Crematogaster aurita | Achat et élevage | Antomas
Crematogaster aurita | Achat et élevage | Antomas

Crematogaster aurita

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Un arsenal chimique dans le thorax. Crematogaster aurita est une fourmi acrobate des forêts sèches d’Indochine : bicolore, sombre à la taille rougeâtre, avec des ouvrières de toutes les tailles et un gastre en forme de cœur qu’elle dresse au-dessus de sa tête à la moindre menace. Elle appartient au groupe des Crematogaster aux glandes métapleurales géantes, et cela se sent : dérangez-la et elle répond par une odeur pestilentielle. Elle badigeonne son venin avec un aiguillon en forme de spatule, grimpe comme peu d’autres et grandit à une vitesse folle. Un joyau rarissime en Europe, pour éleveurs ayant un peu d’expérience. Colonies avec reine. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.

Colonie

 

Difficulté : 3/5 – Avancé

Fourmi acrobate d’Indochine, bicolore et aux ouvrières de toutes les tailles, du groupe des Crematogaster aux glandes métapleurales géantes : dérangée, elle dégage une odeur pestilentielle. Colonies avec reine, monogynes et à croissance explosive. 24–28 °C toute l’année, sans diapause, nid Qbik Alpha bien ventilé, avec un peu d’humidité au début et sec quand la colonie grandit, sucre toujours disponible et beaucoup de protéines. Point clé : tout bien fermé, avec de la vaseline en renfort, car elles grimpent très bien et franchissent les barrières anti-évasion.

Crematogaster aurita Karavaiev, 1935 est une fourmi acrobate d’Indochine : une myrmicine bicolore, au corps brun foncé et à la « taille » rougeâtre, qui vit dans les forêts ouvertes et sèches des plaines d’Asie du Sud-Est et qui, lorsqu’elle se sent menacée, dresse son gastre en forme de cœur au-dessus de son corps. Elle appartient à un groupe d’espèces asiatiques très particulier, celui des Crematogaster au thorax renflé, qui cachent dans leur thorax l’une des armes chimiques les plus frappantes du monde des fourmis : des glandes métapleurales énormes, chargées d’une sécrétion défensive.

Elle n’a pas de nom commun, ni en français ni dans aucune autre langue, et elle n’a presque pas été étudiée en dehors des musées : on connaît ses ouvrières, sa répartition et sa place dans l’arbre généalogique du genre, et guère plus. C’est pourquoi, dans cette fiche, nous distinguons toujours trois choses : ce qui est documenté chez C. aurita, ce que l’on sait de ses plus proches parentes, comme C. inflata et C. difformis, et ce que nous avons appris en l’élevant chez Antomas. Et ce que nous avons appris se résume en trois idées : elle grandit à une vitesse folle, elle sent très fort et c’est une évadée de premier ordre. Procédons par étapes.

Biologie

Une fourmi au nom ancien et à la famille nouvelle

Le myrmécologue Vladimir Karavaiev l’a décrite en 1935 dans la revue Treubia, à partir d’ouvrières récoltées en 1930 dans les plaines d’Indochine. Il l’a placée dans le sous-genre Physocrema, qu’Auguste Forel avait créé pour les Crematogaster asiatiques au propodéum renflé et dont l’espèce type est C. inflata. En 2008, les Japonais Shingo Hosoishi et Kazuo Ogata ont désigné l’une de ces ouvrières comme lectotype, le spécimen de référence du nom, et l’année suivante ils ont révisé tout le sous-genre, endémique d’Asie, avec 12 espèces.

En 2012, l’entomologiste Bonnie Blaimer a réorganisé le genre tout entier, un genre présent dans le monde entier et riche de centaines d’espèces, et n’a conservé que deux sous-genres : Crematogaster et Orthocrema. Physocrema a cessé d’être un sous-genre et est devenu synonyme du sous-genre Crematogaster : son nom complet est donc aujourd’hui Crematogaster (Crematogaster) aurita. Les anciennes Physocrema n’ont pas disparu pour autant : elles forment aujourd’hui le groupe inflata, l’un des groupes d’espèces du genre.

La pièce manquante est arrivée en 2023. L’équipe de Hosoishi a analysé quelque 4 000 bases d’ADN de six gènes nucléaires et de deux gènes mitochondriaux et a confirmé que le groupe inflata est un groupe naturel, avec trois sous-groupes : difformis, vacca et inflata. C. aurita fait partie du sous-groupe inflata, et son espèce sœur, la plus proche, est C. onusta. Selon cette étude, le groupe est né au Sundaland, la grande plateforme continentale de la péninsule Malaise, de Sumatra, de Java et de Bornéo, il y a environ 12 millions d’années, au milieu du Miocène, à partir d’un ancêtre qui avait déjà le propodéum renflé et l’ouverture de la glande métapleurale ronde. Le « thorax renflé » et sa chimie ne sont pas le caprice d’une seule espèce, mais la signature de toute la famille.

Et le nom ? Aurita signifie en latin « à oreilles » ou « oreillue », mais nous n’avons pas pu consulter la description originale : nous ne savons donc pas à quel caractère Karavaiev faisait allusion. Nom commun, elle n’en a pas, et nous n’allons pas lui en inventer un.

Fourmis acrobates : le gastre en forme de cœur, toujours prêt

En anglais, on appelle les Crematogaster acrobat ants, les fourmis acrobates, et aussi cocktail ants. La raison saute aux yeux dès qu’on les dérange : elles relèvent le gastre, la partie arrière de l’abdomen, et le ramènent vers l’avant, au-dessus du thorax et même de la tête, en pointant son extrémité dans presque toutes les directions. Vu de dessus, le gastre a la forme d’un cœur, et c’est pourquoi on les appelle aussi, en anglais, les « fourmis de la Saint-Valentin ».

Ce n’est pas une simple posture. Chez C. scutellaris, la fourmi acrobate de la Méditerranée, une équipe de l’Université libre de Bruxelles a constaté que, lors des rencontres avec d’autres espèces, les ouvrières fléchissent souvent le gastre et tentent d’enduire l’adversaire de leur sécrétion abdominale. Le gastre dressé est à la fois un avertissement et une arme chargée.

Vous le verrez chez vous dès que vous ouvrirez l’aire de chasse ou approcherez une proie : des dizaines d’ouvrières le gastre en l’air, tournées vers la menace.

Un pinceau empoisonné : l’aiguillon qui badigeonne au lieu de piquer

Les Crematogaster sont des myrmicines et possèdent un aiguillon, mais elles ne s’en servent pas comme une guêpe. Sa pointe a la forme d’une spatule et ne sert pas à perforer, mais à appliquer le venin par contact, en en badigeonnant l’ennemi. Avec un tel pinceau, on ne pique personne : chez l’être humain, ce que vous remarquerez de cette fourmi, ce n’est pas une piqûre, mais ses morsures et son odeur (voir « Manipulation et sécurité »).

La chimie de ce venin est bien connue chez C. scutellaris, et elle est digne d’un laboratoire. La goutte se forme par le mélange de deux sécrétions à la pointe de l’aiguillon : la glande de Dufour fournit des esters, des acétates à longue chaîne, et la glande à venin fournit les enzymes qui les transforment. Le résultat : des aldéhydes réactifs, des poisons de contact plus toxiques que la sécrétion de départ. C’est une chimie à deux composants, comme celle d’une colle époxy, qui ne s’« active » qu’à la sortie. Et la réaction libère au passage de l’acide acétique, l’acide du vinaigre, qui sert de phéromone d’alarme pour les congénères.

À quoi sert-il ? Lors des expériences de Bruxelles, toutes les espèces de fourmis testées fuyaient aussitôt au contact du venin avec leurs antennes ou leurs pièces buccales. Sa toxicité variait énormément : certaines espèces mouraient après trois gouttelettes, d’autres en supportaient quatre-vingt-dix. Les ouvrières ne l’utilisaient jamais contre leurs congénères, elles résistaient à leur propre venin et, curieusement, on ne les a jamais vues l’utiliser pour chasser : sa fonction principale est de repousser les autres fourmis. Sur le terrain, grâce à lui, elles écartaient Pheidole pallidula des appâts et gardaient presque toutes les proies pour elles.

Tout cela a été étudié chez C. scutellaris, et non chez C. aurita. Mais l’aiguillon spatulé est commun à tout le genre, et chez notre espèce il s’ajoute à une autre arme chimique, plus frappante encore, logée dans le thorax.

La fourmi pestilentielle : une glande géante dans le thorax

Presque toutes les ouvrières de fourmis possèdent une paire de glandes métapleurales : deux petits réservoirs sur les côtés de la partie arrière du thorax. Elles sont propres aux fourmis, et leur fonction d’origine serait celle d’un antiseptique : leur sécrétion freine les champignons et les bactéries, ce qui est vital pour des animaux qui vivent entassés dans des nids chauds et humides. Au fil du temps, chez de nombreuses espèces, elle sert aussi de défense chimique. Leur conception est curieuse : la sécrétion est stockée dans une chambre rigide et s’écoule peu à peu par une ouverture qui ne peut pas se fermer, ou bien les fourmis la recueillent elles-mêmes avec leurs pattes.

Dans le groupe inflata, cette glande s’est emballée. Les anciennes Physocrema ont le propodéum, la partie arrière du thorax, gonflé comme un ballon et une ouverture métapleurale grande et ronde, et chez elles la glande a cessé d’être un simple antiseptique pour devenir une arme :

  • C. inflata possède les glandes métapleurales les plus grandes connues chez les fourmis par rapport à la taille du corps, avec plus de 1 400 cellules sécrétrices pour les deux. Quand on les attaque, les ouvrières libèrent une sécrétion blanche et très collante qui immobilise les arthropodes ennemis, et cette même sécrétion donne l’alarme à leurs congénères : la glande antiseptique est devenue une glande de défense et d’alarme. Comme la glande n’a pas de muscles propres, la sécrétion sort sous la pression des muscles du thorax ou quand quelque chose comprime la fourmi.
  • C. difformis, du même groupe, libère en continu de petites quantités d’une sécrétion antiseptique, qui n’est pas collante, et augmente la décharge quand elle se bat contre d’autres animaux. Selon Ulrich Maschwitz, qui l’a étudiée en 1974, les ennemis sont repoussés par son « odeur irritante de goudron ». Sa chimie est phénolique : 3-propylphénol, 3-pentylphénol, melléine et deux résorcinols, que la fourmi libère comme répulsif quand d’autres fourmis attaquent sa taille, la zone la plus vulnérable de son corps, et qui ont en outre une certaine activité insecticide.
  • Chez deux autres espèces du groupe, étudiées à Bornéo, on a aussi trouvé des acides salicyliques et résorcyliques à longue chaîne, dont certains sont également présents dans des lichens. Les auteurs le résument ainsi : quand on les dérange, ces fourmis libèrent une sécrétion blanche de leurs glandes métapleurales hypertrophiées.

Et C. aurita ? Aucune analyse de sa sécrétion n’a été publiée. Ce que nous pouvons vous raconter, c’est notre expérience : c’est une fourmi très malodorante. Quand on la dérange, elle libère sa sécrétion par la glande métapleurale. Le liquide ne se voit pas et, d’après notre expérience, il ne tache pas et n’irrite pas : ce que l’on remarque, et beaucoup, c’est l’odeur, dès qu’on ouvre la fourmilière ou qu’on manipule la colonie. Cela concorde parfaitement avec ce que l’on sait de son groupe : une glande hypertrophiée, une sécrétion défensive et, chez sa parente C. difformis, une odeur irritante « de goudron ». Mais nous ne savons pas quels composés contient celle de C. aurita, et c’est pourquoi nous ne vous dirons pas qu’elle est phénolique ni collante : c’est le plus probable, mais personne ne l’a mesuré.

Dans la nature, cette chimie a tout son sens : une sécrétion qui empeste, repousse et alerte les congénères à la fois est une défense très efficace pour une fourmi de taille moyenne qui croise chaque jour d’autres fourmis et des prédateurs. Chez C. inflata, elle vise surtout les grands arthropodes et les vertébrés. À la maison, cela se traduit par un conseil pratique : manipulez la colonie calmement et ne soyez pas surpris si, lors d’un déménagement, l’odeur flotte un moment dans l’air.

La fourmi pestilentielle des arbres, dans une vidéo d’Anthouse (en espagnol).

Si redoutée qu’elle a des imitateurs

Jusqu’à quel point cette chimie est-elle efficace ? Une étude publiée en 2004 l’a démontré de la façon la plus curieuse. En Malaisie, sur les pistes de fourragement de C. inflata, une équipe internationale de myrmécologues a trouvé une Camponotus qui l’imitait : le même motif jaune vif et noir, la même façon de marcher, et toujours sur les pistes de son modèle. Les chercheurs ont proposé les deux fourmis à des poussins. C. inflata leur paraissait désagréable ; la Camponotus, en revanche, était comestible. Et, après avoir goûté C. inflata, les poussins ont aussi cessé d’attaquer l’imitatrice.

C’est un cas de mimétisme batésien : une espèce inoffensive qui profite de sa ressemblance avec une autre que les prédateurs évitent. Entre insectes sociaux qui s’imitent les uns les autres, c’est très rare, et la Camponotus pousse le stratagème jusqu’au bout : elle profite aussi des proies de son modèle, même si C. inflata l’attaque. Tout cela a été étudié chez C. inflata, et non chez C. aurita, mais cela illustre très bien ce que signifie appartenir à ce groupe : porter dans son thorax une défense si efficace que d’autres fourmis ont intérêt à vous ressembler.

Non, ce n’est pas de l’acide formique

Beaucoup de gens, y compris des éleveurs expérimentés, associent toute odeur de fourmi à l’acide formique. C’est compréhensible : l’acide formique doit son nom aux fourmis (formica, en latin), et l’odeur aigre d’une fourmilière de Formica que l’on remue est inimitable. Mais chez C. aurita, il ne s’agit pas de cela.

L’acide formique comme venin est la spécialité d’une seule sous-famille, les formicines : Formica, Camponotus, Lasius, Polyrhachis, Oecophylla et compagnie. Elles le fabriquent dans la glande à venin et l’expulsent par l’acidopore, une buse à l’extrémité du gastre qu’elles sont seules à posséder. Elles avalent même ce venin très acide pour désinfecter la nourriture qu’elles transportent dans leur jabot. Les Crematogaster, en revanche, sont des myrmicines : elles n’ont pas d’acidopore, elles ont un aiguillon spatulé et leur venin relève d’une autre chimie. Chez C. scutellaris, l’acide en jeu est l’acide acétique, comme phéromone d’alarme. Nous ne connaissons aucune étude scientifique qui attribue de l’acide formique aux Crematogaster.

Ce qui sent dans une colonie de C. aurita provient, selon toute probabilité, de deux sources : la sécrétion de ses énormes glandes métapleurales, qui chez ses parentes est phénolique et sent le goudron, et les gouttes de venin de son aiguillon. Deux armes chimiques, et aucune n’est « formique ».

Des ouvrières de toutes les tailles

Si vous observez de près une colonie de C. aurita, vous verrez tout de suite que toutes les ouvrières ne sont pas identiques. Il y a de petites, de moyennes et de grandes ouvrières, avec toutes les tailles intermédiaires : un polymorphisme continu. La révision de Hosoishi et Ogata la décrit comme « fortement polymorphe en taille » : la largeur de la tête va de 0,95 à 1,84 mm, presque le double de la plus petite ouvrière à la plus grande, et la longueur du thorax de 1,07 à 2,13 mm.

Et ce n’est pas seulement la taille qui change. Les grandes ouvrières ont le propodéum et les côtés du thorax nettement rugueux et ponctués, et le mésonotum plus marqué ; les petites ont ces zones presque lisses et brillantes. Le scape de l’antenne est en outre proportionnellement plus court chez les grandes. Toutes partagent toutefois de fines stries longitudinales sur le dessus de la tête et sur le clypéus, la plaque située juste au-dessus des mandibules. Ce qui n’a pas été étudié, c’est si les grandes et les petites ouvrières se partagent le travail.

D’après l’expérience d’Antomas, c’est un polymorphisme léger et continu : pas de soldats à tête énorme, comme chez Pheidole ou Carebara, mais une gradation douce de tailles que l’on apprécie très bien dans une grande colonie. Et, surtout, elles sont assez grandes pour des Crematogaster : à côté des fourmis acrobates indigènes de la péninsule Ibérique, leurs grandes ouvrières attirent l’attention.

Bicolore et sans épines : comment la reconnaître

Sa coloration est bien décrite : la tête, le promésonotum (la partie avant du thorax), le pétiole, le postpétiole, le gastre et les pattes sont brun foncé, presque noirs à l’œil nu, et la partie arrière du thorax, le métanotum et le propodéum, est brun rougeâtre. C’est le « bicolore » de notre catalogue : une fourmi sombre à la « taille » thoracique flamboyante.

Autres caractères pour la reconnaître, tous tirés de la révision de Hosoishi et Ogata :

  • Pas d’épines. La plupart des Crematogaster portent deux épines sur le propodéum ; C. aurita n’en a aucune. Dans son sous-groupe, les épines ne se développent pas.
  • Propodéum légèrement surélevé par rapport au promésonotum, avec l’ouverture de la glande métapleurale ronde et le stigmate, l’orifice respiratoire, tout près d’elle.
  • Taille robuste : le postpétiole est plus large que long.
  • Poils dressés abondants sur la tête et le thorax.

Avec qui peut-on la confondre ? Avec sa parente C. inflata, de coloration semblable, qui vit plus au sud, dans la péninsule Malaise et au Sundaland, et qui est noire et jaune vif. On les distingue par les stries longitudinales du clypéus et par le corps plus sculpté de C. aurita ; C. inflata est lisse et brillante, et son propodéum est beaucoup plus renflé.

Des empreintes chimiques avec les pattes arrière

La plupart des fourmis marquent leurs pistes avec des phéromones qui sortent du gastre, en le frottant contre le sol. Les Crematogaster s’y prennent autrement : elles marquent avec leurs pattes arrière. En 1968, l’entomologiste R. H. Leuthold a décrit chez C. ashmeadi une glande dans le tibia de la patte arrière : un réservoir en forme de fuseau, rempli d’une substance huileuse, qu’un conduit très fin achemine jusqu’au tarse, le « pied » de la fourmi. Les ouvrières tambourinent avec leurs tarses arrière et laissent une piste d’« empreintes » odorantes ; le gastre ne touche pas le sol, même lorsqu’elles tracent une nouvelle piste. La même année, D. J. C. Fletcher et J. M. Brand sont arrivés à la même conclusion chez une espèce sud-africaine, C. peringueyi.

Cela n’a pas été étudié chez C. aurita, mais c’est un caractère du genre, et cela se voit en captivité : les éleveurs d’autres Crematogaster s’accordent à dire qu’elles recrutent très vite, et dès que de la nourriture apparaît, le chemin qui y mène se remplit d’ouvrières.

Éleveuses de pucerons et de cochenilles

Beaucoup de Crematogaster vivent en grande partie du miellat, le liquide sucré excrété par les pucerons, les cochenilles et d’autres hémiptères. Les fourmis les protègent et les « traient », dans une relation que les biologistes appellent trophobiose. Dans son groupe d’espèces, C. inflata a été trouvée avec des nids associés à des cochenilles dans les fissures de l’écorce ou sous l’écorce décollée des arbres. Outre le miellat, les Crematogaster chassent de petits insectes et profitent du nectar et d’autres ressources des plantes.

Le genre a poussé très loin sa relation avec les plantes. Dans les forêts d’Asie du Sud-Est, certaines Crematogaster vivent à l’intérieur d’arbres du genre Macaranga, qui leur offrent le gîte et le couvert en échange de leur protection, et vont jusqu’à élaguer les plantes voisines qui touchent leur arbre, pour que les fourmis ennemies ne puissent pas entrer par ces « ponts ». Celles qui vivent sur des Macaranga à tige couverte d’une cire glissante, une barrière naturelle qui freine les fourmis concurrentes, élaguent moins que les autres. Vous le voyez, ce genre en sait long sur les barrières… et sur la façon de les franchir.

On ne dispose d’aucune donnée sur le régime de C. aurita dans la nature. En captivité, elle n’a pas besoin de trophobiontes : nous les remplaçons par des liquides sucrés toujours disponibles et beaucoup de protéines (voir « Alimentation »).

De la forêt sèche aux plantations de teck

C. aurita est endémique de la péninsule indochinoise et vit dans les plaines : les données avec altitude tournent autour de 150–200 m, et rien n’indique qu’il s’agisse d’une espèce de montagne. Elle n’atteint pas le sud de l’isthme de Kra, l’étroite bande de terre qui sépare l’Indochine de la péninsule Malaise. Hosoishi et son équipe pensent qu’elle est freinée par sa faible capacité de dispersion et par sa préférence pour les habitats ouverts et secs, et ils proposent que sa lignée soit arrivée en Indochine en profitant des « corridors de savane » qui s’ouvraient au Sundaland pendant les périodes glaciaires, lorsque le niveau de la mer baissait.

Les lieux où elle a été récoltée le confirment : forêt mixte décidue, plantations de teck, un jardin botanique et des stations forestières. Ce sont des forêts qui perdent une bonne partie de leurs feuilles à la saison sèche et laissent passer le soleil jusqu’au sol : rien à voir avec la forêt tropicale toujours humide et sombre. Dans les observations de naturalistes, elle apparaît aussi dans des parcs et des campus universitaires, et parfois sur un tronc d’arbre, ce qui laisse penser qu’elle fourrage dans les arbres, comme tant d’espèces de son genre.

Et le nid ? C’est l’une des grandes lacunes : aucune description du nid de C. aurita n’a été publiée. Dans le genre, on trouve de tout : dans du bois mort, dans des branches et des tiges creuses, dans le sol ou construits en carton, une pâte de fibres végétales mâchées, et sa parente C. inflata fait des nids de terre ou de carton sur des branches hautes. Dans le cas de C. aurita, nous ne le savons pas, et nous préférons le dire plutôt que de l’inventer. Nous ne savons pas non plus si elle construit du carton ou des cloisons en captivité : nous n’allons donc pas vous le promettre.

Mousson, saison sèche et pas d’hiver

Le climat de son aire est tropical de mousson, avec trois saisons bien marquées :

  • Saison fraîche et sèche (novembre–février). Presque pas de pluie et beaucoup de soleil. Dans les plaines du sud de son aire, moyennes de 26–28 °C ; à l’extrême nord, moyennes de 22–25 °C, avec des minimales moyennes d’environ 15–17 °C et quelques nuits froides occasionnelles.
  • Saison chaude et sèche (mars–avril). C’est le pic de chaleur de l’année, avec des maximales moyennes de 35–38 °C et l’humidité de l’air à son plus bas.
  • Saison des pluies (mai–octobre). La mousson du sud-ouest apporte 80–90 % des pluies de l’année, avec des moyennes de 27–30 °C, des minimales stables de 23–25 °C et une humidité de l’air de 77–84 %.

La durée du jour varie peu : d’environ 11 heures en décembre à un peu plus de 13 en juin. Les moyennes mensuelles vont d’environ 22 à 30 °C, et les minimales moyennes ne descendent pas sous les 15 °C environ, même pendant le mois le plus frais. Il n’y a pas de véritable hiver.

Qu’est-ce que cela signifie pour l’élevage ? Que ce qui rythme son année, ce n’est pas le froid, mais l’eau : des mois de sécheresse suivis de mois de pluie. C’est pourquoi nous la maintenons à 24–28 °C toute l’année, dans des nids bien ventilés que l’on garde secs dès que la colonie grandit. La saison fraîche de sa région n’est qu’un contexte : inutile de l’imiter.

Une seule reine et une croissance explosive

Chez les Crematogaster, il existe des espèces à une seule reine et des espèces à plusieurs reines. Rien n’a été publié sur les colonies de C. aurita : ni combien de reines elles comptent, ni à quoi ressemble la reine, ni comment elles fondent.

Ce que nous pouvons vous raconter, c’est notre expérience : ses colonies sont monogynes, avec une seule reine, qui mesure environ 9–12 mm, et elles grandissent à une vitesse folle. Avec une bonne alimentation et la bonne température, une colonie de quelques dizaines d’ouvrières devient en peu de temps une population nombreuse, qui a besoin de plus d’espace, de plus de nourriture et d’une surveillance accrue des évasions.

Chez une autre Crematogaster asiatique, C. rogenhoferi, les boutiques et les éleveurs parlent de colonies de milliers, voire de dizaines de milliers d’ouvrières dans la nature. Jusqu’où peut aller C. aurita, cela n’a jamais été mesuré, ni dans la nature ni en captivité. Vu le rythme exponentiel auquel nos colonies grandissent, nous estimons chez Antomas qu’elles dépassent très probablement sans difficulté les 100 000 ouvrières ; c’est notre estimation, pas une donnée mesurée. Chez Antomas, nous vendons des colonies avec reine, déjà lancées : vous évitez ainsi la phase la plus délicate, la fondation, et vous passez directement à la partie la plus amusante : la voir grandir.

Taille et morphologie

Myrmicine de taille moyenne pour son genre, bicolore, aux ouvrières de tailles très variées, au gastre en forme de cœur et au thorax sans épines.

  • Coloration. Brun foncé, presque noir, avec le métanotum et le propodéum brun rougeâtre.
  • Polymorphisme. Continu : de petites ouvrières presque lisses et brillantes à de grandes ouvrières au thorax plus rugueux.
  • Tête. Un peu plus large que longue, avec des stries longitudinales sur le dessus et sur le clypéus et d’abondants poils dressés.
  • Thorax. Sans épines propodéales ; propodéum légèrement surélevé, avec l’ouverture de la glande métapleurale ronde.
  • Taille et gastre. Pétiole et postpétiole, ce dernier plus large que long ; gastre en forme de cœur, qu’elles peuvent dresser au-dessus du thorax.
  • Aiguillon. Spatulé : il badigeonne le venin au lieu de piquer.
  • Reine. Aucune description publiée. D’après l’expérience d’Antomas, elle mesure environ 9–12 mm, et chaque colonie n’en compte qu’une.
  • Mâle. Aucune description publiée.

Mesures approximatives

  • Ouvrières : largeur de la tête, 0,95–1,84 mm ; longueur de la tête, 0,89–1,80 mm ; longueur du thorax, 1,07–2,13 mm
  • Longueur totale de l’ouvrière : non publiée ; la tête et le thorax totalisent déjà environ 2,0–3,9 mm, sans compter le gastre (notre calcul à partir de ces mesures)
  • Reine : 9–12 mm (expérience d’Antomas ; aucune mesure publiée)
  • Mâle : aucune mesure publiée

Les mesures des ouvrières portent sur trois spécimens, du plus petit au plus grand, publiés dans la révision de Hosoishi et Ogata (2009). Celle de la reine est la nôtre : il n’existe aucune morphométrie publiée de la reine ni du mâle.

Élevage en captivité

Difficulté : 3/5 – Avancé

C. aurita n’est pas difficile à maintenir : elle mange de tout, n’a pas besoin de diapause et se contente d’un nid bien ventilé, sec dès que la colonie grandit, à la température d’une maison tempérée. Ce qui l’éloigne des débutants, c’est sa manipulation, pour quatre raisons :

  • Elle grandit très vite. La colonie se multiplie en peu de temps et réclame des agrandissements, plus de nourriture et plus de nettoyage plus tôt que ne le prévoit un débutant.
  • Elles sont très nombreuses. Une colonie mature est une marée d’ouvrières rapides, de tailles très différentes, et ouvrir la fourmilière demande de l’ordre et du calme.
  • Sa défense chimique est pestilentielle. Quand on les dérange, elles libèrent leur sécrétion par la glande métapleurale. Elle ne tache pas et n’irrite pas, mais l’odeur se remarque, et il faut les manipuler calmement pour ne pas en remplir la pièce.
  • Elles grimpent comme peu d’autres. Elles franchissent les barrières anti-évasion : l’installation doit donc être bien fermée dès le premier jour.

Et cela en vaut vraiment la peine. Peu de fourmis offrent autant dans une seule fourmilière : des ouvrières de toutes les tailles, des gastres en forme de cœur dressés dès que quelque chose bouge, une défense chimique digne d’un manuel et une colonie qui, bien nourrie, grandit à vue d’œil. C’est en outre une espèce très rare dans le commerce européen et presque pas documentée dans le hobby.

Paramètres recommandés

  • Température : 24–28 °C toute l’année. Elle n’a pas besoin d’une chaleur excessive : dans une maison tempérée, cela suffit généralement et, si nécessaire, une source de chaleur douce sur un côté du nid, avec thermostat. C’est la plage des moyennes de son aire de répartition (voir « Mousson, saison sèche et pas d’hiver »).
  • Humidité : un peu d’humidité au début, puis sèches. Tant que la colonie est petite, humidifiez légèrement une partie du nid ; quand la colonie est grande, cessez de l’humidifier, comme on le fait avec les Camponotus. L’aire de chasse, toujours sèche, et l’eau de boisson, toujours disponible dans un tube à essai avec de l’eau et du coton.
  • Ventilation : bonne, toujours. Elle est aussi importante qu’une faible humidité.
  • Lumière : il suffit de leur laisser leur zone sombre dans le nid et une aire de chasse éclairée, avec un cycle normal jour–nuit ; dans son aire, la journée dure entre 11 et 13 heures environ.
  • Diapause : aucune (voir « Diapause »).

Un peu d’humidité au début, puis sèches et ventilées

C’est la clé de l’installation. Chez Antomas, nous faisons comme avec les Camponotus : au début, un peu d’humidité dans une partie du nid, pour que la jeune colonie et son couvain soient à l’aise ; quand la colonie est grande, on la supprime, et à partir de là elles doivent être tenues au sec. Et toujours avec une bonne ventilation. C’est pourquoi nous recommandons les nids de la gamme Alpha. Cela concorde avec tout ce que l’on sait d’elle : elle vit dans des forêts décidues ouvertes et sèches et dans des plantations de teck, dans une région où des mois entiers se passent sans pluie, et sa lignée est associée aux habitats ouverts et secs.

Les journaux d’élevage d’une autre Crematogaster asiatique, C. rogenhoferi, le confirment à leurs dépens. Dans l’un, l’humidité était trop élevée au début et les ouvrières tentaient de s’évader en masse ; une fois le couvercle bien fermé et le terrarium asséché, elles ont cessé d’essayer. Dans un autre, avec de l’humus humide, l’hygromètre indiquait toujours 90 %, et le problème a été réglé en passant au sable. De plus, la condensation abîme les barrières de PTFE, qui fonctionnent déjà mal avec ce genre.

Sec ne veut pas dire sans eau : le tube d’eau de boisson ne doit jamais manquer. Et l’humidité du début est faible et limitée à une seule partie du nid : ce qu’il faut toujours éviter, c’est un nid mouillé, un substrat détrempé et un air immobile et confiné. Une bonne ventilation évite la condensation et la moisissure et, au passage, empêche l’odeur de la colonie de s’accumuler.

Fourmilières recommandées

Chez Antomas, nous recommandons la gamme Qbik Alpha d’Anthouse : des fourmilières modulaires, adaptées aux espèces à nid sec, qui grandissent avec la colonie. Pour commencer, un QBIK ONE à petites galeries : dans une jeune colonie, les galeries étroites les rassurent et vous permettent de suivre de près la reine et le couvain.

Cette espèce grandit à une vitesse folle : vous ne tarderez pas à agrandir. Pour la suite, passez à des galeries moyennes, avec plus de place pour les grandes ouvrières et pour une population de plus en plus nombreuse : le QBIK DUO et, ensuite, les formats plus grands de la même gamme.

Agrandissez quand le nid devient trop petit : un signe clair est de voir beaucoup d’ouvrières immobiles dans les coins de l’aire de chasse, faute de place à l’intérieur. Mais n’allez pas trop vite : dans un nid énorme pour une petite colonie, les coins inutilisés finissent en dépotoirs. Complétez l’installation avec ces détails :

  • Tout bien fermé : couvercle ajusté ou à maille fine, raccords vérifiés et vaseline en renfort (voir « Évasions et barrières »).
  • Une aire de chasse sèche et propre, sans restes de nourriture qui pourrissent ni éléments pouvant servir de pont vers le couvercle.
  • De l’eau toujours disponible, dans un tube à essai avec de l’eau et du coton.
  • Un abreuvoir pour les liquides sucrés, qui doivent toujours être à leur portée ; jamais de coton (voir « Alimentation »).

Arrivée et déménagement

Chez Antomas, nous vendons des colonies avec reine, ouvrières et couvain. À la réception, laissez-la se reposer dans un endroit calme, à 24–28 °C, et vérifiez qu’elle a de l’eau. Pour l’installer dans sa fourmilière, nous procédons par versement : nous ouvrons le tube dans l’aire de chasse, près de l’entrée du nid, et nous y versons la colonie (ouvrières, reine et couvain) en tapotant doucement, en aidant les retardataires avec un pinceau. Trois conseils pour cette espèce :

  • Préparez tout à l’avance : l’installation, fermée et vérifiée, pour que le couvercle reste ouvert le moins longtemps possible.
  • Travaillez au-dessus d’un plateau ou dans un grand récipient : si une ouvrière grimpe sur vos outils, elle ne finira pas sur la table.
  • Attendez-vous à l’odeur : en les versant, elles s’alarment et libèrent leur sécrétion. C’est normal, et avec une bonne ventilation, l’odeur disparaît vite.

Faites-le calmement et sans crainte : en peu de temps, elles auront occupé le nid. Si un jour vous devez changer la colonie de fourmilière, utilisez la même méthode.

Alimentation

Liquides sucrés, ad libitum. Ils doivent toujours être disponibles : dans la nature, leur genre vit en grande partie du miellat des hémiptères. Variez les sucres : chez Antomas, nous recommandons le nectar Blue Sugar d’Anthouse 4–5 fois par semaine et un autre liquide sucré ou nectar 1–2 fois par semaine. Vous pouvez aussi ajouter un peu de protéines au nectar. Proposez-les toujours dans un abreuvoir et jamais sur du coton, car le coton moisit et gâte le liquide en un rien de temps. Utilisez un abreuvoir traditionnel ou fait maison, où la goutte reste « étalée » et accessible, et renouvelez-le avant qu’il ne fermente.

Protéines : plus il y en a, mieux c’est. C’est le moteur de leur croissance, et c’est la philosophie d’Antomas : si vous faites un entretien quotidien et retirez les restes, mieux vaut suralimenter, car la colonie comprend qu’elle dispose de plus de ressources et grandit plus vite et en plus grand nombre. Si vous ne pouvez pas nettoyer souvent, mieux vaut ne pas suralimenter : la nourriture en trop pourrit et attire moisissures et acariens. Changez de type d’insecte d’une semaine à l’autre, pour qu’elles ne mangent pas toujours la même chose : mouches, Drosophila, grillons et blattes de petite taille ou coupés en morceaux, vers de farine coupés… Les éleveurs de C. rogenhoferi racontent que leurs colonies « préfèrent les protéines ». Et achetez vos insectes chez un fournisseur fiable : ceux qui ont été traités aux insecticides peuvent tuer la colonie.

Chassent-elles ? D’après notre expérience, pour l’instant elles ne chassent pas bien les grosses proies ; les petits arthropodes, si. Pour une jeune colonie, proposez des proies petites, coupées en morceaux ou fraîchement tuées. Quand la colonie est grande, tout change : on peut leur donner presque de tout. Elles sont nombreuses, mordent fort et utilisent leur défense chimique pour anéantir les proies et quiconque pénètre sur leur territoire. Voir une colonie mature encercler un grillon, avec des dizaines de gastres dressés, est un vrai spectacle.

Eau : toujours, dans le tube à essai avec du coton. Même si leur nid est sec, l’eau de boisson ne doit jamais leur manquer.

Diapause

Elle ne fait pas de diapause : dans son aire, il n’y a pas de véritable hiver (voir « Mousson, saison sèche et pas d’hiver »). Les éleveurs s’accordent à dire que les Crematogaster d’Asie du Sud-Est n’en ont pas besoin. Chez Antomas, nous la maintenons active toute l’année, à 24–28 °C, sans baisse hivernale. Attention toutefois aux pièces froides en hiver : dans un journal de C. rogenhoferi, la colonie a grandi plus lentement pendant les mois froids, malgré un câble chauffant.

Comportement en captivité

Rapides et nombreuses. Elles recrutent en masse : dès qu’une éclaireuse trouve de la nourriture, le chemin se remplit d’ouvrières.

Acrobates sur le qui-vive. Quand vous ouvrez le couvercle ou approchez une proie, vous verrez les gastres dressés.

Malodorantes. Si vous les dérangez, vous le remarquerez à l’odeur. Plus la colonie est grande, plus elle se remarque.

Observer sans crainte. Chez Antomas, nous pensons que les fourmis sont faites pour être appréciées, observées et pour apprendre d’elles, pas pour rester cachées. Il suffit de leur laisser leur zone sombre dans le nid et une aire de chasse éclairée, et de les observer avec délicatesse, en intervenant et en les stressant le moins possible. Elles s’habituent à votre présence.

Signaux d’alarme :

  • Des ouvrières qui s’agglutinent contre le couvercle ou cherchent sans cesse une sortie : vérifiez l’humidité et la ventilation, car l’excès d’humidité provoque des tentatives d’évasion en masse.
  • De la condensation sur les parois ou de la moisissure : trop d’humidité ou des restes oubliés.
  • Un couvain qui stagne ou disparaît : il manque presque toujours des protéines.
  • Beaucoup d’ouvrières immobiles dans l’aire de chasse, faute de place à l’intérieur : il est temps d’agrandir.

Évasions et barrières

C’est le point le plus important de cette fiche. C. aurita grimpe très bien et franchit les barrières anti-évasion. Chez Antomas, c’est clair : le plus recommandable est de tout garder bien fermé.

  • Couvercle ajusté ou maille fine. L’aire de chasse doit être fermée par un couvercle qui s’emboîte bien ou par une maille très fine. Les petites ouvrières ont une tête de moins de 1 mm de large : n’importe quel interstice de cette taille peut donc être une porte de sortie (ce dernier point est une déduction de notre part à partir de leurs mesures).
  • Vérifiez les interstices. Joints, couvercles, raccords, bouchons et tubes : tout doit être bien ajusté. Les éleveurs d’autres Crematogaster insistent pour colmater le moindre interstice et ne laisser aucun jeu dans les raccords.
  • La vaseline, en renfort. Chez Antomas, en plus de tout garder bien fermé, nous appliquons une bande de vaseline comme barrière de renfort. Le PTFE, en revanche, ne fonctionne qu’à moitié avec les espèces proches : sur les forums, des éleveurs racontent que les Crematogaster le traversent « comme s’il n’existait pas », surtout sur les parois verticales, et que la poussière et la condensation l’abîment. Quelle que soit la barrière, c’est une deuxième ligne de défense : elle ne remplace jamais le couvercle.
  • Prudence à l’ouverture. C’est le moment où elles s’échappent le plus. Ouvrez juste ce qu’il faut, travaillez calmement et refermez une fois terminé.
  • Sèches et ventilées. L’excès d’humidité déclenche les tentatives d’évasion.

Avec tout bien fermé, une colonie de C. aurita ne pose aucun problème.

Manipulation et sécurité

Leur arme n’est pas l’aiguillon, spatulé, qui badigeonne le venin au lieu de piquer, mais les morsures et la chimie. D’après notre expérience, elles mordent fort pour leur taille et, quand on les dérange, elles libèrent leur sécrétion par la glande métapleurale. Rassurez-vous : le liquide ne se voit pas, il ne tache pas et n’irrite pas, et tout ce que vous remarquerez, c’est l’odeur, qui se dissipe en aérant. Comme pour n’importe quelle espèce, manipulez-les avec des outils entomologiques (un pinceau doux ou une pince souple), pas avec les mains, et travaillez lentement pour ne perdre ni blesser aucune ouvrière, et encore moins la reine. C’est une espèce exotique : elle ne doit en aucun cas être relâchée.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • Laisser des interstices, des joints lâches ou des couvercles mal ajustés : elles grimpent très bien et se faufilent par des fentes minuscules.
  • Tout miser sur une barrière anti-évasion, même la vaseline : l’essentiel est de tout garder bien fermé.
  • Détremper le nid, ou continuer à l’humidifier quand la colonie est déjà grande : à partir de là, elles doivent être tenues au sec.
  • Oublier d’aérer : l’air confiné apporte condensation, moisissure et tentatives d’évasion.
  • Être trop juste sur la nourriture pour une colonie qui grandit si vite, leur donner toujours le même insecte ou laisser des restes sans nettoyer.
  • Mettre les liquides sucrés sur du coton ou les laisser s’épuiser : toujours dans un abreuvoir et toujours disponibles.
  • Leur faire faire une diapause ou baisser leur température en hiver.
  • Ouvrir le couvercle sans avoir préparé ce que vous allez faire.
  • Les manipuler à mains nues.
  • Attendre que le nid déborde pour agrandir : avec cette espèce, il faut toujours avoir un temps d’avance.

Sources scientifiques

Cette fiche d’élevage repose sur la littérature scientifique consacrée à Crematogaster aurita, à son groupe d’espèces et à son genre, sur les données climatiques de son aire de répartition et sur l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :

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  2. Hosoishi, S. et al. (2023). Multilocus phylogeny and historical biogeography of the Crematogaster inflata-group (Hymenoptera: Formicidae) in South-East Asia. Zoological Journal of the Linnean Society 198: 901–922. doi:10.1093/zoolinnean/zlad005
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  11. Pasteels, J. M., Daloze, D. & Boevé, J.-L. (1989). Aldehydic contact poisons and alarm pheromone of the ant Crematogaster scutellaris (Hymenoptera: Myrmicinae): enzyme-mediated production from acetate precursors. Journal of Chemical Ecology 15: 1501–1511. doi:10.1007/BF01012379
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