Messor dentatus
La moissonneuse de Salomon. Décrite de Jérusalem, sur la terre où l’humanité a domestiqué le blé, Messor dentatus appartient à une lignée de moissonneuses qui récoltaient déjà des graines bien avant le premier agriculteur. Ses mandibules rougeâtres et dentées décortiquent et brisent le grain ; ses majors à tête énorme remplissent des greniers qui font traverser à la colonie l’été sec et l’hiver froid de la Méditerranée orientale. Une Messor grande, poilue et si peu étudiée que ce que vous verrez dans votre fourmilière sera presque une découverte. Robuste, facile à nourrir et parfaite pour débuter avec une espèce différente. Colonies avec reine. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.
Difficulté : 2/5 – Débutant
La moissonneuse de graines de la Méditerranée orientale : décrite de Jérusalem, brun noirâtre et armée de mandibules rougeâtres et dentées. Colonies avec reine. Un QBIK ONE à galeries moyennes avec une zone humide et un grenier sec, des graines variées, beaucoup de protéines et une diapause de novembre à mars ou avril en dessous d’environ 20 °C.
Messor dentatus Santschi, 1927 est une fourmi moissonneuse d’Anatolie et du Proche-Orient. La littérature actuelle la signale de Turquie, de Syrie, du Liban, d’Israël, de Jordanie et d’Iran : une bande de collines sèches, de steppes et de cultures sèches qui va de la côte du Levant aux hauts plateaux iraniens. Elle a été décrite à partir de spécimens de Jérusalem, et son nom, « dentée », lui va à merveille : il suffit de la regarder de face pour voir des mandibules rougeâtres, larges et munies d’une rangée de dents bien marquée.
C’est aussi l’une des Messor les moins étudiées que l’on puisse élever. Il n’existe ni mesures publiées de ses castes, ni recensements de ses nids, ni la moindre étude de son fourragement : la science la connaît par une poignée de spécimens de collection et par sa place dans l’arbre généalogique du genre. C’est pourquoi cette fiche distingue ce que l’on sait de l’espèce, ce que l’on sait de son groupe et du genre Messor, et ce que nous avons appris chez Antomas en l’élevant.
À la maison, en revanche, elle se comporte comme ses cousines de l’ouest : elle remplit son grenier, produit des majors à grosse tête et répond avec vigueur quand on la nourrit bien. Si vous connaissez déjà Messor barbarus, vous serez en terrain connu.
Biologie
Née à Jérusalem : de simple variété à espèce
Tout commence avec des fourmis récoltées à Jérusalem par le naturaliste E. Schmitz. Auguste Forel a employé le nom en 1910, mais à un rang inférieur à la sous-espèce que la nomenclature zoologique ne reconnaît pas ; c’est le médecin suisse Félix Santschi qui l’a rendu officiel en 1927, en décrivant l’ouvrière, la reine et le mâle sous le nom de Messor semirufus var. dentatus. C’est le même Santschi qui, des années plus tôt et depuis la Tunisie, avait découvert avec M. barbarus que les fourmis s’orientent grâce au soleil.
En 1974, l’Italien Cesare Baroni Urbani l’a réduite au rang de synonyme de M. semirufus ; en 1981, G. et H. Tohmé lui ont rendu le rang d’espèce, qu’elle conserve aujourd’hui. Curieusement, la révision la plus récente ne la place plus à côté de semirufus, mais dans un autre complexe d’espèces : celui de M. wasmanni.
Parmi les grandes de la famille : le complexe wasmanni
Le genre Messor compte 168 espèces et sous-espèces actuelles. Santschi a regroupé beaucoup des espèces méditerranéennes dans le groupe instabilis, qui compte 19 espèces rien qu’en Méditerranée orientale, et en 2023 une équipe polonaise, bulgare et grecque a réparti ces espèces orientales en deux complexes :
- Le complexe semirufus : espèces petites à moyennes, dont les plus grandes ouvrières ont une tête de moins de 2,7 mm de large, de petits yeux et un corps noir ou noir et rouge.
- Le complexe wasmanni : espèces plus grandes, dont les plus grandes ouvrières ont une tête de plus de 2,8 mm de large, presque toujours bicolores et avec au moins l’un de ces caractères : tête plus sculptée, absence de psammophore (le « panier » de poils sous la tête qui sert à transporter le sable), denticules sur le propodéum ou nombreux poils dressés sur le premier segment du gastre.
Le complexe des grandes réunit M. caducus, M. concolor, M. dentatus, M. hebraeus, M. mediosanguineus, M. meridionalis, M. sultanus et M. wasmanni, qui donne son nom à l’ensemble et vit dans les Balkans et l’ouest de la Turquie. Les auteurs donnent ces caractères pour le complexe dans son ensemble ; personne ne les a encore vérifiés un par un chez M. dentatus, même si la pilosité dressée et la tête sculptée de nos fourmis leur correspondent bien.
Le complexe réserve aussi une surprise génétique. En Italie, une équipe européenne a trouvé des nids avec des ouvrières de plusieurs Messor et des ouvrières d’aspect intermédiaire, et a montré, grâce à des marqueurs génétiques et à la morphométrie, que M. minor et une M. cf. wasmanni échangent des gènes dans les deux sens. Les hybrides semblent fertiles, ce qui est inattendu chez des espèces qui ne sont même pas sœurs, et il existe des indices de croisements entre hybrides, très rares chez les fourmis. M. capitatus partageait avec eux des colonies mixtes, sans s’hybrider. Et le système à deux lignées de M. barbarus, avec des ouvrières hybrides et des reines qui ne le sont pas, est apparu au moins trois fois de façon indépendante dans le genre. La génétique de M. dentatus n’a pas été étudiée : avec de tels cousins, c’est une question ouverte.
Pourquoi « dentée » ? Des dents devant et derrière
Dentatus signifie « denté » en latin. Nous n’avons pas pu consulter la description de Santschi, si bien que deux lectures sont possibles. Un taxonomiste penserait aux denticules du propodéum, deux petites pointes à l’arrière du thorax qui servent à séparer les espèces dans ce groupe : en Jordanie, par exemple, des Messor proches de semirufus s’en distinguaient par des denticules bien marqués.
L’autre lecture saute aux yeux sur la photo de notre reine : les mandibules, grandes, rougeâtres et munies d’une rangée de dents très marquée, qui lui ont valu son nom dans notre boutique espagnole, Hormiga Recolectora Dentada. Chez toutes les Messor, elles sont l’outil d’une granivore : leur bord denté tient la graine, casse l’enveloppe et décortique le grain. D’après l’expérience d’Antomas, dès qu’une colonie a ses premières majors, à la tête pleine de muscles, les graines dures ne posent plus de problème.
« Va vers la fourmi, paresseux » : la moissonneuse de Salomon
Peu de fourmis vivent sur une terre où l’on a tant écrit sur elles. Le livre des Proverbes prend la fourmi en exemple : « Va vers la fourmi, paresseux ; considère ses voies, et deviens sage », car, sans chef, ni inspecteur, ni maître, elle prépare sa nourriture en été et l’amasse au temps de la moisson (Proverbes 6:6–8).
Des siècles plus tard, la Mishna, le grand recueil de lois juives achevé vers l’an 200, a légiféré sur les fourmilières des champs de céréales : si la fourmilière se trouve au milieu des blés sur pied, le grain revient au propriétaire du champ ; si elle apparaît derrière les moissonneurs, le grain du dessus revient aux pauvres et celui du dessous au propriétaire. Rabbi Meïr voulait tout donner aux pauvres. Qu’il ait fallu une loi en dit long sur la quantité de grain que ces moissonneuses amassaient.
En Europe, au contraire, on a longtemps douté de Salomon : les fourmis du centre et du nord du continent ne stockent pas de graines, et plusieurs entomologistes éminents pensaient que les Anciens avaient pris les cocons des nymphes pour des grains. Moggridge leur a donné tort en 1873, comme nous le racontons dans la fiche de M. barbarus. Quelle espèce a inspiré les Proverbes ? Impossible de le savoir. Certains dictionnaires bibliques désignent M. semirufus, et M. dentatus, décrite de Jérusalem, est justement née comme une variété de celle-ci.
Moissonner dans le berceau du blé
Les pays où vit M. dentatus couvrent une bonne partie du Croissant fertile, l’arc qui va du Levant au sud-est de l’Anatolie et aux monts Zagros, en Iran : la terre où est née l’agriculture, il y a environ 10 500 ans. Sur un site des contreforts du Zagros, habité pendant environ 2 000 ans, on a documenté le passage de la cueillette à la culture des ancêtres sauvages du blé, de l’orge et des légumineuses.
Un détail relie les deux histoires. Les épis des céréales sauvages s’égrènent tout seuls à maturité et laissent tomber leurs grains. Sans le vouloir, les premiers agriculteurs ont sélectionné des épis qui ne se brisent pas, mais ces formes domestiques ont mis du temps à s’imposer : elles apparaissent il y a environ 9 500 ans, et il y a 7 500 ans les épis qui s’égrenaient abondaient encore dans les champs. Ce que l’agriculteur perdait, une fourmi moissonneuse le récolte. Personne n’a étudié les graines que récolte M. dentatus, mais celles des graminées comptent parmi les préférées du genre, et en Iran on l’a trouvée dans le sol de cultures sèches.
Récolter des graines est un métier que les fourmis ont inventé plusieurs fois : en Amérique, ce sont les Pogonomyrmex qui l’exercent, comme P. badius ; dans l’Ancien Monde, surtout les Messor.
Mieux connue dans les fourmilières que dans les livres
La Jordanie montre à quel point elle est peu étudiée. En 2020, une révision de toutes les fourmis du pays, avec 58 espèces et 26 formes sans nom définitif, n’a pu citer qu’un seul spécimen de M. dentatus : une ouvrière récoltée à Amman en 1990 par le myrmécologue Donat Agosti et conservée à l’Académie des sciences de Californie. Toute sa présence dans le pays repose sur cette unique fourmi.
En Turquie, elle figure dans la première liste annotée des fourmis du pays, de 2012, celle-là même qui a retiré M. barbarus de la faune turque ; dans le reste de son aire, dans les catalogues régionaux. Il n’existe pas une seule donnée publiée sur ses nids, la taille de ses colonies, ses vols ou le nombre de reines : le peu que l’on sait de sa vie quotidienne, ce sont les éleveurs qui l’ont appris.
Les spécialistes parlent de chaos taxonomique chez les Messor du Proche-Orient : en Jordanie, plusieurs sont restées avec un « cf. » devant leur nom, et la révision de 2023 considère Messor comme l’un des genres de fourmis les plus difficiles à classer. En 2018, M. structor s’est révélée être cinq espèces, dont M. ibericus, celle de la péninsule Ibérique. C’est pourquoi tout ce que nous racontons ici vaut « selon la littérature actuelle ».
Un vrai hiver : vols et diapause
Sur la côte du Levant, les hivers sont doux, mais dans les collines de l’intérieur il neige parfois, et sur le plateau anatolien et les hauts plateaux iraniens le climat est continental : étés chauds et secs, hivers avec gel et neige, souvent plus froids qu’à l’intérieur de l’Espagne. Les herbes montent en graines au printemps, l’été sec laisse la terre sans graines nouvelles et l’hiver impose l’arrêt : le grenier est l’assurance de la colonie pour les mois difficiles.
Il n’existe aucune donnée publiée sur ses vols. D’après l’expérience d’Antomas, M. dentatus essaime en automne, à la même période que M. barbarus, puis fait sa diapause jusqu’en mars ou avril. Dans le genre, la fondation est généralement claustrale : la jeune reine fécondée s’enferme et élève seule ses premières ouvrières grâce aux réserves de son corps. Les colonies que nous vendons ont déjà dépassé ce stade.
Taille et morphologie
Une myrmicine grande et robuste, à l’allure poilue. Comme il n’existe pas de description moderne de l’espèce, ce qui suit combine les caractères de son complexe et ce que nous observons dans nos colonies.
- Couleur. Brun noirâtre et légèrement brillante, avec les pattes, les antennes et les mandibules rougeâtres. Le complexe wasmanni est presque toujours bicolore ; les nôtres font partie des sombres, avec le contraste sur la face et les pattes.
- Mandibules. Grandes, larges et rougeâtres, au bord armé de dents bien marquées : son trait le plus frappant.
- Tête. Sculptée de fines stries, et d’autant plus large que l’ouvrière est grande.
- Pilosité. Longs poils dressés et dorés sur le thorax et le gastre, très visibles sous une bonne lumière.
- Propodéum. Il peut porter des denticules, un caractère du complexe pas encore confirmé chez l’espèce.
- Polymorphisme. Comme chez la plupart des Messor, les ouvrières vont des petites aux grandes sans castes séparées. Les majors arrivent à mesure que la colonie grandit.
- Reine. Plus grande, avec le thorax volumineux des femelles qui ont volé et les cicatrices des ailes ; dans nos colonies, du même brun noirâtre.
- Développement. Comme chez toutes les myrmicines, les nymphes ne tissent pas de cocon : vous verrez parfaitement se former les nouvelles ouvrières.
Mesures approximatives
- Ouvrières : aucune mesure publiée pour l’espèce
- Largeur de la tête des plus grandes ouvrières dans le complexe wasmanni : plus de 2,8 mm
- Reine et mâle : aucune mesure scientifique
C’est le seul chiffre scientifique applicable, issu de la révision de 2023, et il donne une idée de la taille que peuvent atteindre les majors d’une colonie mature.
Élevage en captivité
Difficulté : 2/5 – Débutant
C’est une espèce pour débutants : résistante, elle mange des graines faciles à trouver et les stocke, ne pique pas et ne cherche pas à s’échapper si elle a ce dont elle a besoin. Nous lui donnons un point de plus qu’à M. barbarus parce qu’on a très peu publié sur elle, que les petites colonies demandent de la patience jusqu’à l’arrivée des majors et que sa diapause dure jusqu’en mars ou avril.
Pourquoi la choisir ? Parce qu’elle offre tout le spectacle du genre (greniers, dépotoirs, majors et pistes de fourragement) avec une tête qu’on n’oublie pas. Et parce que ce que vous verrez dans votre fourmilière est précieux : si vous notez quand naissent les premières majors ou quand la colonie sort de diapause, vous réunirez des données que personne n’a publiées.
Paramètres recommandés
- Température (du printemps à l’automne) : 22–28 °C dans le nid, la plage que nous utilisons pour les Messor et qui correspond aux étés de son aire. Si vous chauffez, que ce soit en douceur et à une extrémité de l’aire de chasse ; le nid ne doit jamais dépasser 30 °C.
- Humidité : une zone humide pour le couvain, jamais détrempée, et un grenier sec bien séparé. L’aire de chasse, sèche elle aussi.
- Eau : toute l’année, dans un tube à essai avec de l’eau et du coton dans l’aire de chasse.
- Lumière : un nid dans la pénombre et une aire de chasse éclairée, sans soleil direct.
- Diapause : de novembre à mars ou avril, en dessous d’environ 20 °C (voir « Diapause »).
Fourmilières recommandées
Chez Antomas, nous recommandons les Qbik de la gamme Alpha d’Anthouse, modulaires et conçus pour grandir avec la colonie. Pour commencer, un QBIK ONE à galeries moyennes, où la reine, le couvain et le premier grenier restent bien visibles :
Quand les majors commencent à apparaître, agrandissez avec le QBIK DUO, et toujours avec des galeries plus grandes : des ouvrières avec une telle tête ont besoin de couloirs à leur mesure.
Pas de plâtre, pas d’ytong, pas de matériaux tendres. Comme M. barbarus, M. dentatus peut les ronger jusqu’à les détruire. Choisissez toujours des fourmilières professionnelles, faites de matériaux qu’elles ne peuvent pas traverser.
- Grenier sec et zone humide, séparés. N’humidifiez que la partie du couvain ; si tout le nid est humide, les graines germent et moisissent.
- L’eau en tube, le sucre en abreuvoir. Les liquides sucrés, jamais sur du coton, qui moisit tout de suite, mais dans un abreuvoir où la goutte reste accessible.
- Une aire de chasse vaste et sèche, avec un peu de sable, pour leur dépotoir et leurs pistes.
Arrivée et déménagement
À la réception, laissez la colonie se reposer quelques heures dans un endroit calme et vérifiez qu’elle a de l’eau. Chez Antomas, nous déménageons les colonies par versement : on ouvre le tube au-dessus de l’entrée du nid ou de l’aire de chasse et on verse toute la colonie (reine, ouvrières, couvain et graines) en tapotant doucement, en aidant les retardataires avec un pinceau. En quelques heures, elles auront occupé le nid. Les agrandissements se font de la même façon.
Alimentation
Graines : « elles aiment pratiquement tout ». Proposez-leur de l’alpiste, du millet, de l’avoine, du blé, de l’orge, des graines de gazon, du chia, du lin, du sésame ou des mélanges pour oiseaux, non traités, non salés et non grillés. Pour une petite colonie, des graines petites ou tendres, que les premières ouvrières peuvent ouvrir ; avec des majors, les dures aussi. Du blé et de l’orge pour une fourmi de la terre où ils ont été domestiqués ? Peu de choses ont plus de sens.
- Laissez les graines dans l’aire de chasse, jamais dans la zone humide ni près du coton, et laissez les ouvrières les porter au grenier.
- Retirez les graines germées ou moisies et videz de temps en temps le dépotoir.
Des protéines, à volonté. Les graines entretiennent la colonie ; les protéines la font grandir, car la reine en a besoin pour pondre et les larves pour se développer. Chez Antomas, nous leur donnons des insectes, mais aussi du poulet ou du thon, de préférence cuits. Pour une petite colonie, Thermobia domestica est une proie parfaite par sa taille ; quand elle grandit, alternez grillons, blattes d’Argentine et blattes turques, en changeant d’insecte chaque semaine. Si les protéines animales n’ont pas été mangées en 24–48 heures, retirez-les.
Mieux vaut trop que pas assez. Plus elles mangent, plus elles grandissent et plus vite : si vous contrôlez la fourmilière chaque jour et retirez les restes, suralimenter est la meilleure stratégie, car la colonie perçoit qu’il y a des ressources et élève davantage de couvain. Si vous ne pouvez pas nettoyer souvent, ajustez les rations : une protéine oubliée finit en moisissures et en acariens.
Du sucre, très occasionnellement. Pour une granivore, c’est un complément mineur. Vous pouvez lui proposer le nectar Blue Sugar d’Anthouse dans un abreuvoir : chez Antomas, une ou deux fois par mois. Jamais de miel épais, car elles s’y engluent.
Eau : le tube avec du coton, toujours plein. C’est la seule chose qui ne doit jamais manquer, pas même un jour.
Fondation et croissance
Les colonies sont vendues déjà fondées, avec leur reine et leurs premières ouvrières : vous évitez ainsi l’étape la plus délicate. Les premiers mois sont une mise en route : petites ouvrières, croissance lente, graines menues et protéines en petits morceaux.
- Un nid à sa taille. Un nid énorme pour une petite colonie finit avec des recoins transformés en dépotoir, des moisissures et des acariens.
- Le bond des majors. D’après l’expérience d’Antomas, la croissance s’accélère quand naissent les premières majors : la colonie vient alors à bout de n’importe quelle graine et le grenier se remplit vite. C’est le moment d’agrandir avec des galeries plus grandes, surtout si vous voyez des ouvrières inactives dans l’aire de chasse, faute de place à l’intérieur.
- Une seule colonie par fourmilière. Ne réunissez pas de colonies et n’ajoutez pas de reines : rien n’indique que l’espèce en accepte plusieurs, et les colonies que nous vendons n’en ont qu’une.
Diapause
La diapause fait partie de son cycle : dans une bonne partie de son aire, l’hiver est vraiment froid. Chez Antomas, nous recommandons une diapause de novembre à mars ou avril, avec la colonie en dessous d’environ 20 °C. Les éleveurs de Messor descendent généralement à 10–15 °C, une plage qui convient très bien, mais une pièce non chauffée ou un débarras hors gel suffisent.
- Une entrée et une sortie progressives, en novembre et en mars ou avril, sans changements brusques.
- Aucun chauffage artificiel de tout l’hiver.
- De l’eau en permanence. Elles mangeront très peu, presque uniquement dans leur grenier, mais le tube ne doit jamais manquer.
Vous saurez que la colonie est entrée en diapause parce qu’elle sort moins, se désintéresse des protéines et que les nymphes disparaissent. Avec la chaleur, la reine se remet à pondre et la colonie démarre la saison en force. Ne l’écourtez pas pour qu’elles grandissent davantage : la respecter est la meilleure façon d’avoir une colonie en bonne santé pendant de nombreuses années.
Comportement en captivité
Chaque chose à sa place. En quelques jours, vous verrez la colonie organiser son nid : le couvain dans la partie humide, les graines dans le grenier sec et, dehors, un dépotoir de balles, de restes et d’ouvrières mortes. Retirez-le de temps en temps et gardez-le sec.
Des moissonneuses qui ont du caractère. Les Messor ne sont pas des chasseuses, mais elles défendent leur terrain : d’après l’expérience d’Antomas, les colonies matures se jettent en groupe sur tout insecte qui envahit leur aire de chasse. C’est pourquoi il ne faut jamais réunir des colonies ni relier entre elles deux fourmilières de Messor.
Reines de combat. Dans les colonies matures de Messor élevées à la maison apparaissent parfois des princesses qui, faute de vol possible, perdent leurs ailes et restent au nid à travailler comme des ouvrières, avec une agressivité hors du commun ; les ouvrières finissent souvent par les tuer si elles ne leur sont pas utiles. C’est un phénomène bien connu des éleveurs, avec une base scientifique chez les fourmis coupeuses de feuilles, et nous l’expliquons en détail dans la fiche de M. barbarus. Si elles apparaissent, laissez la colonie décider.
Observer sans crainte. Chez Antomas, c’est clair : une colonie, on l’a pour la regarder, en profiter et apprendre d’elle. Avec le nid dans la pénombre et l’aire de chasse éclairée, observez-les avec délicatesse et en intervenant le moins possible ; elles se font très vite à votre présence.
Signaux d’alarme : une reine qui se promène dans l’aire de chasse signale souvent un manque d’eau ; des moisissures dans le grenier, de l’humidité au mauvais endroit ; et beaucoup de morts en peu de temps, un problème d’eau, de température ou de restes de nourriture.
Évasions et manipulation
Elles ne cherchent pas à s’évader. D’après l’expérience d’Antomas, une colonie de Messor ne cherche la sortie que lorsqu’elle manque de nourriture, d’eau ou d’espace. Ce ne sont pas non plus de grandes grimpeuses : une barrière d’huile minérale ou de PTFE sur le bord de l’aire de chasse fonctionne très bien. Vérifiez tout de même bouchons, joints et pièces tendres : avec de telles mandibules, ce qu’elles peuvent mordre, elles finissent par le traverser.
Manipulation. En pratique, elles ne piquent pas, et la morsure d’une major se sent, mais reste un pincement. Pour les verser ou nettoyer, utilisez un pinceau doux ou une pince souple, en faisant particulièrement attention à la reine. Et ne relâchez jamais une colonie : hors de son aire naturelle, ce serait une espèce introduite.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Les installer dans du plâtre, de l’ytong ou tout matériau tendre : elles le rongent.
- Mettre graines et humidité ensemble : le grenier, toujours loin de la zone humide et du coton.
- Leur donner un nid bien trop grand pour la taille de la colonie.
- Être avare de protéines ou, à l’inverse, les laisser plus de 24–48 heures.
- Faire du sucre leur nourriture quotidienne : une ou deux fois par mois, c’est bien assez.
- Proposer des liquides sucrés sur du coton, de l’eau à découvert ou du miel épais.
- Les priver d’eau, même en hiver.
- Sauter la diapause ou l’arrêter brusquement et trop tôt.
- Réunir des colonies ou relier des fourmilières de Messor différentes.
- Chauffer le nid au-delà de 30 °C ou laisser la fourmilière au soleil.
- Les cacher : profitez-en, avec délicatesse et sans intervenir plus que nécessaire.
Sources scientifiques
Cette fiche a été élaborée à partir de la littérature scientifique sur Messor dentatus, son complexe d’espèces et le genre Messor, et de l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :
- Tanno, K. & Willcox, G. (2006). How fast was wild wheat domesticated? Science 311: 1886. doi:10.1126/science.1124635
- Steiner, F. M., Seifert, B., Grasso, D. A., Le Moli, F., Arthofer, W., Stauffer, C., Crozier, R. H. & Schlick-Steiner, B. C. (2011). Mixed colonies and hybridisation of Messor harvester ant species (Hymenoptera: Formicidae). Organisms Diversity & Evolution 11: 107–134. doi:10.1007/s13127-011-0045-3
- Kiran, K. & Karaman, C. (2012). First annotated checklist of the ant fauna of Turkey (Hymenoptera: Formicidae). Zootaxa 3548: 1–38. doi:10.11646/zootaxa.3548.1.1
- Riehl, S., Zeidi, M. & Conard, N. J. (2013). Emergence of agriculture in the foothills of the Zagros Mountains of Iran. Science 341: 65–67. doi:10.1126/science.1236743
- Plowes, N. J. R., Johnson, R. A. & Hölldobler, B. (2013). Foraging behavior in the ant genus Messor (Hymenoptera: Formicidae: Myrmicinae). Myrmecological News 18: 33–49. Texte intégral sur Myrmecological News
- Romiguier, J., Fournier, A., Yek, S. H. & Keller, L. (2017). Convergent evolution of social hybridogenesis in Messor harvester ants. Molecular Ecology 26: 1108–1117. doi:10.1111/mec.13899
- Steiner, F. M., Csősz, S., Markó, B., Gamisch, A., Rinnhofer, L., Folterbauer, C., Hammerle, S., Stauffer, C., Arthofer, W. & Schlick-Steiner, B. C. (2018). Turning one into five: integrative taxonomy uncovers complex evolution of cryptic species in the harvester ant Messor « structor ». Molecular Phylogenetics and Evolution 127: 387–404. doi:10.1016/j.ympev.2018.04.005
- Borowiec, L. & Salata, S. (2020). Review of ants (Hymenoptera: Formicidae) from Jordan. Annals of the Upper Silesian Museum in Bytom, Entomology 29: 1–26. doi:10.5281/zenodo.3733156
- Salata, S., Lapeva-Gjonova, A., Georgiadis, C. & Borowiec, L. (2023). Review of the Messor semirufus complex (Hymenoptera, Formicidae) in Greece. ZooKeys 1185: 105–142. doi:10.3897/zookeys.1185.111484
- Dificultad
- Initié

