, à côtés parallèles ; chez la forme typique, aussi longue que large, avec les côtés qui convergent vers l’avant (Dhadwal et Bharti, 2023).
  • Pattes. Longues, avec des tibias prismatiques et cannelés et une rangée d’épines obliques sur le bord interne (Forel, 1892).
  • Reine. Semblable à une ouvrière major, avec un thorax très bombé, où se trouvaient les muscles du vol, et un gastre massif. Forel jugeait très caractéristiques les teintes enfumées de ses ailes, brunâtres surtout le long des nervures.
  • Gastre. Il se termine par l’acidopore, la buse par laquelle les formicines projettent de l’acide formique. Pas d’aiguillon.
  • Mâle. Pas encore décrit.

Mesures approximatives

  • Ouvrière major-media de sanguinolentus : 15 mm (Forel, 1895, dans la description originale)
  • Ouvrières major de l’espèce : 17–21 mm (Bingham, 1903)
  • Ouvrières minor de l’espèce : 12–15 mm (Bingham, 1903) ; 13–14 mm (Forel, 1892)
  • Reine de l’espèce : environ 20 mm (Forel, 1892)
  • Mâle : aucune mesure publiée

Ce sont des mesures vieilles de plus d’un siècle, prises sur peu de spécimens, et, à part la première, elles concernent l’espèce au sens large, surtout la forme typique. Nous n’avons trouvé aucune mesure moderne. Les chiffres plus élevés que donnent de nombreuses boutiques, avec des reines de 23–30 mm et des ouvrières major jusqu’à 25 mm, ne proviennent pas de mesures publiées : nous préférons donc ne pas les donner.

Élevage en captivité

Difficulté : 4/5 – Avancé

Elle mange de tout, n’a pas d’aiguillon et elle est calme au quotidien. Pourtant, chez Antomas, nous la classons au niveau avancé, pour cinq raisons :

  • Température et cycle annuel. Nid à 22–26 °C pendant la période d’activité, avec thermostat, et un hivernage au frais de 2–3 mois à environ 15 °C, sans descendre sous 10 °C : il faut bien gérer les deux phases.
  • L’humidité. C’est une fourmi des forêts humides : le nid ne doit jamais s’assécher complètement, mais l’excès d’eau amène la moisissure. Il faut trouver le bon équilibre.
  • La patience. La plupart des boutiques et des éleveurs la décrivent comme une espèce à croissance lente à modérée, et les ouvrières major se font attendre.
  • Ses mœurs nocturnes. Le jour, elle se montre peu, et il faut apprendre à l’observer au crépuscule.
  • Peu d’expérience publiée. Il existe peu de journaux d’élevage publiés, et pratiquement tous concernent sanguinolentus, la forme qui est vendue : il faudra observer et ajuster.

Et elle en vaut vraiment la peine. C’est l’une des grandes Camponotus d’Asie, élancée, aux longues pattes et, chez cette sous-espèce, d’un rouge sang très frappant, et on la voit peu en Europe. Si vous n’avez encore jamais élevé de Camponotus tropicale, commencez par Camponotus nicobarensis, asiatique elle aussi, bien plus simple et à croissance rapide, ou par la géante africaine Camponotus maculatus.

Paramètres recommandés

  • Température du nid : 22–26 °C pendant la période d’activité, du printemps à l’automne, avec un côté un peu plus chaud et toujours avec thermostat, pour que la colonie puisse choisir. Elle n’a pas besoin de plus de chaleur.
  • Pourquoi : c’est une fourmi des températures fraîches, pas de la chaleur constante : en été, l’air de son aire tourne autour de 25–28 °C, mais le sol de la forêt, où elle niche, reste plus frais et plus stable.
  • Aire de chasse : à température ambiante, sans chauffage d’appoint.
  • La nuit, la température peut baisser de quelques degrés sans problème, comme dans la nature.
  • Humidité : systèmes d’humidification pleins au début puis, ensuite, un gradient avec une zone humide qui ne s’assèche jamais ; aire de chasse sèche et ventilée (voir « Humidité : jamais complètement sec »).
  • Eau : toujours, dans un tube à essai avec de l’eau et du coton dans l’aire de chasse.
  • Lumière : nid dans l’obscurité et aire de chasse éclairée, avec un cycle jour-nuit normal et sans soleil direct.
  • Hiver : hivernage de 2–3 mois à environ 15 °C, sans descendre sous 10 °C (voir « Hiver : hivernage au frais »).

Humidité : jamais complètement sec

Dans une bonne partie de son aire, il tombe plus de 2 500 mm de pluie par an, et à la saison des pluies l’humidité de l’air tourne autour de 75–85 %. Chez vous, inutile de recréer une jungle, mais il faut éviter que la colonie se déshydrate, ce qui, chez une espèce de forêt humide, est une erreur grave :

  • Au début, les systèmes d’humidification de la fourmilière bien remplis d’eau : la reine et le petit couvain en ont besoin.
  • Une fois la colonie développée, chez Antomas nous recommandons un gradient : une partie du nid toujours humide, où elles placent en général le plus petit couvain, et le reste plus sec, où s’accumulent les cocons. La colonie choisit.
  • Jamais détrempé : de la condensation sur les parois, des moisissures ou des acariens indiquent qu’il y a trop d’eau ou des restes oubliés.

Fourmilières recommandées

Pour commencer, chez Antomas nous recommandons une fourmilière de la gamme Qbik Wild d’Anthouse, en plâtre, qui retient bien l’humidité. Pour une colonie comme celles que nous vendons, avec sa reine et ses premières ouvrières, le Qbik Wild One P 1C :

Quand la colonie grandit, l’étape naturelle suivante est la gamme Qbik Alpha, modulaire et plus légère, qui s’agrandit avec la colonie. Avec cette fourmi, toujours à grandes galeries : les ouvrières major et la reine sont longues et ont besoin de place pour circuler et déplacer le couvain. D’abord, un QBIK ONE à grandes galeries :

Pour continuer à agrandir, le QBIK DUO, lui aussi à grandes galeries. Le nid doit toujours être proportionné à la colonie : dans un nid trop grand, les chambres en trop deviennent des dépotoirs, avec moisissures et acariens, et c’est l’une des erreurs contre lesquelles les boutiques mettent le plus en garde avec cette espèce. Agrandissez quand vous voyez beaucoup d’ouvrières immobiles dans l’aire de chasse faute de place à l’intérieur. Complétez l’installation ainsi :

  • Une grande aire de chasse, avec un peu de substrat et un morceau d’écorce ou une branche pour grimper, sans rien qui atteigne la barrière : avec ces longues pattes, elles parcourent beaucoup de terrain.
  • De l’eau en tube à essai avec du coton et un abreuvoir pour le sucre, jamais sur du coton.
  • De la chaleur sur un côté du nid, avec thermostat, loin de l’abreuvoir.
  • Une barrière d’huile minérale et un couvercle bien ajusté (voir « Évasions et barrières »).

Arrivée et déménagement par renversement

Chez Antomas, nous la vendons sous forme de reine avec ouvrières et couvain : une petite colonie, avec une seule reine, qui a déjà passé l’étape de la fondation. À réception :

  • Premiers jours. Gardez-la quelques jours telle qu’elle arrive, dans un endroit sombre et sans vibrations, à 22–24 °C. Observez-la souvent pour vérifier qu’elle a de l’eau et que la reine et le couvain sont bien soignés.
  • Nourriture douce. Proposez une goutte de nectar sur un petit morceau de papier aluminium et une petite proie ouverte. Retirez les restes le lendemain.
  • Observez-la souvent, avec précaution. Regardez chaque jour comment vont la reine, le couvain et l’eau, mais sans ouvrir le contenant ni la déplacer plus que nécessaire. Un éleveur a perdu plusieurs reines de cette espèce qui, stressées dans un nid qui ne leur convenait pas, ont mangé leurs œufs ou les ont laissés pourrir.

Avec les ouvrières qui l’accompagnent, elle peut déjà aller dans sa première fourmilière. Chez Antomas, nous le faisons par renversement :

  • Installez la fourmilière à l’avance, avec l’humidité chargée, la barrière en place et l’eau prête.
  • Travaillez au-dessus d’un plateau, avec un pinceau doux ou une pince souple, jamais avec les mains.
  • Ouvrez le tube ou le récipient dans lequel elle arrive dans l’aire de chasse, près de l’entrée du nid, et faites glisser doucement la reine, les ouvrières et le couvain, en aidant les retardataires avec le pinceau.
  • Fermez le couvercle et laissez le nid dans l’obscurité. En quelques heures, elles auront transporté le couvain à l’intérieur.

Pour passer plus tard à un module plus grand, même méthode.

Croissance et ouvrières major

Il n’existe aucune donnée scientifique sur le développement de cette fourmi, et ce que disent boutiques et éleveurs ne concorde pas : entre 4 et 12 semaines environ de l’œuf à l’ouvrière, selon la source et la température. La plupart la décrivent comme une espèce à croissance lente à modérée. Le seul journal d’élevage que nous avons trouvé décrit une colonie passée de 16 à environ 24 ouvrières en trois mois, toujours sans la moindre ouvrière major.

Les ouvrières major, avec leur grosse tête, arrivent quand la colonie a pris des forces, et d’autant plus tôt qu’elle reçoit davantage de protéines pendant la période d’activité. Une colonie, une reine : chez Antomas, nous ne réunissons ni reines ni colonies.

Alimentation

Du sucre en abreuvoir, toujours disponible. Dans la nature, une bonne part de son énergie vient du miellat des pucerons. Chez Antomas, nous recommandons de varier : le Nectar Blue Sugar d’Anthouse 4–5 fois par semaine et un autre nectar ou liquide sucré 1–2 fois par semaine. Vous pouvez aussi ajouter un peu de protéines au nectar. Proposez-le toujours dans un abreuvoir, où la goutte reste étalée et accessible, et jamais sur du coton, qui moisit et gâte le liquide très vite.

Des protéines : plus il y en a, mieux c’est. C’est le moteur de la croissance, et un éleveur la décrit comme très vorace. D’après l’expérience d’Antomas, si vous faites un entretien fréquent et retirez les restes, mieux vaut trop que pas assez : la colonie comprend qu’elle a des ressources et grandit plus vite et en plus grand nombre. Si vous ne pouvez pas nettoyer souvent, mieux vaut ne pas suralimenter. Changez de type d’insecte d’une semaine à l’autre, pour qu’elles ne mangent pas toujours la même chose :

Au crépuscule et ouvertes. Comme elle est nocturne, donnez les protéines à la tombée du jour et retirez les restes le lendemain matin. Tant que la colonie est petite, proposez les proies ouvertes ou en morceaux. Achetez les insectes chez un fournisseur fiable : ceux traités aux insecticides peuvent tuer la colonie.

Eau : toujours, dans le tube à essai avec du coton de l’aire de chasse, séparée du sucre.

Hiver : hivernage au frais

C’est une fourmi des climats frais et elle a besoin d’hiverner. Dans son aire, l’hiver, de décembre à février, est frais et sec, avec des nuits à 8–13 °C. Chez Antomas, nous recommandons un hivernage de 2–3 mois à environ 15 °C, à peu près de décembre à février, sans descendre sous 10 °C : il fait partie de son cycle annuel et la colonie en a besoin pour rester en bonne santé.

  • Entrée progressive : à l’automne, quand l’activité et la ponte diminuent, baissez la température de quelques degrés chaque semaine jusqu’à environ 15 °C.
  • Pendant l’hivernage : de l’eau toujours disponible et un peu de nectar ; des protéines, peu ou pas du tout. Contrôlez-la souvent pour vérifier que la reine va bien et qu’aucune moisissure n’apparaît.
  • Sortie progressive : à la fin de l’hiver, remontez la température peu à peu jusqu’à 22–26 °C et proposez de nouveau des protéines quand elle se réactive.
  • Pas de chaleur toute l’année : ne la gardez pas au chaud en hiver ; elle a besoin de son repos au frais.

Comportement et observation

Une fourmi du crépuscule. Le jour, vous verrez une colonie calme et peu de mouvement dans l’aire de chasse ; le soir venu, les fourrageuses sortent, longues et rapides, parcourir le sable. Si vous voulez les voir en plein travail, observez-les à la tombée de la nuit.

Calme, mais avec du caractère. Boutiques et éleveurs la décrivent comme calme avec la personne qui s’en occupe, mais elle mord fort quand elle défend le nid.

Observer sans crainte. Chez Antomas, nous pensons que les fourmis sont là pour qu’on en profite, qu’on les observe et qu’on apprenne d’elles, pas pour être cachées. Il suffit de laisser le nid dans l’obscurité et l’aire de chasse éclairée, et de les observer avec délicatesse, en intervenant et en les stressant le moins possible. Elles s’habituent à votre présence.

Signaux d’alarme :

  • La colonie ne grandit pas en pleine saison : il manque presque toujours des protéines, ou la température n’est pas la bonne.
  • Des larves qui n’évoluent pas ou une reine qui cesse de pondre : vérifiez que le nid est à 22–26 °C pendant la période d’activité et que la colonie a fait son hivernage.
  • Des ouvrières entassées dans la zone humide et le reste du nid vide : il est peut-être trop sec.
  • Condensation, moisissures ou acariens : trop d’humidité ou des restes oubliés.
  • Beaucoup d’ouvrières immobiles dans l’aire de chasse : il est temps d’agrandir.

Évasions et barrières

Comme presque toutes les Camponotus, elle grimpe bien, et avec ces longues pattes une évasion ne passe pas inaperçue. Chez Antomas, nous utilisons avec elles de l’huile minérale :

  • Une bande fine et continue d’huile minérale en haut des parois de l’aire de chasse. Renouvelez-la quand elle accumule de la poussière ou des débris.
  • Un couvercle bien ajusté, comme deuxième ligne de défense.
  • Aucune fente dans les raccords, les bouchons et les tubes.
  • Rien qui puisse servir de pont jusqu’à la barrière : ni branches ni écorces appuyées à proximité.

Manipulation et sécurité

Elle ne pique pas : elle n’a pas d’aiguillon. Mais elle mord, et une ouvrière major de cette taille se fait sentir ; elle peut aussi projeter de l’acide formique, qui pique sur une peau sensible ou une petite coupure. Rien de grave si vous travaillez calmement :

  • Toujours avec des outils : un pinceau doux, une pince souple et, pour les transferts, des tubes et des adaptateurs. Jamais avec les mains.
  • Ouvrez la fourmilière juste ce qu’il faut, travaillez lentement au-dessus d’un plateau et refermez-la quand vous avez terminé.
  • Ne réunissez pas des reines ou des colonies différentes, et ne la gardez pas avec d’autres espèces.
  • Avec de jeunes enfants à la maison, qu’ils en profitent en regardant, fourmilière fermée, mais qu’ils ne la manipulent jamais.

C’est une espèce exotique : elle ne doit en aucun cas être relâchée dans la nature.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • La garder au chaud toute l’année, sans hivernage.
  • Trop la chauffer : 22–26 °C avec un côté un peu plus chaud lui suffisent ; le chauffage, toujours avec thermostat.
  • Laisser le nid s’assécher complètement, ou le détremper entièrement.
  • Mettre une petite colonie dans une fourmilière énorme, ou utiliser de petites galeries quand arrivent les ouvrières major.
  • Ouvrir ou déplacer sans cesse une colonie qui vient d’arriver : observez-la souvent, mais sans ouvrir le contenant plus que nécessaire.
  • Mettre le sucre sur du coton ou le laisser s’épuiser.
  • Lui donner toujours le même insecte ou laisser des restes plus d’un jour.
  • Réunir des reines ou des colonies.
  • La manipuler avec les mains ou négliger la barrière.

Sources scientifiques

Cette fiche s’appuie sur la littérature scientifique consacrée à Camponotus angusticollis et à sa sous-espèce sanguinolentus, très rare, sur les catalogues AntCat et AntWiki, sur des données climatiques de son aire de répartition et sur l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :

  1. Jerdon, T. C. (1851). A catalogue of the species of ants found in Southern India. Madras Journal of Literature and Science 17: 103–127. doi:10.5281/zenodo.6297922
  2. Forel, A. (1892). Les Formicides de l’Empire des Indes et de Ceylan. Part I. Journal of the Bombay Natural History Society 7: 219–245. Texte sur Internet Archive (accès libre)
  3. Forel, A. (1895). Les Formicides de l’Empire des Indes et de Ceylan. Part V. Adjonction aux Camponotinae. Journal of the Bombay Natural History Society 9: 453–472. doi:10.5281/zenodo.14352
  4. Bingham, C. T. (1903). The Fauna of British India, including Ceylon and Burma. Hymenoptera, Vol. II. Ants and Cuckoo-wasps. Taylor and Francis, Londres. Texte sur Internet Archive (accès libre)
  5. Pfeiffer, M. & Linsenmair, K. E. (2000). Contributions to the life history of the Malaysian giant ant Camponotus gigas (Hymenoptera, Formicidae). Insectes Sociaux 47: 123–132. doi:10.1007/PL00001690
  6. Sabu, T. K., Vineesh, P. J. & Vinod, K. V. (2008). Diversity of forest litter-inhabiting ants along elevations in the Wayanad region of the Western Ghats. Journal of Insect Science 8: 69. doi:10.1673/031.008.6901
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