Camponotus cruentatus | Achat et élevage | Antomas
Camponotus cruentatus | Achat et élevage | Antomas

Camponotus cruentatus

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Vêtue de velours noir et marquée d’une tache de sang : voici Camponotus cruentatus, l’une des plus grandes fourmis de la péninsule Ibérique, avec des ouvrières jusqu’à 14 mm. En plein été, elle ne se repose jamais : elle patrouille son territoire 24 heures sur 24, trait les pucerons au sommet des pins et défend son miellat à coups de mandibules contre toute rivale. Elle sème l’hellébore, escorte des chenilles de papillons et, contrairement à beaucoup de ses cousines, travaille en plein jour, sous vos yeux. Robuste, vorace et pleine de caractère, avec des majors à large tête. Colonies avec reine. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.

Colonie

 

Difficulté : 2/5 – Débutant

L’une des plus grandes fourmis de la péninsule Ibérique : noire, mate et veloutée, avec la base du gastre d’un rouge orangé qui lui donne son nom. Diurne et, en plein été, active jour et nuit. Colonies avec reine : reine avec 4–7 ou avec 20–40 ouvrières et couvain, monogynes et à fondation claustrale. Qbik Wild pour la fondation et gamme Alpha pour la croissance, nid à 24–28 °C, sucre toujours disponible en abreuvoir et beaucoup de protéines. Diapause de 10–15 semaines à 12–15 °C. Elle grimpe : barrière d’huile minérale ou de talc. Aucun danger pour l’être humain.

Camponotus cruentatus (Latreille, 1802) est une fourmi charpentière de la Méditerranée occidentale et l’une des géantes de la faune ibérique : ses plus grandes ouvrières dépassent le centimètre et, vues de près, semblent tapissées de velours noir avec une touche de rouge sur l’abdomen. Elle n’a pas de nom commun établi en français ; chez Antomas, nous l’appelons donc simplement par son nom scientifique.

C’est aussi l’une des rares Camponotus européennes que l’on peut voir travailler en plein jour. Son écologie a été étudiée en détail dans une prairie méditerranéenne dans les années 1980, et c’est de ce travail que viennent les histoires les plus curieuses de cette fiche : une guerre pour un pin et un régime alimentaire inattendu. Comme toujours, nous distinguons ce que dit la science, ce que rapportent d’autres éleveurs et ce que nous avons appris chez Antomas.

Biologie

« Cruentatus » : la fourmi tachée de sang

Elle a été décrite par le naturaliste français Pierre André Latreille en 1802, dans son Histoire naturelle des Fourmis, sous le nom de Formica cruentata. L’épithète vient du latin cruentare, « tacher de sang », dérivé de cruor, le sang versé. Nous ne savons pas exactement à quoi pensait Latreille, mais il ne faut pas beaucoup d’imagination : sur un corps presque noir, l’avant du gastre porte une tache rouge orangé, comme si la fourmi sortait d’un combat.

Cette tache est aussi le meilleur indice pour la reconnaître sur le terrain. Les clés ibériques décrivent le propodéum, la partie arrière du thorax, et la moitié antérieure du gastre d’un orange jaunâtre. Dans nos colonies, la tête et le mésosome paraissent noirs et la base du gastre rouge orangé. La teinte varie selon les ouvrières et les populations, mais le contraste entre le noir mat et la « tache » rouge ne s’oublie pas.

Une géante vêtue de velours

Avec C. cruentatus, pas besoin de loupe. L’étude de terrain de 1988 que nous citons tout au long de cette fiche a mesuré des ouvrières de 6 à 14 mm, et une révision récente des Camponotus ibériques la présente comme une espèce « de grande taille (jusqu’à 13 mm) et d’aspect mat ». Elle compte donc parmi les plus grandes fourmis de la péninsule Ibérique et d’Europe occidentale, même si personne n’a publié de classement qui lui attribue une place exacte.

Ce qui frappe le plus, pourtant, c’est la texture. La cuticule présente une microsculpture réticulée et une ponctuation dense qui lui ôtent tout éclat, et le gastre est couvert d’une fine pubescence qui lui donne l’allure du velours. C’est la signature de son sous-genre, Myrmosericus, un nom qui réunit myrmex, « fourmi », et sericus, « soyeux ». Une fourmi de soie avec une tache de sang : peu d’espèces européennes sont aussi élégantes.

Cousine de C. micans, pas de C. barbaricus

Dans les boutiques et les forums, on la range souvent avec d’autres grandes Camponotus bicolores de la péninsule Ibérique, comme C. barbaricus. Extérieurement, elles se ressemblent : grandes, polymorphes, noires et rouges, et elles volent les mêmes nuits d’été. Mais la parenté suit un autre chemin.

Les taxonomistes répartissent les plus de mille espèces du genre Camponotus en sous-genres. C. cruentatus appartient à Myrmosericus Forel, 1912, qui ne compte que deux espèces dans la péninsule Ibérique : elle et C. micans, la fourmi noire aux poils argentés du sud. Les deux partagent des mandibules à 7–8 dents, un bord du clypéus prolongé en lobe rectangulaire et un corps mat et pubescent. C. barbaricus, en revanche, est une Tanaemyrmex, du sous-genre de C. sylvaticus : brillante, avec un gastre presque glabre.

La règle rapide pour ne pas les confondre : si le gastre est mat, velouté et porte une tache rougeâtre, c’est C. cruentatus ; s’il est noir et brillant et que le thorax est rouge, c’est une Tanaemyrmex.

Ouverte 24 heures sur 24 en plein été

Dans la prairie méditerranéenne où elle a été étudiée, plusieurs fourmis gardaient le même horaire toute la saison : Cataglyphis cursor était strictement diurne et C. sylvaticus crépusculaire et nocturne. C. cruentatus, en revanche, change d’horaire avec les saisons.

  • Printemps : uniquement de jour, avec un rythme assez régulier du matin à l’après-midi.
  • Juin, juillet et août : l’activité gagne peu à peu la nuit jusqu’à couvrir les 24 heures, ce qu’aucune autre fourmi de la zone ne faisait.
  • Automne : elle redevient diurne et son activité diminue peu à peu.
  • Novembre : les ouvrières ne sortent plus que pour évacuer de la terre et préparer le nid pour l’hiver. Ensuite, l’activité extérieure s’arrête complètement.

Pourquoi travaille-t-elle de nuit en été ? Les auteurs le relient à son garde-manger : le puceron du pin qu’elle trayait produit du miellat sans arrêt, de jour comme de nuit. L’espèce tolère en outre un éventail de conditions très large, et seuls les extrêmes l’arrêtent. En dessous de 15 °C environ, les ouvrières se déplacent très lentement et cessent de sortir. Vers le haut, l’activité s’est interrompue lorsque le sol à l’ombre a dépassé 33–34 °C, soit environ 53–55 °C au soleil. Un jour de juillet, la colonie est restée à l’intérieur à midi et, dès que la chaleur est retombée, jusqu’à 58 ouvrières sont sorties d’un coup en dix minutes. L’espèce a également fait partie d’une étude ultérieure sur les limites thermiques des fourmis méditerranéennes, dans laquelle son activité a été suivie heure par heure pendant toute la saison.

Éleveuse de pucerons, jalouse de son miellat

Son régime est surtout liquide. Dans cette étude, 82 % des ouvrières qui rentraient au nid sans proie avaient le jabot plein de liquide, et seulement 5,9 % revenaient avec quelque chose de solide entre les mandibules. Ce liquide était presque toujours du miellat, l’excrément sucré des pucerons, et la colonie changeait de « ferme » selon le mois :

  • Jusqu’à la mi-juin, elle n’utilisait guère les fleurs ni les pucerons, et ne visitait qu’occasionnellement les fleurs d’Alyssum maritimum.
  • De juin à fin juillet, ses ouvrières trayaient en masse les pucerons Cinara maritimae d’un pin voisin.
  • D’août à novembre, elle passait au fenouil, où elle récoltait le nectar des fleurs et le miellat d’un autre puceron, Aphis fabae. Les visites au nectar étaient strictement diurnes, car le fenouil n’en produit que le jour.

Le territoire de cette colonie couvrait 230 m², avec un pin et 14 pieds de fenouil, et ses ouvrières le défendaient avec beaucoup de caractère : les auteurs la décrivent comme une espèce très agressive, qui monopolise les sources de nourriture qu’elle occupe et les défend contre toute intruse. C’est la trophobiose : les fourmis protègent les pucerons de leurs prédateurs et parasitoïdes et se font payer le service en sucre, une alliance qui a façonné l’évolution des deux groupes.

Guerre dans le pin contre C. sylvaticus

L’histoire la plus rude de l’étude met en scène une parente éloignée. À côté du nid de C. cruentatus vivaient plusieurs colonies de C. sylvaticus, elle aussi très agressive et elle aussi éleveuse de pucerons. Pendant une bonne partie de l’année, elles se croisaient à peine, car C. sylvaticus sort la nuit et commence sa saison plus tard. Mais en juillet et en août, quand C. cruentatus travaille aussi la nuit, les deux espèces se sont retrouvées dans le même pin.

Chaque rencontre finissait en combat. Les chercheurs ont trouvé de nombreuses ouvrières de C. cruentatus mutilées et d’autres portant encore des têtes de C. sylvaticus accrochées aux pattes et aux antennes : dans ces combats, les mandibules ne lâchent pas, même quand le reste du corps n’est plus là. Peu à peu, l’activité de C. sylvaticus dans l’arbre a augmenté et celle de C. cruentatus a diminué, jusqu’à ce qu’à la mi-août le pin appartienne presque entièrement à la rivale. Les deux autres pins voisins ont été occupés toute l’année par deux colonies de C. sylvaticus, et aucune autre fourmi n’y a jamais été vue.

Chez Antomas, nous la considérons comme la fourmi la plus puissante d’Espagne au corps-à-corps : très dominante et agressive partout où règnent ses empires. Ces courtes vidéos d’Anthouse le prouvent, face à un scorpion, face à Aphaenogaster et face à une autre colonie de sa propre espèce, en pleine dispute territoriale :

« Escorpión vs hormigas gigantes », d’Anthouse (en espagnol) : C. cruentatus face à un scorpion.

« Hormigas cazadoras vs hormigas gigantes », 2e partie, d’Anthouse (en espagnol) : C. cruentatus contre Aphaenogaster.

« Gigantes y crueles », 2e partie, d’Anthouse (en espagnol) : cruentatus contre cruentatus, la territorialité à l’état pur.

Un régime inattendu : des excréments

La nourriture solide qui entre dans le nid est rare, mais surprenante. Sur 116 charges analysées, 68 % étaient des excréments de vertébrés : de petits mammifères, d’oiseaux et de reptiles. Les ouvrières les transportaient entiers, d’environ 5 mm, un par un. Les arthropodes représentaient 27 %, presque toujours des morceaux petits et desséchés, d’environ 5 mm eux aussi, bien en dessous de la taille de celle qui les portait. Aucune autre fourmi de la prairie ne récoltait d’excréments.

Qu’y gagne-t-elle ? Probablement de l’azote. Un régime aussi sucré en manque, et c’est là qu’intervient un partenaire invisible : toutes les Camponotini abritent une bactérie, Blochmannia, qui vit dans des cellules spéciales de l’intestin, passe des mères aux filles par l’œuf et aide la fourmi à recycler l’azote et à fabriquer des acides aminés essentiels. Dès les années 1980, on a suggéré que ces bactéries pourraient expliquer pourquoi certaines Camponotus utilisent les excréments comme source d’azote. C’est une hypothèse, mais elle colle parfaitement à ce qui a été observé sur le terrain. Cela dit, à la maison, le couvain a besoin de vraies protéines, sous forme d’insectes (voir « Alimentation »).

Jardinière de l’hellébore et nourrice de papillons

Ses services à l’écosystème ne s’arrêtent pas aux pucerons. L’hellébore fétide (Helleborus foetidus), une plante des bois et des garrigues ibériques, produit des graines munies d’un élaïosome, un appendice charnu et riche en graisses qui sert de « pourboire » aux fourmis. L’ouvrière emporte la graine au nid, mange l’élaïosome et laisse la graine intacte, loin de la plante mère et à l’abri. Une étude de 2007 menée dans plusieurs populations espagnoles a désigné C. cruentatus comme l’une des deux grandes disperseuses de cette hellébore en Andalousie, et dans une population du sud elle était responsable de la majorité des graines emportées.

Elle joue aussi les nourrices. Elle s’occupe de chenilles de papillons lycénidés, la famille des petits papillons bleus et cuivrés, dont les chenilles sécrètent des gouttelettes sucrées en échange d’une escorte armée. On a signalé avec elle des chenilles de Glaucopsyche alexis et de Lampides boeticus.

De l’Atlas aux Pyrénées

C’est une espèce de la Méditerranée occidentale : elle vit au Maghreb, dans presque toute la péninsule Ibérique, dans le sud de la France et dans le nord-ouest de l’Italie. Dans la péninsule Ibérique, elle est très répandue, de la côte à l’intérieur et de l’Andalousie aux Pyrénées, et se raréfie dans le nord-ouest : en Galice, il existe des mentions anciennes sur la côte et d’autres récentes à l’intérieur, à 300–750 m, sous des pierres dans des landes à bruyères et en lisière de pinède. Elle vit généralement en dessous de 1 000 m. La carte ibérique la plus récente ne compte aucune mention aux Baléares, et elle est absente des Canaries.

Son habitat typique, ce sont les pinèdes et chênaies vertes des versants ensoleillés, souvent sur sols calcaires, où elle peut devenir la fourmi dominante. Dans la prairie côtière de l’étude de 1988, elle était plutôt rare, et les auteurs pensaient qu’elle n’y trouvait pas son milieu optimal. Elle niche dans le sol, sous des pierres au soleil, parfois près de racines ou de bois mort, et laisse à l’entrée de petits tas de terre. On a compté une ou deux colonies pour 100 m².

Au Maroc, l’histoire se complique. Le myrmécologue Henri Cagniant a parlé d’une « superespèce » C. cruentatus, un ensemble de formes très proches, et en a tiré la description d’une nouvelle espèce, C. obscuriventris. On a même trouvé une nouvelle Camponotus apparentée dans une chênaie verte relique de 2–3 hectares, à plus de 2 000 m d’altitude dans l’Anti-Atlas.

L’acide formique : arme et désinfectant

Comme toutes les formicines, C. cruentatus n’a pas d’aiguillon. Son arme chimique est l’acide formique, qu’elle fabrique dans la glande à venin et projette par l’acidopore, un orifice à l’extrémité du gastre. Il lui sert à se défendre, mais il a un second usage démontré en 2020 : les formicines avalent leur propre acide. Pendant la toilette, l’ouvrière replie son gastre sous le corps, recueille avec la bouche une goutte à l’acidopore et l’avale. Elle acidifie ainsi son jabot, l’« estomac social » où elle stocke la nourriture qu’elle partagera ensuite, et élimine une bonne partie des microbes qui arrivent avec elle. Cela a été étudié chez C. floridanus et non chez notre espèce, mais c’est un trait de toute la sous-famille. Pour une fourmi qui récolte des excréments, l’idée n’est pas mauvaise.

Pourtant, même cette géante a sa némésis : les mouches parasites, sa grande ennemie naturelle. Cette courte vidéo d’Anthouse le montre :

« Hormigas cazadoras vs hormigas gigantes », partie finale, d’Anthouse (en espagnol) : les mouches parasites, la némésis de C. cruentatus.

Des vols les nuits de juin et une seule reine

Les sexués, c’est-à-dire les reines et les mâles ailés, quittent le nid au début de l’été. Les observations d’amateurs en Espagne vont de la mi-juin au début juillet, au crépuscule ou de nuit, entre sept heures du soir et une heure et demie du matin, par ciel dégagé et à 22–28 °C. Les fiches d’élevage allemandes parlent de mai et de juin. Après le vol, la reine fécondée s’arrache les ailes, s’enferme dans une loge et élève ses premières ouvrières sans sortir se nourrir, avec les réserves de son propre corps : c’est la fondation claustrale. Une étude classique a montré que les reines qui fondent ainsi sont plus grandes et plus riches en graisse que celles des espèces qui sortent chercher de la nourriture.

Ses colonies sont monogynes : une seule reine par colonie. Nous n’avons trouvé ni étude ni éleveur faisant état de plusieurs reines cohabitant. Il n’existe pas non plus de données scientifiques sur la taille qu’elles atteignent dans la nature : les chiffres qui circulent, de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’ouvrières, ne reposent sur aucune source solide. Ce que nous pouvons vous dire, c’est qu’une colonie bien soignée devient grande et demande pas mal de place.

Taille et morphologie

Grande fourmi, sans aiguillon, au polymorphisme continu : entre la plus petite et la plus grande ouvrière, on trouve toutes les tailles intermédiaires. Les minors ont la tête étroite et proportionnellement petite ; chez les majors, la tête grandit plus vite que le reste du corps et devient large et robuste, un effet de l’allométrie.

  • Couleur. Tête et mésosome noirs ou noirâtres, parfois avec le mésosome un peu rougeâtre, et la base du gastre rouge orangé. Le reste du gastre est noir.
  • Surface. Mate, avec une microsculpture réticulée et une ponctuation dense. Aucun reflet.
  • Pubescence. Dense, surtout sur le gastre, qui paraît velouté.
  • Tête. Clypéus muni d’une carène, une arête centrale, et bord antérieur prolongé en lobe rectangulaire. Mandibules puissantes, à 7–8 dents.
  • Pattes. Avec un sillon longitudinal sur le tibia postérieur, un détail qui aide à l’identifier.
  • Gastre. Il se termine par l’acidopore, par lequel sort l’acide formique.
  • Reine et mâle. Nous n’avons trouvé aucune description publiée accessible.

Mesures approximatives

  • Ouvrières, de la minor à la major : 6–14 mm (Alsina et al., 1988) ; jusqu’à 13 mm selon García (2025)
  • Reine : pas de mesures publiées accessibles
  • Mâle : pas de mesures publiées accessibles

Nous ne donnons que des mesures scientifiques. Les tailles par caste qui circulent dans les boutiques et les forums varient beaucoup d’une source à l’autre, et nous ne les utilisons pas. Comme chez toutes les Camponotus, les premières ouvrières d’une jeune colonie, les nanitiques, sont les plus petites, et la taille moyenne augmente à chaque génération jusqu’à l’apparition des majors.

Élevage en captivité

Difficulté : 2/5 – Débutant

C’est une espèce pour débutants, mais nous lui donnons un point de plus qu’à d’autres Camponotus ibériques, pour quatre raisons :

  • Démarrage lent. Selon les éleveurs, les colonies de première année terminent souvent la saison avec peu d’ouvrières. Il faut de la patience.
  • Elle aime la chaleur. Les éleveurs la classent parmi les Camponotus européennes les plus thermophiles, et dans un nid froid le couvain se bloque.
  • Elle a besoin d’une diapause chaque hiver.
  • Elle grandit beaucoup. Au fil des années, la colonie réclame de l’espace et de grandes galeries pour les majors.

En contrepartie, elle est robuste, mange bien et elle est diurne : vous la verrez travailler pendant que vous aussi êtes éveillé. Et elle ne présente aucun danger pour l’être humain (voir « Manipulation et sécurité »).

Paramètres recommandés

  • Température du nid : 24–28 °C pendant la saison active, de préférence avec un côté un peu plus chaud pour que la colonie puisse choisir.
  • Aire de chasse : 21–28 °C, la température normale d’une maison au printemps et en été.
  • Humidité : nid à 50–60 %, avec un coin un peu plus humide pour le couvain ; aire de chasse plus sèche, à 30–50 %.
  • Eau : toujours disponible, dans un tube à essai avec de l’eau et du coton dans l’aire de chasse.
  • Lumière : la zone du nid dans l’obscurité et l’aire de chasse à la lumière normale de la pièce.
  • Diapause : 10–15 semaines à 12–15 °C, de novembre ou décembre à février.

Ce sont les valeurs qu’utilisent les éleveurs, et elles concordent avec ce que l’on observe sur le terrain : hors du nid, elle travaille volontiers dans une plage très large, mais en dessous de 15 °C environ elle devient lente. Si votre logement est frais, placez un câble ou un tapis chauffant avec thermostat sur un côté du nid, jamais sous toute la fourmilière, et évitez le soleil direct : dans la nature, l’activité s’arrête dès que le sol surchauffe.

Arrivée et premières semaines

Chez Antomas, nous vendons C. cruentatus en deux tailles : reine avec 4–7 ouvrières et couvain ou reine avec 20–40 ouvrières et couvain. Les deux ont déjà franchi la fondation claustrale, l’étape la plus délicate, et ont des ouvrières qui sortent chercher de la nourriture. Elles arrivent dans un tube à essai et, tant que la colonie est petite, elle peut y rester :

  • Repos à l’arrivée : deux jours dans un endroit calme et sombre, à 24–28 °C, en vérifiant qu’il reste de l’eau derrière le coton du tube.
  • Nourriture dès le début : une goutte de liquide sucré sur un petit morceau de papier d’aluminium ou dans un mini-abreuvoir, jamais sur le coton du tube, et un petit morceau d’insecte deux ou trois fois par semaine. Retirez les restes.
  • Pas de chocs ni de fortes vibrations près du tube : selon les éleveurs, c’est ce qui pousse le plus souvent une reine à manger ses œufs.
  • Au nid quand le tube devient trop petit ou qu’il y a une dizaine d’ouvrières. Avec la version à 20–40 ouvrières, vous pouvez l’installer presque dès le début.

Il n’existe pas de données publiées sur la durée du développement de cette espèce. D’après ce que l’on sait du genre, il peut s’écouler environ 6–10 semaines de l’œuf à l’ouvrière à 25–28 °C, et davantage si le nid est plus frais.

Fourmilières recommandées

Chez Antomas, nous procédons en deux étapes. Pour la fondation, les fourmilières en plâtre de la gamme Qbik Wild d’Anthouse, qui retiennent l’humidité et offrent à la jeune colonie un milieu stable. La première, une Qbik Wild One P 1C à galeries moyennes :

Si elles la remplissent plus tôt que prévu, ou si vous avez choisi la version à 20–40 ouvrières, l’étape suivante est une Qbik Wild Duo P 2C :

Pour la croissance, quand la colonie compte déjà quelques dizaines d’ouvrières et commence à manquer de place, nous la passons à la gamme Alpha, avec les modulaires QBIK ONE et QBIK DUO. Elles sont plus sèches, l’humidité étant apportée par les tubes, et ont deux avantages : elles sont plus économiques et pèsent moins, ce qui est appréciable car une C. cruentatus bien soignée peut devenir assez grande. Quand les majors apparaissent, choisissez de grandes galeries, où elles passent sans peine avec leur tête large.

Aménagez l’aire de chasse avec du sable ou de la terre sèche, une ou deux pierres plates et une brindille pour grimper, toujours loin de la barrière. Et agrandissez quand le nid devient trop petit, pas avant : dans un nid trop grand, la colonie reste dans un coin et utilise le reste comme dépotoir.

Déménagement par renversement

Chez Antomas, nous déménageons toujours les colonies par renversement, aussi bien du tube vers la première fourmilière que de la Qbik Wild vers la gamme Alpha. Voici comment nous procédons :

  1. Tout est prêt avant : la nouvelle fourmilière installée, avec la barrière en place et le tube d’eau branché.
  2. Au-dessus d’un plateau, au cas où une ouvrière grimperait sur vos mains ou vos outils.
  3. Renverser : ouvrez le tube ou l’ancien nid dans l’aire de chasse, près de l’entrée du nouveau, et videz-le en tapotant doucement. Aidez les retardataires avec un pinceau.
  4. Obscurité dans le nouveau nid : couvrez-le avec quelque chose d’opaque et, en quelques minutes, les ouvrières commenceront à y transporter le couvain et la reine.

Alimentation

Du sucre, toujours. Dans la nature, C. cruentatus vit surtout de miellat ; à la maison, un liquide sucré ne doit donc jamais lui manquer. Proposez-le dans un abreuvoir, classique ou fait maison, où la goutte reste étalée et accessible, et jamais sur du coton : il moisit et le liquide s’abîme vite. Variez les sucres : chez Antomas, nous recommandons le nectar Blue Sugar d’Anthouse 4–5 fois par semaine et un autre nectar ou liquide sucré 1–2 fois par semaine. Vous pouvez aussi enrichir le nectar avec un peu de protéines.

Des protéines, autant qu’elles peuvent en manger. C’est le carburant de la reine et des larves, et notre règle est claire : si vous faites l’entretien tous les jours et retirez les restes, mieux vaut trop que pas assez, car la colonie perçoit que les ressources abondent et élève plus de couvain, plus vite. Si vous ne pouvez pas nettoyer souvent, ajustez la quantité : la nourriture oubliée attire moisissures et acariens.

  • Changez de proie chaque semaine. Pour les petites colonies, Thermobia domestica, une proie de la bonne taille pour commencer. Quand la colonie grandit, alternez grillons, blattes d’Argentine et blattes turques, et de temps en temps un ver de farine coupé en morceaux.
  • Mortes ou ouvertes, c’est mieux. Dans la nature, ce n’est pas une grande chasseuse : elle récolte de petits morceaux et les restes laissés par d’autres. Une fiche d’élevage allemande indique qu’elle préfère souvent les insectes morts au miel. Aux jeunes colonies, donnez la proie coupée ou ouverte.
  • Le matin. Elle est diurne : déposez les protéines tôt et retirez les restes l’après-midi ou le lendemain.
  • Des insectes de confiance, d’élevage et sans insecticides.

Eau : en plus du sucre, toujours un tube avec de l’eau et du coton dans l’aire de chasse.

Croissance et majors

La première année est lente : sur un forum allemand d’éleveurs, les colonies de première année arrivaient à l’hiver avec 1–5 ouvrières. Ne vous découragez pas. Après la première diapause, la colonie prend de l’élan, et chaque génération apporte des ouvrières plus grandes. Il n’existe pas de données publiées sur l’apparition des premières majors ; d’après ce que l’on observe dans le genre, elles arrivent généralement quand la colonie compte de quelques dizaines à quelques centaines d’ouvrières, normalement la deuxième année. La version à 20–40 ouvrières vous épargne une bonne partie de cette attente. Ensuite, avec de la chaleur en saison, une bonne diapause et beaucoup de protéines, la colonie peut devenir assez grande, et c’est le moment de la passer à la gamme Alpha et de lui offrir de grandes galeries.

Diapause

Dans la nature, C. cruentatus s’arrête complètement en hiver : en novembre, les ouvrières ne sortent plus que pour nettoyer le nid, puis la colonie reste à l’intérieur jusqu’au printemps. Elle vit sous un climat méditerranéen, avec des hivers courts et doux sur la côte et plus froids à l’intérieur des terres, et sous les pierres le sol amortit les gelées. De plus, selon les éleveurs, elle a un rythme interne qui réclame ce repos. Chez Antomas, nous recommandons :

  • Quand : de novembre ou décembre à février.
  • Combien de temps : environ 10–15 semaines, soit à peu près 3 mois.
  • À quelle température : 12–15 °C. Une pièce non chauffée suffit généralement ; vérifiez-le avec un thermomètre. Ne descendez pas en dessous de 10 °C environ : les éleveurs le déconseillent et son climat ne l’exige pas non plus.
  • Progressivement : baissez la température sur 2–3 semaines et remontez-la de la même façon à la fin.
  • Pendant le repos : de l’eau en permanence, un peu de sucre dans l’abreuvoir et peu ou pas de protéines. Il est normal qu’elles passent l’hiver avec des larves et presque sans ponte.
  • Au réveil : selon les éleveurs, elle sort de diapause très vite. Dès que vous voyez de l’activité, revenez à la chaleur et aux protéines.

Comportement en captivité

Une fourmi à observer de jour. Beaucoup de Camponotus attendent la nuit ; C. cruentatus fourrage à la lumière et, en été et avec un nid chaud, peut s’activer à toute heure.

Jalouse de sa nourriture. Sur le terrain, elle défend ses pucerons ; dans la fourmilière, elle surveille l’abreuvoir et la proie. Vous verrez des ouvrières postées près du sucre et des recrutements rapides dès qu’apparaît quelque chose d’intéressant.

À chaque taille son métier. Comme souvent chez les Camponotus à plusieurs tailles d’ouvrières, les petites et les moyennes assurent l’essentiel de la récolte et des soins au couvain, et les majors, quand elles arrivent, gardent les entrées et découpent les grosses proies.

Observer sans crainte. Chez Antomas, nous pensons que les fourmis sont faites pour être appréciées, observées et pour qu’on apprenne d’elles. Laissez le nid dans l’obscurité et l’aire de chasse éclairée, observez-les calmement et n’intervenez que le nécessaire : elles s’habituent vite à votre présence.

Évasions et barrières

Les Camponotus grimpent sur le verre et l’acrylique, même à l’envers, et C. cruentatus ne fait pas exception. Pour qu’elles restent dans l’aire de chasse :

  • Une barrière d’huile minérale ou de talc sur le haut des parois, fine et continue. Renouvelez-la quand elle accumule de la poussière.
  • Un couvercle bien ajusté comme deuxième ligne de défense.
  • Du grillage sur les aérations : les nanitiques passent par des grilles qui semblent inoffensives.
  • Pas de ponts : aucune branche ni pierre près de la barrière.
  • Raccords vérifiés, surtout lors d’un agrandissement ou du passage à la gamme Alpha.

Manipulation et sécurité

Elle ne présente aucun danger pour l’être humain. Elle ne pique pas, car elle n’a pas d’aiguillon. Tout au plus, une grande ouvrière qui vous attrape bien peut vous faire une petite coupure au doigt avec ses mandibules. Et si quelqu’un en prenait beaucoup à la main, l’acide formique pourrait lui laisser une petite callosité, mais ce serait exagérer : cela arrive très rarement. La manipulation normale se fait avec un pinceau doux ou une pince souple, plus pour leur bien que pour le vôtre, afin de ne blesser aucune ouvrière ni la reine. Ne réunissez pas des colonies différentes, car elles se battent, et ne les mélangez pas avec d’autres espèces. Et ne relâchez jamais une colonie élevée à la maison.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • Réunir des reines ou des colonies : l’espèce est monogyne.
  • Mettre le sucre sur du coton ou laisser l’abreuvoir se vider.
  • Donner toujours la même proie ou laisser des restes en place.
  • Garder le nid froid pendant la saison : en dessous de 20 °C environ, le couvain n’avance presque plus.
  • Sauter la diapause ou la faire trop froide, en dessous de 10 °C.
  • Changer brusquement la température à l’entrée ou à la sortie de la diapause.
  • Installer une petite colonie dans un nid immense.
  • Garder des galeries étroites quand il y a déjà des majors.
  • Négliger la barrière, le couvercle ou les grilles.

Sources scientifiques

Cette fiche repose sur les études de terrain consacrées à Camponotus cruentatus, sur la littérature taxonomique des Camponotus ibériques et nord-africaines et sur l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :

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  3. Boulay, R., Coll-Toledano, J., Manzaneda, A. J. & Cerdá, X. (2007). Geographic variations in seed dispersal by ants: are plant and seed traits decisive? Naturwissenschaften 94: 242–246. doi:10.1007/s00114-006-0185-z
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  7. Janicki, J., Narula, N., Ziegler, M., Guénard, B. & Economo, E. P. (2016). Visualizing and interacting with large-volume biodiversity data using client–server web-mapping applications: the design and implementation of antmaps.org. Ecological Informatics 32: 185–193. doi:10.1016/j.ecoinf.2016.02.006
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