Messor barbarus
Agricultrices, ingénieures et guerrières. Messor barbarus bâtit des empires de milliers d’ouvrières sur des greniers souterrains : elle récolte les graines sur des pistes de 30 mètres, leur coupe la radicule pour qu’elles ne germent pas et les sort sécher au soleil. Ses majors à tête rouge broient le grain avec des mandibules de meule et, quand un intrus entre sur son territoire, toute la colonie part au combat. Des ouvrières métisses de deux lignées cachées, des reines pures, et la fourmi qui a prouvé la première la boussole solaire. L’espèce idéale pour débuter, avec une reine qui peut vous accompagner des décennies. Colonies et reines, aussi Shiny Red, d’un rouge intense. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.
Difficulté : 1/5 – Débutant
La fourmi granivore de la Méditerranée occidentale : elle stocke des graines dans des greniers, élève des majors à tête rouge et défend son territoire avec acharnement. Colonies et reines seules, y compris Shiny Red. Nid Qbik à galeries moyennes avec une zone humide et un grenier sec, graines et protéines en abondance, et une diapause d’environ 5 mois (novembre–mars) en dessous d’environ 20 °C.
Messor barbarus (Linnaeus, 1767) est la fourmi granivore par excellence de la Méditerranée occidentale : celle des longues colonnes noires qui traversent les chemins de terre chargées de graines, celle des petits tas de balles autour de l’entrée du nid, celle des soldats à tête rouge. Elle vit dans la péninsule Ibérique, dans le sud de la France et en Afrique du Nord, et les anciennes mentions des Balkans, de Turquie ou d’Iran sont aujourd’hui considérées comme erronées ou douteuses. C’est une fourmi des sols ouverts et secs : prairies, friches, bords de champs, bas-côtés, garrigues caillouteuses et champs de céréales, où c’est la fourmi la plus commune.
Ce n’est pas une fourmi quelconque au sein de son genre. Lorsque le myrmécologue suisse Auguste Forel a décrit Messor en 1890, alors comme sous-genre, il l’a fait à partir de cette espèce : c’est, d’une certaine façon, la Messor originelle. Au XIXe siècle, on l’appelait Atta barbara, et c’est sous ce nom que l’ont étudiée les premiers naturalistes émerveillés par ses greniers. C’est aujourd’hui l’espèce à fourragement collectif la plus étudiée de tout le genre et, derrière ses airs de fourmi « de toujours », elle cache une génétique insolite, une boussole solaire chargée d’histoire et une façon de stocker les graines qui attirait déjà l’attention dans l’Antiquité.
Son nom dit tout : messor signifie « moissonneur » en latin. Elle est granivore : plus de 90 % de ce qu’elle récolte sont des graines. Mais ne vous fiez pas à son régime : c’est aussi une fourmi territoriale et guerrière, qui défend son terrain avec une férocité qui surprend tous ceux qui l’élèvent pour la première fois.
Au cœur d’un grand empire de Messor : couvain, greniers et guerres, dans une vidéo d’Anthouse (en espagnol).
Biologie
Ouvrières métisses, reines pures : la génétique la plus étrange de la péninsule Ibérique
Chez la plupart des fourmis, qu’une larve femelle devienne ouvrière ou reine dépend de la façon dont on la nourrit. Chez M. barbarus, non : cela dépend surtout de qui est son père. En 2016, une équipe européenne a analysé la génétique de colonies d’Andalousie, de Castille-La Manche, d’Estrémadure et de l’Algarve, et a découvert que deux lignées génétiques cryptiques de l’espèce cohabitent dans la péninsule, identiques à l’œil nu, qu’elle a baptisées Mbar1 et Mbar2. Elles se sont séparées il y a 1,4 à 2,5 millions d’années et partagent le territoire dans des lieux comme Sorbas (Almería), Baúl (Grenade) ou Aljezur (Portugal).
Le plus étonnant, c’est la répartition des castes : toutes les ouvrières sont des hybrides des deux lignées, tandis que les reines naissent toujours de croisements au sein d’une même lignée. C’est ce que les spécialistes appellent l’hybridogenèse sociale : la reine utilise le sperme des mâles de sa propre lignée pour élever des princesses et celui des mâles de l’autre lignée pour élever des ouvrières. Cela concorde avec le fait que chaque reine s’accouple avec plusieurs mâles, environ 2,4 en moyenne. Le système a été confirmé chez d’autres Messor, comme M. structor et M. ebeninus, mais pas chez toutes.
Cela a une conséquence curieuse : une reine qui ne s’est accouplée qu’avec des mâles de sa propre lignée ne peut pas produire d’ouvrières. Les auteurs estiment que, si l’accouplement se faisait au hasard, environ 13 % des reines ne s’accoupleraient pas avec les deux lignées. C’est une hypothèse de notre part, non vérifiée, mais elle pourrait expliquer pourquoi certaines reines fraîchement capturées, apparemment en bonne santé, ne parviennent jamais à fonder une colonie.
Et il y a encore plus étrange dans la famille. Sa cousine M. ibericus, du groupe de M. structor, a poussé le système à l’extrême : ses reines ont besoin du sperme des mâles de M. structor, une espèce différente, pour produire des ouvrières et, pour ne pas dépendre de leur rencontre, elles clonent des mâles de cette autre espèce, séparée de la leur depuis plus de 5 millions d’années. Les auteurs, qui l’ont publié dans Nature en 2025, ont appelé ce mode de reproduction la « xénoparité ».
La fourmi du miroir : la première preuve de la boussole solaire
Nous savons aujourd’hui que beaucoup de fourmis s’orientent grâce au soleil, mais il a bien fallu que quelqu’un le démontre pour la première fois. Ce fut le médecin et myrmécologue suisse Félix Santschi, en 1911, et il l’a fait avec M. barbarus. Son expérience est un classique : il cachait le soleil aux ouvrières qui rentraient au nid et, avec un miroir, leur en montrait le reflet du côté opposé du ciel. Les fourmis faisaient demi-tour et marchaient dans la direction opposée, comme si le soleil avait changé de place. Ce fut la première expérience d’orientation céleste chez les fourmis, le point de départ de plus d’un siècle d’études sur la navigation des insectes.
Un siècle plus tard, dans votre fourmilière, leurs descendantes restent de grandes navigatrices : dans la zone de fourragement, elles tracent vite leurs itinéraires et les parcourent en file, aller et retour, entre le nid et la nourriture.
Des autoroutes de 30 mètres, balayées même en hiver
Ce qui frappe le plus dans une colonie de M. barbarus dans la nature, ce sont ses pistes principales : des chemins permanents de 1 à 30 m de long et de 10–20 cm de large, qui partent des entrées du nid et se ramifient vers les zones les plus riches en graines. Les ouvrières les débarrassent de l’herbe et des obstacles et les entretiennent même en hiver, lorsqu’elles ne servent pas : ce sont de véritables infrastructures et, dans un champ de chaumes, on les voit à l’œil nu comme des lignes de terre nue.
Le réseau est très bien conçu :
- Plusieurs entrées, plusieurs pistes. Chaque colonie a plusieurs entrées, chacune avec sa piste, et dans une population espagnole un tiers des colonies avait en plus des pistes reliant certaines entrées entre elles, pour échanger informations et nourriture.
- Un réseau qui s’adapte. Les extrémités des pistes recherchent les taches de végétation les plus denses, et la colonie alterne deux stratégies, comme une armée : la « guérilla », avec de longues avancées peu ramifiées pour explorer, et la « phalange », avec de nombreuses branches courtes pour exploiter à fond une zone riche. Après une bonne année apparaissent davantage de branches et de liaisons courtes ; après une mauvaise, moins de branches, mais plus longues.
- Frontières. Les pistes des colonies voisines ne se croisent pas : elles se partagent le terrain en territoires et se défendent face aux autres colonies (voir « Pas des chasseuses, mais… »).
Pour recruter leurs congénères, elles laissent une piste chimique. La phéromone de piste provient surtout de la glande de Dufour, dans l’abdomen, tandis que la glande à venin sert à l’alarme et à la défense ; et le recrutement est renforcé par la stridulation, un son qu’elles produisent en frottant deux parties de leur corps. Sur les pistes, on a même décrit un transport par relais : de petites ouvrières ramassent des charges grandes pour leur taille, entament le trajet et les passent à des ouvrières plus grandes, qui font le dernier tronçon jusqu’au nid.
Des fermières qui désactivent leurs graines
Une colonie qui vit de graines a un problème évident : si elle les stocke sous terre, dans l’humidité, elles germent. M. barbarus l’a résolu il y a longtemps, et le premier à le décrire en détail fut le naturaliste anglais John Traherne Moggridge, en 1873, en observant des colonies de Menton et de Cannes, sur la Côte d’Azur.
- Elles coupent la racine. Quand une graine commence à germer, les ouvrières lui rongent la radicule, la petite pointe de la racine.
- Elles les sortent sécher au soleil. Après une averse, Moggridge a vu les fourmis sortir les graines du nid, les étaler à l’air et au soleil, puis les rentrer une fois sèches.
- Ça marche. Les graines stockées étaient humides, mais, sur des milliers de graines provenant de 21 nids, seules 27, de 7 nids, montraient un début de germination. Et elles n’étaient pas mortes : une fois semées, elles poussaient vigoureusement.
- La colonie est indispensable. Lors d’expériences ultérieures, Moggridge a constaté que la vapeur d’acide formique n’avait aucun effet : la clé était la présence des fourmis, qui surveillent le grenier et consomment d’abord les graines qui commencent à germer.
Ce n’était pas une découverte tout à fait nouvelle : Moggridge confirmait ce que racontaient déjà Plutarque et d’autres auteurs anciens, qui avaient vu les fourmis « désactiver » le grain avant de le stocker. À ce jour, aucune étude moderne n’a trouvé chez Messor de substance qui inhibe la germination : tout indique un travail de surveillance et d’entretien.
Moggridge a aussi fouillé leurs greniers : des chambres horizontales, à environ 4–15 cm de profondeur, chacune « de la taille d’une montre de poche », et, dans un nid profond, des greniers à plus d’un demi-mètre. Et il a vu autre chose : les graines stockées se « maltaient », et les ouvrières raclaient la farine d’un grain de millet avec leurs mandibules. Les éleveurs décrivent comment elles mâchent les graines pour en faire une pâte, le fameux « pain de fourmi », dont elles nourrissent le couvain ; les détails de sa biochimie sont mal connus.
Un palais exigeant : des graines de 4 à 50 mg
Récolter des graines ne veut pas dire ramasser n’importe quoi. Dans la nature, M. barbarus préfère les graines de 4 à 50 mg, quelle que soit leur densité ; elle ne prend presque jamais celles de moins de 0,4 mg et n’exploite qu’une partie des espèces disponibles, ce qui en fait un prédateur très sélectif. Elle choisit aussi selon la forme : elle préfère les graines allongées, qui se trouvent plus vite et risquent moins d’être enfouies. C’est une stratégie pour gagner du temps plutôt que de l’énergie.
- Plus c’est loin, plus elles sont exigeantes. Plus la piste est longue, plus elles deviennent sélectives, comme si un long trajet ne valait la peine que pour une bonne graine ; la densité des graines, en revanche, ne change pas leur sélectivité.
- Préférences de groupe. Elles adorent les caryopses de graminées (les « grains » des herbes), les capsules de joncs et les akènes de certaines composées et, entre des morceaux de tailles différentes d’un même aliment, elles choisissent les petits, plus faciles à manipuler.
- Presque de tout. Moggridge a trouvé dans leurs greniers des graines d’une multitude de plantes, de la fumeterre à l’amarante, et a écrit qu’elles les récoltaient « presque sans distinction ».
Selon l’expérience d’Antomas, en captivité elles sont bien moins difficiles que dans la nature : elles aiment pratiquement tout, de l’alpiste et du millet jusqu’au chia ou à l’avoine (voir « Alimentation »).
Des majors à tête rouge : les broyeuses de la colonie
Une colonie mature de M. barbarus ressemble à un nuancier de tailles : des ouvrières minuscules d’environ 3 mm à côté de majors (les « soldats ») de plus d’un centimètre, avec une tête énorme et souvent rouge. Il n’y a pas de castes séparées, mais une gradation continue de minors, de médias et de majors, et chaque taille tend à se spécialiser :
- Les médias marquent surtout les pistes avec des phéromones.
- Les minors s’occupent des petites graines.
- Les majors récoltent les graines grosses ou préférées.
Les majors ont une tête beaucoup plus grande, en proportion, que les petites ouvrières. Une étude de 2019 sur leur façon de marcher a montré que cette tête avance leur centre de gravité, et plus encore lorsqu’elles portent une graine : les grandes sont moins stables et compensent en partie en ajustant leur pas ; et, lorsqu’elles sont chargées, toutes, grandes et petites, s’agrippent au sol avec leurs pattes arrière pendant une partie de chaque foulée. Cette tête est pleine de muscles, le moteur de mandibules qui fonctionnent comme un moulin : selon l’expérience d’Antomas, ce sont les majors qui cassent les graines dures que les petites ne peuvent pas ouvrir, et qui transforment le grain en nourriture pour le couvain. Aucune étude n’a mesuré la force de leur morsure.
C’est pourquoi, dans une jeune colonie, l’arrivée des premiers majors est un véritable événement : dès lors, la colonie vient à bout de presque n’importe quelle graine, et sa croissance s’accélère (voir « Comportement en captivité »).
Ingénieures de l’écosystème : des dépotoirs fertiles et des alliées de l’agriculteur
Les balles qui s’entassent près de l’entrée ne sont pas un simple dépotoir. Moggridge les appelait déjà des « tas d’ordures » (kitchen middens), et il a vu qu’un seul pouvait remplir une cruche de plus d’un litre. Plus d’un siècle plus tard, une étude dans des prairies de la région de Madrid a montré que le sol de ces dépotoirs est plus limoneux et plus riche en potassium et en matière organique, avec un pH plus élevé, et qu’il abrite une banque de graines plus dense et plus variée ; ces changements favorisent en outre les plantes à graines lourdes. Chaque nid est, en pratique, une tache de sol fertilisé et une pépinière de graines.
Elles déplacent aussi des graines d’un endroit à l’autre. Sur environ 20 % des pistes apparaissent de petits dépôts de graines que certaines ouvrières lâchent et que d’autres ramassent, même si la dispersion réelle, par les graines perdues en route, est inférieure à 1 %.
Et les agriculteurs ? Dans les céréales cultivées en sec du nord-est de l’Espagne, M. barbarus est la fourmi la plus commune, avec des densités de plusieurs centaines de nids par hectare : dans des parcelles comptant 468–900 nids par hectare, elles ont emporté en 24 heures 99–100 % des graines de mauvaises herbes proposées. Elle agit comme un désherbant biologique, et les pertes de récolte qu’elle cause sont faibles : 0,6 % en moyenne, avec un maximum de 9,2 % dans les champs les plus touchés. Une voisine bien plus utile qu’il n’y paraît.
Un thermomètre dans les pattes : quand sortent-elles fourrager ?
Une équipe de l’Université autonome de Madrid a suivi 44 colonies près de Madrid pendant un an et demi, de mars 1998 à septembre 1999. La colonie commence à sortir lorsque la température et l’humidité du sol dépassent certaines valeurs minimales et, une fois active, c’est la température de surface qui règle le nombre d’ouvrières qui sortent : l’activité est maximale avec un sol à 25–30 °C, et les ouvrières marchent d’autant plus vite qu’il fait chaud, sauf les plus grandes. En général, elles fourragent avec un sol entre environ 15 et 35 °C.
En plein été, elles changent de tactique : le matin, de longues colonnes vers des sources de nourriture connues et, à mesure que le sol se réchauffe, elles raccourcissent les colonnes et cherchent de la nourriture plus près. Elles sont diurnes, mais évitent les heures centrales des journées les plus chaudes.
En hiver, le froid les garde à la maison : selon la région, le repos hivernal va à peu près de novembre à mars, sans couvain, en vivant des graines stockées. Les normales climatiques l’expliquent : de novembre à mars, la température moyenne est de 11,8–15,3 °C à Valence et de 6,3–11,2 °C à Madrid. Ce sont les bases de la diapause que nous recommandons en captivité (voir « Diapause »).
Pas des chasseuses, mais…
M. barbarus n’est pas une chasseuse : elle vit de graines et, dans la nature, ne ramasse qu’occasionnellement des insectes morts. Mais que personne ne la prenne pour une fourmi pacifique. Ses colonies défendent leur territoire avec ardeur : les pistes des colonies voisines ne se croisent pas, et les ouvrières les défendent face aux autres colonies, si bien que le terrain se retrouve partagé en territoires. C’est justement à cela que sert la glande à venin : donner l’alarme et se défendre.
Selon l’expérience d’Antomas, une colonie mature abat de gros insectes, et en nombre. Ce n’est pas de la chasse au sens strict : c’est de la défense territoriale. Un grillon ou une blatte qui s’aventure dans sa zone de fourragement est une menace, et toute la colonie se jette dessus : des dizaines d’ouvrières le tiennent par les pattes et les antennes, et les majors l’immobilisent avec leurs mandibules. Une fois la menace anéantie, elle devient ce dont la colonie a besoin pour élever son couvain : des protéines. Voir une grande colonie de Messor réagir ainsi est l’un des spectacles les plus impressionnants que puisse offrir une fourmi « à graines ».
Une colonie de Messor se jette sur un intrus, dans une vidéo d’Anthouse.
Une reine, plusieurs milliers d’ouvrières… et plusieurs pères
Les colonies de M. barbarus sont monogynes : elles n’ont qu’une seule reine et, dans la nature, comptent plusieurs milliers d’ouvrières. Cette reine, en revanche, n’a pas qu’un seul partenaire : elle s’accouple avec plusieurs mâles, environ 2,4 en moyenne, ce qui concorde avec son système génétique particulier (voir « Ouvrières métisses, reines pures »). En laboratoire, on a également étudié comment les colonies réagissent quand on les force à accepter plusieurs reines, et comment elles se « ferment » aux reines étrangères.
Combien d’ouvrières une colonie peut-elle atteindre ? Les chiffres de plusieurs dizaines de milliers qui circulent dans le milieu de l’élevage n’ont pas été mesurés : la science parle de « plusieurs milliers ». En captivité, avec de l’espace et de la nourriture, une colonie de Messor devient en quelques années un véritable empire.
Vols d’automne et fondation claustrale
Les vols nuptiaux de M. barbarus ont lieu en automne, généralement après les premières fortes pluies de fin d’été. Cela concorde avec le climat : à Valence, septembre et octobre sont les mois les plus pluvieux de l’année, avec 70 et 77 mm. Les chercheurs qui ont étudié sa génétique ont capturé des reines et des mâles pendant les vols à Grenade et à Albacete.
Après le vol, la reine perd ses ailes, s’enterre et fonde seule sa colonie. La fondation est claustrale : elle élève ses premières ouvrières sans sortir chercher de nourriture, grâce aux réserves de son propre corps. Et, en général, elle n’est pas pressée : les reines d’automne passent d’ordinaire l’hiver en diapause et commencent à élever du couvain au printemps.
Et si plusieurs reines fondent ensemble ? C’est ce qu’on appelle la pléométrose. Chez M. barbarus, il n’existe pas d’études scientifiques, mais les éleveurs racontent que, lorsqu’on réunit des reines, elles se tolèrent généralement au début et que, à la naissance des ouvrières, une seule finit par rester. Chez sa cousine nord-américaine M. pergandei, c’est documenté : dans certaines populations, les reines fondent ensemble, creusent le nid et élèvent le premier couvain en équipe, puis, peu après la naissance des ouvrières, elles se battent à mort jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une. C’est pourquoi, chez Antomas, nous recommandons une reine par tube.
Reines de combat : les princesses restées à la maison
Chez les éleveurs de Messor, il existe un phénomène célèbre que la science n’a pas encore étudié dans le genre : les reines de combat. C’est ainsi que nous appelons les jeunes reines, les princesses ailées de la colonie, qui n’ont pas pu faire leur vol nuptial à la bonne saison et restent dans le nid en accomplissant des tâches d’ouvrière. C’est assez fréquent dans les colonies matures en captivité : à l’automne, la colonie produit des princesses, mais aucun vol n’est possible dans une fourmilière, et beaucoup finissent par perdre leurs ailes et rester à la maison.
Selon l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs, elles partagent toutes un trait : une agressivité démesurée. On les voit partir au combat aux côtés des ouvrières quand la colonie défend son territoire. Mais leur vie dans la colonie n’est pas facile : les ouvrières elles-mêmes les malmènent beaucoup et, si elles n’ont pas d’utilité dans la colonie, finissent par les tuer. N’espérez pas que l’une d’elles remplace la reine : une princesse vierge ne peut pas donner d’ouvrières, et de ses œufs non fécondés ne naîtraient que des mâles.
Y a-t-il une base scientifique ? Chez Messor, il n’existe ni études ni nom scientifique pour elles, mais le phénomène est documenté dans un autre genre. En 2012, une équipe des universités de Copenhague et de Fribourg-en-Brisgau a étudié les fourmis coupeuses de feuilles Acromyrmex echinatior et A. octospinosus, et a constaté que les reines vierges qui perdent leurs ailes sans faire le vol nuptial ne meurent pas : elles restent dans la colonie de leur mère, soignent le couvain et travaillent dans le nid comme des ouvrières, et le défendent aussi. Face à l’odeur de colonies étrangères, elles réagissaient avec une agressivité bien plus forte que les autres femelles ; le communiqué de presse de l’Université de Fribourg est allé jusqu’à les comparer aux légendaires Amazones. Jusque-là, on supposait que ces reines mouraient, et certaines finissent effectivement dévorées par leurs sœurs. Elles vivent de leurs propres réserves, les muscles alaires, et les auteurs avancent que, chez des fourmis qui se nourrissent d’un champignon, « recycler » les reines en surnombre comme protéines n’est pas rentable, et qu’il vaut donc mieux leur confier un autre travail.
Le contraste avec Messor est intéressant : chez les coupeuses de feuilles, on les garde ; chez nos granivores, en revanche, les ouvrières finissent par les éliminer si elles ne sont pas utiles. Nous, éleveurs, le voyons, et nous le voyons chez Antomas, même si personne n’a encore étudié pourquoi. Ce qui est documenté dans le genre, c’est que ses reines peuvent être très combatives : chez M. pergandei, dans les populations où les fondatrices se battent à mort, les reines ont la tête plus large (et donc des mandibules plus fortes) que dans les populations où elles ne se battent pas, alors que leurs ouvrières ne diffèrent pas : une véritable « arme » féminine sélectionnée par le combat.
Des reines de combat de Messor en pleine bataille, dans une vidéo d’Anthouse.
Combien de temps vit une reine de Messor ? Des décennies
Les reines de fourmis comptent parmi les insectes les plus longévifs connus : elles vivent bien plus longtemps que leurs ouvrières, que les mâles et que l’immense majorité des insectes solitaires. Le record documenté appartient à une reine de Lasius niger, la fourmi noire des jardins, que l’entomologiste allemand Hermann Appel a capturée en août 1931, après son vol nuptial, et qui a vécu chez lui jusqu’en avril 1960 : presque 29 ans (28 ans et 9 mois). D’après ses notes, au cours de sa dernière année, elle pondait encore des œufs fécondés.
Chez M. barbarus, aucune étude n’a mesuré la durée de vie de la reine ; les chiffres de 20 ou 25 ans que l’on lit sur certains sites n’ont aucun fondement scientifique. Ce que nous pouvons vous raconter, c’est notre expérience : chez Antomas, nous maintenons une colonie de 11 ans, toujours active. Nous sommes convaincus qu’elles peuvent vivre bien plus longtemps. Une reine de Messor bien soignée peut vous accompagner pendant des décennies : pensez-y en la choisissant (et, si vous le souhaitez, en choisissant sa couleur : voir « Reines Shiny Red »).
Taille et morphologie
Fourmi robuste et brillante, de la sous-famille des Myrmicinae, avec des ouvrières de tailles très différentes, reliées par une gradation continue.
- Coloration des ouvrières. Noires et brillantes. Les minors sont de couleur uniforme ; les majors, surtout les plus grandes, sont souvent bicolores, avec la tête rougeâtre, et l’intensité de ce rouge varie beaucoup d’un individu à l’autre. Dès 1873, Moggridge distinguait une forme « entièrement noire » et une autre « à tête rouge ».
- Tête et mandibules. Chez les majors, la tête est proportionnellement beaucoup plus grande que chez les petites ouvrières, avec des mandibules larges et puissantes pour casser les graines.
- Pas de « panier » à sable. Contrairement à d’autres Messor, elle n’a pas de psammophore, la rangée de longs poils sous la tête avec laquelle d’autres espèces transportent du sable.
- Reine. Grande et robuste, noire et brillante, presque toujours avec la tête rouge et, rarement, aussi le gastre rouge. On la reconnaît en outre à son thorax volumineux, fait pour le vol, et aux cicatrices de ses ailes.
- Mâle. Ailé, plus petit et plus fin que la reine ; il vole en automne, pendant les vols nuptiaux.
- Par rapport aux autres Messor ibériques. Les majors de M. capitatus ont le propodéum (la partie arrière du thorax) anguleux et n’ont pas la tête rougeâtre de M. barbarus ; et M. ibericus, parfois confondue avec elle, appartient à un autre groupe, celui de M. structor. Pour identifier une Messor ibérique, il faut des ouvrières de toutes les tailles, surtout des majors.
- Développement. Comme chez toutes les Myrmicinae, les larves se nymphosent sans cocon : les nymphes sont nues. Selon les éleveurs, il faut de 6 à 12 semaines de l’œuf à l’ouvrière, selon la température.
Reines Shiny Red : un peu de couleur pour toute une vie
Comme vous l’avez vu, le rouge de la tête varie beaucoup chez cette espèce : il existe des reines presque noires, d’autres à tête rouge et quelques-unes, rares, avec le gastre également rougeâtre. Les Shiny Red sont des reines à la coloration plus rouge : la même espèce, avec une couleur plus intense. Si une reine de Messor peut vous accompagner pendant tant d’années, pourquoi ne pas profiter d’un peu plus de couleur tout au long de cette aventure ?
Et ses filles ? Il n’existe pas d’études sur la transmission de la couleur chez M. barbarus : la couleur de la descendance ne peut donc pas être garantie. Selon l’expérience d’Antomas, cependant, certains soldats des reines au morphe plus rouge naissent souvent avec la tête plus jaune ou orangée, un détail superbe dans une colonie mature.
Mesures approximatives
- Ouvrières : 3–13 mm, des minors aux plus grandes majors
- Reine : environ 13–15 mm
- Mâle : pas de mesures scientifiques fiables
Les mesures proviennent de la révision des Messor du Maroc de Cagniant et Espadaler (1997) ; les populations ibériques pourraient varier quelque peu. Il n’existe pas de morphométrie moderne de l’espèce dans la péninsule Ibérique.
Élevage en captivité
Difficulté : 1/5 – Débutant
C’est, sans exagérer, l’une des meilleures espèces au monde pour débuter. Elle est résistante, s’adapte très bien à la vie en fourmilière, mange des graines que vous pouvez toujours avoir à la maison et qu’elle stocke elle-même pour les jours où vous oubliez, ne pique pas et n’est pas fugueuse. Ses besoins se résument à quatre : un nid avec une zone humide et un grenier sec, de l’eau toujours disponible, beaucoup de nourriture en retirant les restes, et une diapause en hiver.
Et elle en vaut vraiment la peine. Facile ne veut pas dire ennuyeuse : vous verrez les ouvrières tracer leurs itinéraires, remplir le grenier, casser des graines avec les majors, sortir les balles au dépotoir et, quand un intrus se glisse sur leur territoire, se lancer au combat. Et tout cela avec une reine qui peut vous accompagner pendant des décennies.
Paramètres recommandés
- Température (du printemps à l’automne) : 22–28 °C. C’est la plage des étés de son aire, avec des moyennes de 22–26 °C de juin à août à Valence et à Madrid, et, dans la nature, son activité est maximale avec la surface du sol à 25–30 °C. Les éleveurs s’accordent sur une plage similaire pour le nid. Elle n’a pas besoin d’un point chaud excessif : si vous utilisez une source de chaleur, qu’elle soit douce et placée à une extrémité de la zone de fourragement, et que le nid ne dépasse jamais 30 °C.
- Humidité : deux zones. Une partie du nid humide, sans détremper, pour le couvain, et un grenier sec pour les graines. La zone de fourragement, sèche.
- Eau : toujours disponible, y compris pendant la diapause : un tube à essai avec de l’eau et du coton dans la zone de fourragement.
- Lumière : il suffit de leur laisser leur zone sombre dans le nid et la zone de fourragement à la lumière, avec un cycle jour–nuit normal. Évitez le soleil direct sur la fourmilière.
- Diapause : oui, d’environ 5 mois, de novembre à mars, en dessous d’environ 20 °C (voir « Diapause »).
Fourmilières recommandées
Chez Antomas, nous recommandons la gamme Qbik d’Anthouse, les Qbik classiques de la gamme Alpha : des fourmilières modulaires qui grandissent avec la colonie. Pour commencer, un QBIK ONE à galeries moyennes, qui permet de bien surveiller le couvain et le grenier d’une petite colonie.
À mesure que la colonie grandit, on l’agrandit, toujours avec des galeries plus grandes : les majors d’une colonie mature sont grands et ont besoin d’espace. L’étape suivante est le QBIK DUO :
Et, pour les grands empires, les formats QuaDra, HeXa et NoNa de la même gamme. Agrandissez lorsque le nid devient trop petit : un signe clair, c’est de voir beaucoup d’ouvrières immobiles dans les coins de la zone de fourragement, faute de place à l’intérieur. À l’inverse, un nid trop grand pour une petite colonie finit avec des coins transformés en dépotoir, des moisissures et des acariens.
Pas de nids en plâtre ni en Ytong. M. barbarus ronge de nombreux matériaux : chez Antomas, nous l’avons vu à maintes reprises, les majors détruisent les nids en plâtre et en Ytong, et les éleveurs rapportent la même chose pour le staff, le grès, le bois et les plastiques souples. Choisissez toujours des nids professionnels et bien établis sur le marché, dans des matériaux qu’elles ne peuvent pas ronger.
Complétez l’installation avec ces détails :
- Zone humide et grenier sec. N’humidifiez qu’une partie du nid, celle du couvain, et laissez-en une autre sèche, où elles stockeront les graines. Les fourmis apprennent vite à séparer le grenier du couvain.
- De l’eau en tube à essai. Un tube avec de l’eau et du coton dans la zone de fourragement est la meilleure source d’eau : toujours disponible et sans risque de noyade, car elles se noient dans l’eau à découvert. En été, ajoutez un second tube.
- Un abreuvoir pour les liquides sucrés. Jamais sur du coton, qui moisit et gâte le liquide aussitôt : utilisez un abreuvoir classique ou fait maison, où la goutte reste « étalée » et accessible.
- Une zone de fourragement spacieuse et sèche, où elles peuvent tracer leurs itinéraires et installer leur dépotoir. Un peu de sable ou de terre sèche leur permet de se comporter naturellement.
Fondation avec une reine seule
Chez Antomas, nous vendons aussi des reines seules. La fondation est claustrale, elle est donc très simple : la reine n’a pas besoin de manger, seulement de calme, d’obscurité et d’eau.
- En tube à essai, avec sa réserve d’eau fermée par du coton, dans un endroit sombre et calme.
- Sans la déranger. Une reine stressée peut manger ses œufs : regardez-la de temps en temps, délicatement et sans la bouger, mais ne la changez pas de place et n’ouvrez pas le tube sans nécessité.
- Les reines d’automne, en diapause. Les reines qui volent en automne passent d’ordinaire l’hiver en diapause, sans pondre ou en pondant très peu, et commencent à élever du couvain au printemps. Chez Antomas, nous recommandons de respecter ce rythme et de leur laisser faire leur diapause, comme nous le faisons avec les reines de la saison que nous vendons : le tube dans un endroit frais (en dessous d’environ 20 °C) pendant l’hiver, puis de retour à température ambiante en mars ou en avril. Ne les réchauffez pas pour avancer la ponte.
- Les premières ouvrières. Quand elles naissent, proposez quelques petites graines tendres, comme du chia, du sésame ou des graines de gazon, du côté sec du tube, loin du coton : les graines qui touchent le coton humide germent, et leurs racines boivent l’eau du tube. Les premières ouvrières, les « nanitiques », sont petites et vivent peu : il est normal que certaines meurent.
- Quand la passer au nid. Lorsque la colonie compte quelques dizaines d’ouvrières et que le tube devient trop petit, en la versant (voir « Arrivée et déménagement »).
Plusieurs reines ensemble. La pléométrose existe, mais il est habituel qu’à la naissance des ouvrières il ne reste qu’une reine, et il peut y avoir des combats à mort en chemin (voir « Vols d’automne et fondation claustrale »). Nous ne recommandons pas de la forcer : une reine par tube.
Si une reine ne produit pas d’ouvrières. Ce n’est pas toujours la faute de l’éleveur. Souvenez-vous de sa génétique : une reine qui ne s’est pas accouplée avec des mâles des deux lignées ne peut pas produire d’ouvrières. Et, comme chez toutes les fourmis, certaines reines n’y arrivent tout simplement pas.
Arrivée et déménagement
À la réception de votre colonie, laissez-la se reposer dans un endroit calme et à température ambiante, et assurez-vous qu’elle a de l’eau. Pour la transférer dans sa fourmilière, chez Antomas, nous procédons par versement : nous ouvrons le tube et versons la colonie (ouvrières, reine, couvain et graines) dans la nouvelle fourmilière, en tapotant doucement. Vous pouvez aider les retardataires avec un pinceau doux. Faites-le calmement et sans crainte : en quelques heures, elles auront occupé le nid et commencé à ranger le grenier. Lorsque la colonie grandira et que vous l’agrandirez avec des galeries plus grandes, on recommence de la même façon.
Alimentation
Graines : elles aiment pratiquement tout. Selon l’expérience d’Antomas, on peut leur donner presque n’importe quelle graine : alpiste, millet, avoine, mélanges pour oiseaux, graines de gazon, chia, quinoa, lin, sésame, pavot… Les éleveurs s’accordent à dire qu’elles adorent aussi les graines oléagineuses. Utilisez des graines destinées à la consommation humaine ou aux oiseaux, non traitées, non salées et non grillées. Une seule règle selon l’âge de la colonie : jusqu’à la naissance des premiers majors, les ouvrières ne peuvent pas casser les graines dures ; dans une jeune colonie, mieux vaut donc donner des graines petites ou tendres (chia, sésame, pavot, gazon). Avec des majors, elles viennent à bout de tout.
Comment éviter les moisissures et la germination. Elles savent le faire elles-mêmes, comme dans la nature (voir « Des fermières qui désactivent leurs graines »), mais aidez-les :
- Déposez les graines dans la zone de fourragement, pour qu’elles les emportent au grenier sec ; jamais dans la zone humide ni au contact du coton.
- Retirez les graines qui germent ou qui moisissent, ainsi que les balles et les restes du dépotoir.
- Pour une petite colonie, donnez peu et renouvelez souvent ; pour une grande, vous pouvez en donner davantage à la fois, car elles les stockent.
- Les graines cassées ne germent pas, mais moisissent plus vite si elles s’humidifient : ne les cassez que si elles vont dans un grenier sec.
Des protéines, en abondance. Pour que la colonie grandisse vite, il est essentiel de leur donner beaucoup de protéines, y compris animales : la reine en a besoin pour pondre, et les larves pour grandir. Chez Antomas, nous leur donnons des insectes (grillons, blattes, vers de farine, mouches), du poulet, des pinkies (souriceaux congelés, ceux vendus comme nourriture pour reptiles) et du thon, en petits morceaux adaptés à la taille de la colonie. La viande et le poisson, toujours de préférence cuits (poulet, thon…) ; les pinkies, tels quels. Les insectes sauvages, de préférence congelés au préalable, à cause des parasites. Et une règle importante : si elles n’ont pas mangé les protéines animales en 24–48 heures, retirez-les rapidement. Une colonie mature se jette aussi sur de gros insectes vivants (voir « Pas des chasseuses, mais… »).
Plus elles mangent, mieux et plus vite elles grandissent. C’est la philosophie d’Antomas : si vous faites un entretien quotidien et retirez les restes, mieux vaut suralimenter, car les fourmis comprennent qu’elles disposent de plus de ressources et grandissent plus vite et en plus grand nombre. Si vous ne pouvez pas nettoyer souvent, mieux vaut ne pas suralimenter : les protéines en trop pourrissent et attirent moisissures et acariens.
Une alimentation variée, toujours. Chez cette espèce, la variété passe par les graines et les protéines : changez de type d’insecte d’une semaine à l’autre, pour qu’elles ne mangent pas toujours la même chose. Les sucres, en revanche, ne sont pas vraiment recommandés pour une granivore comme celle-ci. En complément, et seulement de temps en temps, vous pouvez leur proposer un nectar comme le nectar Blue Sugar d’Anthouse, toujours dans un abreuvoir et jamais sur du coton : chez Antomas, nous leur en donnons une ou deux fois par mois. Évitez le miel pur épais : elles y restent collées.
Eau : toujours, dans le tube à essai avec du coton. C’est la seule chose qui ne doit jamais leur manquer.
Diapause
M. barbarus a besoin d’un repos hivernal, la diapause : dans la nature, de novembre à mars, la colonie cesse d’élever du couvain et vit des graines stockées. Chez Antomas, nous recommandons une diapause d’environ 5 mois, de novembre à mars, plus ou moins selon la température de chaque endroit.
- Température : en dessous d’environ 20 °C, avec une large marge. Pas besoin d’un froid intense, et la température peut varier assez fortement : plus il fait frais, plus le repos est marqué. À titre de référence, dans son aire, de novembre à mars, la température moyenne va de 11,8 à 15,3 °C à Valence et de 6,3 à 11,2 °C à Madrid. Une pièce fraîche, un garage ou un débarras non chauffé conviennent généralement.
- Pas de chauffage artificiel : retirez les sources de chaleur pendant tout l’hiver.
- De l’eau toujours disponible : c’est tout ce dont elles ont besoin. Elles mangeront peu ou pas du tout, en dehors des graines qu’elles ont en réserve.
- Des changements progressifs : novembre et mars sont des mois de transition, pendant lesquels la température baisse et remonte peu à peu.
Vous saurez que la colonie entre en diapause parce qu’elle mange moins, surtout de protéines, bouge moins et n’a plus de nymphes. Au printemps, avec la hausse des températures, la reine recommence à pondre et la colonie repart en force. Les reines seules et les petites colonies font aussi leur diapause.
Voici comment un empire se prépare à l’hiver : le dernier grand repas avant la diapause, dans une courte vidéo d’Anthouse :
« El imperio debe descansar », d’Anthouse (en espagnol) : le dernier repas d’une colonie de M. barbarus avant la diapause.
Comportement en captivité
Organisées. En quelques jours, vous verrez la colonie mettre de l’ordre chez elle : le couvain dans la zone humide, le grenier dans la zone sèche et le dépotoir dehors, dans la zone de fourragement, avec les balles des graines, les restes de nourriture et les ouvrières mortes. Videz le dépotoir de temps en temps et gardez-le sec, pour qu’il ne développe ni moisissures ni acariens.
Croissance. La première année, elles grandissent lentement puis, avec l’arrivée des premiers majors, elles accélèrent. Un éleveur qui a documenté sa colonie sur un forum a vu naître le premier major quand la colonie comptait environ 20 ouvrières et, en un peu plus d’un an, elle est passée d’environ 30 ouvrières à plusieurs centaines. Avec des protéines en abondance et de l’espace, vous aurez un empire en quelques années.
Guerres. Elles sont très territoriales : ne réunissez pas de colonies, même de la même espèce, et ne reliez pas deux fourmilières de Messor entre elles. Dans la nature, les colonies voisines se partagent le terrain et défendent leurs frontières, et dans une fourmilière elles n’ont nulle part où se replier.
Reines de combat. Si votre colonie est mature, il se peut qu’un automne apparaissent des princesses ailées qui, faute de vol possible, restent dans le nid. Vous n’avez rien à faire : c’est la colonie elle-même qui décide (voir « Reines de combat »).
Observer sans crainte. Chez Antomas, nous pensons que les fourmis sont là pour qu’on en profite, qu’on les observe et qu’on apprenne d’elles, pas pour être cachées. Il suffit de leur laisser leur zone sombre dans le nid et la zone de fourragement à la lumière, et de les observer avec délicatesse, en intervenant et en les stressant le moins possible. Elles s’habituent vite à votre présence.
Signaux d’alerte : si la reine sort dans la zone de fourragement, vérifiez l’eau ; si des moisissures apparaissent dans le grenier, il y a de l’humidité là où il ne faut pas ; et si beaucoup d’ouvrières meurent en peu de temps, vérifiez l’eau, la température et les restes de nourriture.
Évasions et barrières
Selon l’expérience d’Antomas, elles ne sont pas fugueuses : elles n’essaient de s’échapper que lorsqu’elles manquent de nourriture, d’eau ou d’espace. Elles ne sont pas non plus particulièrement agiles pour franchir les barrières anti-évasion : une barrière d’huile minérale ou de PTFE dans la zone de fourragement fonctionne très bien avec elles.
Ce qu’elles font, en revanche, c’est ronger : vérifiez les bouchons, les raccords et les pièces souples, et n’utilisez pas de matériaux qu’elles pourraient traverser. La meilleure prévention : une fourmilière professionnelle, de la nourriture et de l’eau en quantité, et agrandir à temps.
Manipulation et sécurité
C’est une espèce très sûre. En pratique, elles ne piquent pas et, comme toutes les Myrmicinae, elles n’ont pas d’acide formique. Les majors peuvent mordre, mais leur morsure n’est qu’une pression : on la sent, mais elle ne fait pas mal. Malgré tout, manipulez-les avec des outils entomologiques (un pinceau doux ou une pince souple), pas avec les mains, surtout lors du versement ou du nettoyage, pour ne pas blesser la reine. Et ne relâchez jamais de colonies ni de reines : même si c’est une espèce indigène dans une partie de l’Europe, en dehors de son aire elle serait une espèce introduite.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Les loger dans des nids en plâtre, en Ytong ou en matériaux tendres : elles les rongent et les détruisent.
- Mettre les graines dans la zone humide ou au contact du coton : elles germent ou moisissent.
- Leur donner un nid trop grand pour la colonie : elles finissent par utiliser les coins comme dépotoir.
- Laisser des protéines animales plus de 24–48 heures, des graines moisies ou un dépotoir humide.
- Être trop juste avec les protéines : c’est la clé de leur croissance.
- Abuser des sucres : chez cette espèce, seulement de temps en temps.
- Réchauffer une reine d’automne pour avancer la ponte : laissez-lui faire sa diapause.
- Laisser de l’eau à découvert ou du miel épais : elles s’y noient ou y restent collées.
- Mettre les liquides sucrés sur du coton : utilisez un abreuvoir.
- Les laisser sans eau, y compris pendant la diapause.
- Sauter la diapause ou changer brusquement la température.
- Installer un point chaud excessif ou laisser la fourmilière en plein soleil.
- Réunir des reines ou des colonies.
- Les garder cachées : elles sont là pour être observées et appréciées ; faites-le avec délicatesse, en intervenant le moins possible.
Sources scientifiques
Cette fiche d’élevage repose sur la littérature scientifique consacrée à Messor barbarus et à son genre, ainsi que sur l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :
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- Romiguier, J., Fournier, A., Yek, S. H. & Keller, L. (2017). Convergent evolution of social hybridogenesis in Messor harvester ants. Molecular Ecology 26: 1108–1117. doi:10.1111/mec.13899
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