Atta mexicana - Fourmi coupeuse de feuilles géante du Mexique
Agricultrices du désert. Atta mexicana, la grande coupeuse de feuilles du Mexique et de l’Arizona, ne mange pas les feuilles qu’elle coupe : elle s’en sert pour cultiver un champignon qui nourrit toute la colonie. Ses villes souterraines couvrent 20 × 20 mètres, ses tunnels s’étendent jusqu’à 130 mètres et une seule colonie peut vivre vingt ans et compter des millions d’ouvrières, des minuscules jardinières de 2 mm aux soldats dont les mandibules peuvent couper la peau. Des autoroutes de feuilles, des jardins vivants et une division du travail fascinante, sous vos yeux. Colonies avec reine. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.
Difficulté : 4/5 – Avancé
La grande fourmi coupeuse de feuilles du Mexique et de l’Arizona : elle ne mange pas les feuilles, elle cultive avec elles un champignon ; ses colonies comptent probablement des millions d’ouvrières, vivent 10–20 ans et possèdent des soldats aux mandibules qui coupent la peau. Elle n’est pas réservée aux experts : elle demande de la constance avec le champignon, les feuilles et l’espace. Colonies avec reine, monogyne : une seule reine par colonie. Kit Fungarium d’Anthouse, champignon à 23–26 °C, humidité élevée sans flaques, feuilles fraîches sans pesticides, dépotoir séparé et pas de diapause. Jamais au-dessus de 30 °C de façon continue : la reine peut devenir stérile. Elles grimpent : barrière d’huile minérale. Majors : jamais avec les doigts.
Atta mexicana (Smith, 1858) est l’une des grandes fourmis coupeuses de feuilles d’Amérique du Nord et de Méso-Amérique. Son aire de répartition couvre une bonne partie du Mexique et atteint l’extrême sud des États-Unis, avec des populations dans le désert de Sonora, en Arizona : c’est la seule Atta qui vit dans cet État. Elle habite aussi bien des régions arides et des fourrés épineux que des forêts tropicales sèches, des zones ripicoles et des milieux montagnards, et fait preuve d’une plasticité écologique considérable.
C’est aussi l’une des fourmis les plus spectaculaires que l’on puisse élever. Elle ne mange pas les feuilles qu’elle coupe : elle s’en sert pour cultiver un champignon qui nourrit toute la colonie. Ses nids en Arizona couvrent des centaines de mètres carrés, ses colonies comptent probablement des millions d’ouvrières et peuvent vivre plus de vingt ans. Dans cette fiche, nous distinguons toujours ce qui est documenté par la science, ce que rapportent d’autres éleveurs et ce que nous avons appris en l’élevant chez Antomas.
Biologie
La coupeuse qui a conquis le désert
Les coupeuses du genre Atta sont, avant tout, des fourmis des tropiques américains. A. mexicana est l’une de celles qui s’en éloignent le plus : on la trouve dans une bonne partie du Mexique, elle atteint le Guatemala, le Salvador et le Honduras au sud et, au nord, le sud de l’Arizona. C’est là, dans l’Organ Pipe Cactus National Monument et ses environs, tout près de la frontière, que se trouve sa limite septentrionale, en plein désert de Sonora. Du côté du golfe du Mexique, elle remonte aussi vers le nord, par le Tamaulipas, le Nuevo León et le Coahuila, mais, d’après des prospections d’amateurs, elle ne s’approche pas de la frontière du Texas.
Quel climat préfère-t-elle ? Une étude de 2023 sur les Atta du Mexique a modélisé sa niche climatique et a montré que la variable la plus importante est l’isothermalité : le rapport entre la variation de température au cours d’une journée et sa variation au cours de l’année. Viennent ensuite les pluies du mois le plus humide et celles du trimestre le plus chaud. Les conditions les plus favorables à l’espèce se trouvent dans les forêts de pins et de chênes de la Sierra Madre occidentale et dans les forêts sèches du Bajío. Cela concorde avec ce que l’on observe en Arizona : une fourmi des climats à pluies d’été, qui se protège de la chaleur et du froid sous terre. La même étude avertit que, dans le scénario d’émissions le plus élevé, elle pourrait perdre plus de la moitié de son aire climatiquement favorable d’ici la fin du siècle.
Proche cousine d’Atta texana : le clade Archeatta
Elle a été décrite par l’entomologiste britannique Frederick Smith en 1858 sous le nom d’Oecodoma mexicana, à partir de reines et de mâles avec une localité aussi laconique que « Mexique », d’où son nom. Les spécimens de référence sont conservés au Muséum d’histoire naturelle de Londres. Elle a ensuite passé près d’un siècle sans nom propre : Roger l’a transférée dans le genre Atta en 1863, mais lui-même, Mayr, Forel et d’autres l’ont considérée comme un simple synonyme d’Atta fervens, et Emery l’a rétrogradée au rang de sous-espèce d’A. insularis, la coupeuse de Cuba. Gonçalves l’a placée en 1942 dans le sous-genre Archeatta, et Borgmeier l’a redécrite en 1959 comme espèce valide, ce qu’elle est aujourd’hui.
Trois espèces d’Atta vivent au Mexique : A. mexicana et A. texana, du groupe Archeatta, et A. cephalotes, du groupe Atta au sens strict. A. texana, la coupeuse du Texas et de la Louisiane, est sa plus proche parente, et ce sont les deux seules Atta des États-Unis. Voici comment les distinguer :
- A. mexicana : les lobes de l’arrière de la tête et le premier segment du gastre sans poils dressés ; l’échancrure entre les lobes peu profonde, et les épines du pronotum relativement courtes.
- A. texana : avec des poils dressés, un tégument mat, une échancrure plus profonde et de longues épines pronotales. Petite curiosité : sa tête dégage une odeur de menthe quand on l’écrase.
Et en captivité, elles diffèrent aussi par leur caractère : d’après notre expérience, A. mexicana n’a qu’une seule reine par colonie, alors que les reines d’A. texana peuvent cohabiter (voir « La reine qui voyage avec son jardin dans la bouche »).
La confusion avec A. cephalotes est moins probable : elle appartient à un autre sous-genre et à la forêt tropicale humide, et leurs niches climatiques se recoupent à peine dans une petite zone du Mexique.
Des villes sous le désert
Les chiffres de l’Arizona proviennent de trois décennies de recensements dans l’Organ Pipe Cactus National Monument, et ils donnent le vertige. Les grandes colonies peuvent occuper une zone centrale d’environ 20 × 20 m, peuvent en venir à exploiter plus de 2 hectares de terrain et utilisent des tunnels latéraux allant jusqu’à environ 130 m pour atteindre leurs zones de fourragement. Une colonie établie peut faire entrer environ 200 kg de matière végétale sèche par an dans son système de culture. Les nids sont généralement espacés de 75–200 m, parfois de 30–40 m seulement, et les colonies ne déménagent presque jamais : la taille des cratères et des tas de déchets permet même d’estimer l’âge d’un nid.
Contrairement à Acromyrmex octospinosus, Atta mexicana développe des nids nettement pluricaméraux. Une société mature entretient de nombreux jardins de champignon répartis dans différentes chambres souterraines, reliées par un vaste réseau de tunnels. Personne n’a encore publié la fouille complète d’un nid d’A. mexicana, mais elle a été mesurée chez d’autres espèces du genre : un nid d’A. laevigata comptait plus de 7 000 chambres et atteignait jusqu’à 8 m de profondeur.
Cette architecture maintient une température et une humidité beaucoup plus stables qu’en surface. Même les populations du désert de Sonora gardent leurs cultures dans des chambres profondes et abritées. Et un tel nid a besoin de respirer : champignon et fourmis consomment de l’oxygène et dégagent du CO₂, de la chaleur et de la vapeur d’eau. Dans les nids géants d’A. vollenweideri, une coupeuse d’Amérique du Sud, il a été démontré que le moteur de la ventilation est le vent : l’air vicié sort par les tunnels centraux et les plus hauts du monticule, et l’air frais entre par les tunnels périphériques.
En captivité, cette organisation se reproduit bien mieux avec plusieurs récipients de champignon reliés entre eux qu’en essayant de garder une grande colonie dans un seul récipient gigantesque. À mesure que la population augmente, on ajoute de nouveaux modules, et ce sont les fourmis elles-mêmes qui décident de la quantité de champignon qu’elles gardent dans chacun (voir « Installation recommandée »).
Des coupeuses en équipe de nuit
Dans le désert, c’est la chaleur qui commande. En 1979, Alex Mintzer a suivi une colonie du nord du Sonora qui récoltait sur une surface d’environ 8 000 m², avec des pistes en surface et des tunnels souterrains partant du nid dans toutes les directions. Les ouvrières fourrageaient de jour en hiver et au printemps, et passaient à un fourragement surtout nocturne en été. À Organ Pipe, les relevés de décembre et de janvier les ont trouvées en train de fourrager de jour, en plein hiver. Ces tunnels de plus de cent mètres leur permettent en outre d’atteindre les plantes sans traverser le sol brûlant.
Que coupent-elles dans le désert ? En Arizona, on a documenté l’utilisation du palo verde (Parkinsonia, anciennement Cercidium), du bois de fer ou palo fierro (Olneya tesota), du mesquite (Prosopis), de l’acacia griffe-de-chat (Acacia) et du créosotier ou gobernadora (Larrea tridentata). S’y ajoutent de nombreuses plantes annuelles qui ne sont disponibles qu’à certaines saisons. Le régime d’une colonie sauvage varie énormément selon la localité et la saison.
Ne soyez pas surpris si, en été, votre colonie travaille davantage la nuit : c’est dans sa nature.
Un potager qui se renouvelle chaque mois
Atta mexicana ne consomme pas les feuilles comme un herbivore classique. Elle utilise le matériel végétal pour cultiver un champignon symbiotique, Leucoagaricus gongylophorus, qui constitue le centre fonctionnel de la colonie.
Les ouvrières coupent des feuilles, des fleurs et d’autres tissus, les transportent jusqu’au nid et leur font subir un traitement progressif : le matériel est nettoyé, découpé en fragments de plus en plus petits, mâché et préparé avant d’être incorporé au jardin. Les plus petites ouvrières poursuivent ensuite le travail directement à l’intérieur du champignon.
Le champignon développe des structures nutritives spécialisées, des hyphes renflées et riches en nutriments que les spécialistes appellent gongylidies, particulièrement importantes pour nourrir les larves. Dans la pratique, le champignon est la nourriture de toute la colonie : en Arizona, il est considéré comme l’unique aliment des larves et des adultes. Les ouvrières profitent en outre des sucs végétaux libérés lorsqu’elles coupent et traitent les feuilles.
Et le potager n’est pas éternel. Le substrat végétal de chaque portion de champignon s’épuise en un mois environ ; les ouvrières le retirent alors et l’emportent vers les tas de déchets. C’est pourquoi une colonie de coupeuses ne cesse jamais de travailler : le jardin se renouvelle en permanence.
Il ne faut pas non plus voir le jardin comme une simple masse de champignon. C’est un écosystème vivant, où le champignon cultivé cohabite avec des bactéries et d’autres micro-organismes dont la composition varie même entre différentes zones d’un même jardin. Une colonie en bonne santé entretient cet écosystème par le nettoyage, le retrait des zones vieillissantes, la sélection du matériel végétal et le transport constant des déchets.
Les ordures, dehors
Ici, A. mexicana sort de l’ordinaire. La plupart des Atta stockent leurs déchets dans des chambres à déchets souterraines : chez A. capiguara, par exemple, à environ 4–6 m des jardins. A. mexicana, comme A. colombica, fait l’inverse : elle sort ses déchets du nid et les entasse en surface. En Arizona, les grandes colonies déposent le champignon épuisé en tas extérieurs importants.
Ce n’est pas un détail. Les déchets des coupeuses sont dangereux : ils sont pleins de champignon usé et de micro-organismes nuisibles pour la colonie. Chez A. colombica, on a observé que les ouvrières du dépotoir forment une caste de travail à part, parmi les plus « sacrifiables » de la colonie, qui n’a presque aucun contact avec le jardin. La leçon pour l’élevage est claire : un dépotoir séparé, externe et sec, que vous puissiez nettoyer sans toucher au champignon (voir « Dépotoir »).
Des antibiotiques de glande, pas de bactéries
Tout potager a ses parasites, et celui des coupeuses en a un très spécialisé : Escovopsis, un champignon parasite qui ne vit que dans les jardins des fourmis champignonnistes et se nourrit du champignon cultivé. Pour se défendre, de nombreuses fourmis champignonnistes portent sur leur cuticule une couche blanchâtre de bactéries, Pseudonocardia, qui produisent des antibiotiques.
Mais Atta joue d’autres cartes. Une étude de 2009 portant sur neuf espèces de cinq genres de champignonnistes a comparé leurs défenses.
- Acromyrmex et Trachymyrmex conservent une abondante Pseudonocardia sur la cuticule : c’est la fine poudre blanche que l’on voit, par exemple, chez Acromyrmex octospinosus.
- Atta a perdu cette couche visible, ou l’a fortement réduite. En contrepartie, quand un pathogène apparaît, Escovopsis compris, les ouvrières multiplient le toilettage avec la sécrétion de la glande métapleurale, une glande du thorax qui produit des substances antimicrobiennes.
Les auteurs relient cette défense chimique plus élaborée, et la moindre dépendance aux bactéries, à la taille énorme des colonies d’Atta. Plus tard, l’une de ses armes a été identifiée : l’acide phénylacétique de la glande métapleurale, avec lequel Atta freine Escovopsis, alors qu’Acromyrmex compte sur ses bactéries. À cela s’ajoute le « désherbage » : les ouvrières repèrent les morceaux de champignon malades ou vieillissants, les arrachent et les emportent au dépotoir.
Pour l’élevage : chez A. mexicana, inutile de chercher le revêtement blanc des Acromyrmex. Une ouvrière propre et brillante, c’est normal.
Dégustatrices de feuilles
Atta mexicana est polyphage : elle exploite une grande variété de plantes. Mais elle ne coupe pas n’importe quelle plante au hasard. La dureté de la feuille, sa teneur en eau, la présence de poils ou trichomes et sa composition chimique influencent le choix. Deux études menées sur cette espèce l’ont mesuré.
L’étude de 2020. En laboratoire, les ouvrières ont préféré les feuilles de rosier (Rosa × alba) et de deux arbres mexicains, Trema micrantha et Styrax glabrescens, et ont rejeté celles du caféier, du goyavier et du mandarinier (Citrus reticulata). Les feuilles rejetées contenaient des composés, certains à effet antifongique ou dissuasif : le caféier, de nombreux alcaloïdes et des phénols comme l’acide chlorogénique ; le goyavier, les acides shikimique et ellagique ; et le mandarinier, la scopolétine. Dans le cas du mandarinier, toutefois, les auteurs attribuent le rejet davantage aux caractéristiques physiques de la feuille qu’à sa chimie.
L’étude de 2026. Publiée dans la revue Botanical Sciences avec des colonies de Veracruz, elle a comparé trois plantes :
- Palicourea padifolia, connue sous le nom de flor de mayo, cafecillo ou flor de cera selon les régions ;
- Platanus mexicana, le platane du Mexique (álamo blanco, álamo mexicano ou haya) ;
- Eriobotrya japonica, le néflier du Japon.
Les fourmis ont montré une préférence très marquée pour P. padifolia. Ses feuilles étaient plus tendres, dépourvues de trichomes et très riches en eau. Le néflier du Japon et le platane du Mexique avaient des feuilles plus dures et plus velues, avec davantage de phénols, de flavonoïdes et de tanins, et ont été récoltés avec beaucoup moins d’intensité. En outre, l’extrait de P. padifolia a favorisé la croissance du champignon, alors que ceux des deux autres espèces ont provoqué une inhibition modérée. Aucun ne s’est révélé toxique pour les fourmis.
Dans le cas du néflier du Japon, les ouvrières sont même allées jusqu’à retirer les trichomes des feuilles avant de les couper, une manipulation très fine qui montre à quel point elles évaluent et préparent le matériel avant de le cultiver.
Le champignon donne l’alerte : le rejet différé
Les ouvrières peuvent couper avec enthousiasme une plante qui, pourtant, nuit au champignon. Comment s’aperçoivent-elles de leur erreur ? Par le champignon lui-même. Dès 1996, on a proposé que le champignon « contrôle » le comportement des coupeuses, et les expériences ultérieures l’ont confirmé de façon très littérale.
Dans une étude de 2008 avec une autre coupeuse, Acromyrmex lundi, on a proposé aux colonies des feuilles traitées avec un fongicide inoffensif pour les fourmis. Au début, elles les ont coupées et apportées au jardin tout à fait normalement. Environ 10 heures après les avoir incorporées, elles ont commencé à les rejeter, et ce rejet a duré au moins 9 semaines. Il était en outre spécifique : il ne concernait que l’espèce de plante traitée, et pouvait s’inverser avec le temps. Chez Atta colombica, cette « mémoire » a duré jusqu’à 18 semaines. Les fourmis apprennent à associer la plante aux dégâts subis par leur jardin, et ne l’oublient pas avant longtemps.
Ce phénomène a deux conséquences très pratiques pour l’élevage :
- Qu’elles la coupent ne veut pas dire qu’elle est sûre. Une feuille traitée aux fongicides peut abîmer le jardin des heures avant que les fourmis ne réagissent. Leur capacité de sélection ne remplace pas notre propre contrôle (voir « Sécurité des plantes »).
- Si elles cessent soudain de couper une plante qu’elles acceptaient, retirez-la et n’insistez pas. Proposez-en une autre. Cette plante, ou ce lot, a peut-être mal réussi au champignon, et la colonie peut mettre des semaines à l’accepter de nouveau.
Des minims aux soldats : à chaque taille son métier
La division du travail est l’une des caractéristiques les plus frappantes d’Atta mexicana. En Arizona, les ouvrières mesurent d’environ 2 mm à environ 12 mm, et chaque gamme de taille est spécialisée dans certaines tâches :
- Les minims, extrêmement petites, travaillent surtout à l’intérieur du jardin : elles manipulent le champignon, le nettoient et s’occupent des œufs et des larves.
- Les ouvrières moyennes assurent une bonne partie de la découpe et du transport du matériel végétal.
- Les grandes majors ou soldats se chargent surtout de la défense et des tâches qui exigent une grande force mandibulaire.
Et il existe un métier de plus, le moins glorieux : celui d’éboueuse. Chez les coupeuses étudiées, les ouvrières qui travaillent au dépotoir se tiennent à l’écart du jardin, pour ne pas lui apporter les microbes des déchets. Quand vous observez votre colonie, regardez bien : celles qui entrent et sortent du dépotoir ne sont généralement pas les mêmes que celles qui portent des feuilles.
Un milligramme pour faire le tour du monde
La communication entre toutes repose sur des phéromones de piste, des signaux de contact, l’odeur de la colonie et d’autres stimuli chimiques. Quand quelques éclaireuses découvrent une plante adéquate, la piste peut passer rapidement de quelques ouvrières à un flot continu de travailleuses chargées. La sélection des plantes fait aussi partie de ce système d’information : les ouvrières qui traitent le matériel avant de l’introduire dans le jardin constituent un filtre supplémentaire avant que la plante n’entre en contact avec le champignon.
Les phéromones de piste de ces fourmis sont d’une puissance étonnante. La première phéromone de piste de fourmi identifiée chimiquement a été celle de sa plus proche parente, Atta texana, en 1971 : le 4-méthylpyrrole-2-carboxylate de méthyle. Les ouvrières détectaient des pistes de seulement 0,08 picogramme par centimètre. À partir de ce chiffre, les auteurs ont calculé que 0,33 mg suffiraient, en théorie, pour tracer une piste détectable autour de la Terre ; d’où la version populaire selon laquelle « un milligramme ferait trois fois le tour du monde ». Attention : c’est un calcul théorique, et c’est une donnée d’A. texana. La phéromone d’A. mexicana n’a pas encore été étudiée, même si, s’agissant d’espèces si proches, il est raisonnable de penser qu’elle fonctionne de façon semblable.
En plus de sentir, les coupeuses « écoutent ». En frottant deux segments de leur corps, elles produisent des vibrations, la stridulation, qui se transmettent par le sol et par les feuilles. Une étude de 2017 sur Atta sexdens a démontré que les ouvrières ne se contentent pas de percevoir ces vibrations : elles savent aussi de quelle direction elles viennent.
La reine qui voyage avec son jardin dans la bouche
En Arizona, les colonies matures élèvent des reines et des mâles ailés chaque printemps, et les lâchent en été avec une ponctualité surprenante : dans l’obscurité qui précède l’aube, le matin qui suit un orage de mousson de plus de 1 cm de pluie. Après de fortes pluies, d’environ 5 cm, il peut y avoir des vols au moins deux nuits de suite ; la pluie ou la brise du petit matin, en revanche, peuvent les freiner. C’est un moment dangereux : chauves-souris, engoulevents et crapaud du désert de Sonora (Incilius alvarius) se régalent des sexués ailés, et blaireaux et moufettes tachetées s’attaquent ensuite aux reines et aux jeunes colonies.
La fondation est claustrale et indépendante. Avant le vol nuptial, la future reine garde une petite portion du champignon de sa colonie natale dans sa cavité infrabuccale, une petite poche que les fourmis ont sous la bouche. Après l’accouplement, elle perd ses ailes, creuse un puits vertical, dépose cette petite portion dans sa chambre et commence à cultiver elle-même le nouveau jardin. Elle élève la première génération d’ouvrières sans sortir récolter de feuilles, et les premières ouvrières apparaissent au bout de 1–2 mois. Les reines ne vont généralement pas très loin : la dispersion est probablement inférieure à 5 km.
La survie de la fondation dépend directement de la conservation de ce petit fragment initial de champignon. Une reine sans champignon n’est pas dans la même situation qu’une fondation en bonne santé, même si elle a commencé à pondre.
Fonder est, de loin, l’étape la plus difficile de la vie d’une Atta. Dans une étude de 2023 menée avec des reines d’Atta récoltées sur le terrain après le vol nuptial et ramenées au laboratoire, 98,3 % sont mortes une année et 100 % une autre ; les auteurs ont conclu qu’il est bien plus efficace de partir de jeunes nids déjà établis. C’est pourquoi, chez Antomas, nous travaillons avec des colonies avec reine, des ouvrières et leur propre jardin déjà en marche.
Une seule reine. D’après l’expérience d’Antomas, A. mexicana est monogyne : chaque colonie n’a qu’une seule reine, qui fonde seule. Les reines ne se tolèrent pas entre elles, pas même fraîchement fécondées : elles montrent une agressivité considérable et, si on les réunit, elles s’entretuent. C’est pourquoi il faut toujours les garder séparées. Curieusement, sa plus proche parente se comporte à l’inverse : d’après notre expérience, A. texana est polygyne, et ses reines peuvent cohabiter sans agressivité.
Une seule nuit et plusieurs pères
On lit souvent que les reines d’Atta ne s’accouplent qu’une seule fois. C’est à moitié vrai : elles s’accouplent uniquement pendant le vol nuptial et ne le refont jamais, mais à cette occasion elles le font, en général, avec plusieurs mâles. C’est ce qu’on appelle la polyandrie.
Chez Atta colombica, une étude génétique a montré que 33 colonies sur 36 avaient deux pères ou plus, avec une moyenne de 2,6 pères par colonie. Et chez l’ensemble des fourmis champignonnistes, le passage de l’accouplement unique à l’accouplement multiple obligatoire s’est produit une seule fois, dans la lignée formée par Atta et Acromyrmex, les coupeuses de feuilles. L’un des avantages est la quantité : chez A. colombica, les reines qui s’accouplent avec davantage de mâles stockent plus de sperme. Il n’existe pas de données propres à A. mexicana, mais tout indique qu’elle suit la règle du genre.
Le sperme que la reine stocke cette nuit-là doit lui durer toute sa vie, des années, voire des décennies. C’est pourquoi cela n’a aucun sens de l’exposer à des risques inutiles, comme une chaleur excessive (voir « Température »).
Des millions d’ouvrières et vingt ans de vie
Les colonies matures atteignent des tailles énormes, probablement de plusieurs millions d’individus. Et le plus intéressant, c’est que leur vie a été suivie pendant trois décennies. Lors des recensements d’Organ Pipe, les colonies d’A. mexicana ont vécu normalement 10–20 ans ; plusieurs ont dépassé 20 ans, mais aucune n’a tenu les 30 ans qu’a duré le suivi. Sur les colonies recensées en 1985, seules 4 ou 5 étaient encore vivantes en 2005–2006, et sur les 26 enregistrées en 2005, neuf étaient encore actives dix ans plus tard. Le nombre total de colonies a lui aussi monté et baissé au fil des ans : 36 en 1985–1986, 45 en 1995–1996, 25 en 2005–2006 et 83 en 2015–2016.
En captivité, c’est la croissance qui surprend le plus ceux qui débutent avec les coupeuses. Une colonie d’Atta mexicana peut passer de quelques centaines d’individus à une société énorme, et le champignon grandit avec elle. C’est pourquoi l’installation doit être pensée dès le départ en vue de l’expansion (voir « Croissance et agrandissements »).
Une colonie de coupeuses Atta en pleine croissance chez Antomas (chaîne d’Antomas).
De fléau des champs à mets de choix : arrieras et chicatanas
Au Mexique, les Atta sont connues sous le nom de hormigas arrieras, les « fourmis muletières », pour leurs interminables caravanes de feuilles, et pas toujours avec affection. Étant polyphage, A. mexicana peut couper de nombreuses plantes cultivées, et le genre Atta est reconnu comme un ravageur agricole important, à l’impact économique notable. Dans les cultures d’amarante du sud de l’État de Puebla, par exemple, une étude menée auprès de 61 producteurs a montré que la fourmi arriera est le principal ravageur : plus de la moitié d’entre eux ont recours à la lutte chimique, et 11 plantes indigènes que les agriculteurs utilisent comme répulsifs ou insecticides naturels ont été identifiées.
Mais cette même fourmi est aussi un mets de choix. Les chicatanas sont les reines ailées des arrieras, que l’on capture pendant le vol nuptial, avec les premières pluies de la saison. Dans les États d’Oaxaca, du Chiapas, de Veracruz, du Guerrero et de Puebla, on les fait griller sur le comal et on les broie dans des sauces, des moles ou des tamales. C’est une tradition préhispanique, déjà rapportée par le frère Bernardino de Sahagún au XVIᵉ siècle, et le nom vient du nahuatl : tzicatl, « fourmi », et tanatli, « sac en feuilles de palmier », en raison du gastre renflé de la reine.
Et c’est un aliment très nutritif : dans une analyse réalisée à Huehuetla (Hidalgo), les chicatanas grillées d’A. mexicana contenaient 43,7 % de protéines, un peu plus que celles d’A. cephalotes. Le nom de « chicatana » s’applique aussi à d’autres Atta selon les régions. Elles se vendent cher et, selon la presse mexicaine, certaines communautés limitent déjà la récolte, car chaque reine capturée est une fourmilière qui ne verra jamais le jour.
Taille et morphologie
Atta mexicana présente l’un des polymorphismes les plus spectaculaires des fourmis nord-américaines : dans une même colonie cohabitent des ouvrières d’environ 2 mm et des soldats d’environ 12 mm.
- Minims. Corps très petits et délicats, qui leur permettent de travailler dans les espaces étroits du jardin.
- Ouvrières moyennes. Mandibules adaptées à la découpe et au transport de la végétation.
- Majors. Elles développent une tête énorme et une musculature mandibulaire extraordinairement puissante. Ici, on parle bien de véritables soldats. D’après l’expérience d’Antomas, les plus grandes majors peuvent faire des coupures capables de traverser la peau et de faire saigner. Il ne faut pas les manipuler directement, même si l’espèce n’a pas le dangereux aiguillon d’une Myrmecia ou d’une Pogonomyrmex.
- Reine. Énorme, avec un gastre très volumineux. Selon Mintzer, qui l’a mesurée en Arizona, c’est la plus grande fourmi connue d’Amérique du Nord.
- Couleur. Elle va du brun rougeâtre à des tons rouge foncé ou grenat.
- Surface. Sans le revêtement blanchâtre de bactéries des Acromyrmex : les ouvrières paraissent propres (voir « Des antibiotiques de glande, pas de bactéries »).
- Caractères pour la distinguer d’A. texana. Pas de poils dressés à l’arrière de la tête ni sur le premier segment du gastre, et des épines pronotales relativement courtes (voir « Proche cousine d’Atta texana »).
- Nymphes. Nues, sans cocon.
Mesures approximatives
- Minims : environ 2 mm
- Ouvrières moyennes : toutes les tailles intermédiaires
- Majors (soldats) : jusqu’à environ 12 mm
- Reine : 20–22 mm et environ un demi-gramme (environ 500 mg)
- Mâle : aucune mesure publiée que nous ayons pu vérifier
Ce sont des mesures des populations de l’Arizona. Les chiffres plus élevés qui circulent dans certaines boutiques ne sont pas étayés par les mesures publiées. Les premières ouvrières d’une jeune colonie sont petites, et les grandes majors apparaissent quand la colonie a déjà grandi.
Élevage en captivité
Difficulté : 4/5 – Avancé
Chez Antomas, nous la considérons comme une espèce de niveau avancé, mais ce n’est pas une espèce réservée aux experts. Une colonie établie ne demande pas d’interventions compliquées tous les jours. Ce qu’elle demande, c’est de la constance avec trois choses :
- Le champignon. La colonie en dépend entièrement : si le jardin meurt, la colonie meurt. Il lui faut une humidité élevée, sans flaques, et une température stable, jamais au-dessus de 30 °C de façon continue, et il ne tolère pas les plantes traitées.
- Les feuilles. Il faut lui donner régulièrement des feuilles fraîches, variées et sans pesticides, toute l’année, y compris en hiver.
- L’espace. Son potentiel de croissance est énorme : il faut donc agrandir l’installation avec de nouveaux modules au fur et à mesure qu’elle grandit.
À cela s’ajoutent les majors, puissantes et dotées de mandibules qui coupent la peau, et une production abondante de déchets. Une mini-colonie peut être simple ; le vrai défi apparaît quand le champignon et la population commencent à se multiplier. Si vous avez accès à des feuilles non traitées et à de l’espace pour grandir, elle est tout à fait gérable.
Et elle en vaut la peine comme peu d’autres. Voir une autoroute de feuilles coupées entrer dans le jardin, les minims travailler à l’intérieur du champignon et les majors patrouiller, c’est entrevoir l’une des sociétés les plus complexes du règne animal : une civilisation d’insectes qui cultive sa propre nourriture.
Paramètres recommandés
- Température du champignon : 23–26 °C, aussi stable que possible.
- Jamais au-dessus de 30 °C de façon continue : d’après l’expérience d’Antomas, la reine peut devenir stérile (voir « Température »).
- Aire de fourragement : à température ambiante.
- Humidité : élevée dans la chambre du champignon, mais sans eau libre ni flaques ; l’aire de fourragement plus sèche, et le dépotoir sec.
- Ventilation : constante, sans dessécher l’extérieur du jardin.
- Eau : le bac d’humidité de la chambre de culture. Un abreuvoir dans l’aire de fourragement est facultatif : elles tirent beaucoup d’eau du champignon lui-même et de l’humidité de l’installation.
- Lumière : un cycle jour-nuit normal. Évitez le soleil direct sur la chambre du champignon, car il la réchauffe.
- Diapause : inutile (voir « Diapause »).
Température
Pour la culture, nous recommandons environ 23–26 °C, de façon stable et en évitant les fortes montées de chaleur. C’est la plage habituellement utilisée pour maintenir des coupeuses en captivité, et elle concorde avec ce que l’on sait de l’espèce : les chambres naturelles du champignon restent bien plus protégées que la surface, et même dans le désert de Sonora les conditions à l’intérieur du nid sont relativement constantes.
Très attention à la chaleur. Chez Antomas, nous appliquons une précaution très importante : les chambres du champignon et, surtout, la chambre où se trouve la reine ne doivent pas être au-dessus de 30 °C de façon continue. D’après notre expérience avec les Atta, les reines peuvent devenir stériles si elles passent du temps au-dessus de cette température, et le champignon lui-même se détériore aussi.
Nous ne connaissons aucune expérience ayant mesuré ce seuil chez A. mexicana : les 30 °C sont une limite de gestion en captivité, fondée sur l’expérience. Et c’est parfaitement logique : la reine ne s’accouple que pendant le vol nuptial, même si c’est avec plusieurs mâles, et le sperme qu’elle stocke ce jour-là doit lui durer toute sa vie (voir « Une seule nuit et plusieurs pères »). Il n’y a aucun avantage à l’exposer à des températures inutilement élevées : l’objectif est de la maintenir nettement en dessous de cette limite.
Si vous avez besoin d’un apport de chaleur en hiver, mieux vaut une source douce, avec thermostat, sur un côté de la chambre qu’une source qui chauffe tout le champignon uniformément. Et en été, veillez à ce que la température de la pièce ne s’envole pas.
Humidité, ventilation et drainage
C’est l’une des parties les plus importantes de la fiche. Le champignon a besoin d’une humidité ambiante élevée, mais il ne doit pas rester mouillé. Le laisser se dessécher est une erreur grave : un jardin déshydraté se rétracte et peut ne pas s’en remettre.
Une grande masse de champignon contient une quantité d’eau énorme. Entre la respiration des fourmis, l’activité métabolique du jardin et l’évaporation de la culture elle-même, le récipient peut rapidement atteindre une humidité très élevée. Si les parois ou le couvercle sont un peu plus froids, cette humidité commence à se condenser. Les gouttes retombent sur le jardin et, si le système ne peut pas évacuer l’eau, elles finissent par s’accumuler dans le fond jusqu’à former des flaques. Cela peut devenir un problème grave.
D’après l’expérience d’Antomas, l’eau libre accumulée autour du champignon doit être drainée. Il ne faut pas laisser pendant des jours la partie inférieure du jardin immergée, en attendant que l’eau s’évapore d’elle-même. Quand du liquide s’accumule, nous recommandons de :
- Drainer ou retirer l’eau.
- Augmenter légèrement la ventilation.
- Vérifier s’il y a trop d’apport d’humidité ou un écart de température excessif entre l’intérieur et les parois.
Le système a donc besoin d’un mécanisme permettant d’évacuer l’eau accumulée accidentellement. Dans le Fungarium d’Anthouse, le champignon repose sur une grille surélevée, au-dessus d’un bac d’eau : il reçoit ainsi de l’humidité sans jamais être en contact avec l’eau (voir « Installation recommandée »).
La ventilation est tout aussi importante. Champignon et fourmis consomment de l’oxygène et libèrent du CO₂, de la chaleur et de la vapeur d’eau. Les nids naturels des coupeuses ont une architecture qui favorise les échanges gazeux : chez A. vollenweideri, on a démontré que le vent renouvelle l’air du nid, qui sort par les tunnels centraux et entre par les tunnels périphériques. En captivité, nous devons reproduire cette fonction :
humidité élevée + ventilation constante + absence d’eau stagnante
Nous ne cherchons pas un récipient hermétique. Nous ne voulons pas non plus tant de ventilation que l’extérieur du jardin se dessèche en permanence. Le bon équilibre se reconnaît facilement : un champignon humide et actif, sans croûtes sèches, mais sans gouttes qui tombent sans cesse ni flaques au fond.
Deux conseils de plus. Ne vaporisez jamais d’eau directement sur le champignon : l’humidité doit venir de l’atmosphère de la chambre, pas d’un arrosage du jardin. Et ne soyez pas obsédé par un chiffre : certains éleveurs observent qu’A. mexicana, qui vient de climats saisonniers et secs, supporte mieux les variations d’humidité que les Atta de forêt tropicale. Ce qui compte, c’est l’aspect du champignon.
Installation recommandée
Pour cette espèce, nous recommandons le Kit Fungarium d’Anthouse, un système modulaire conçu spécialement pour les fourmis coupeuses de feuilles, Atta et Acromyrmex, avec des modules de 19,5 × 19,5 × 26 cm :
Il correspond à tout ce que nous avons vu dans cette fiche :
- Chambre de culture à humidité passive. Le champignon repose sur une grille surélevée, au-dessus d’un bac d’eau. On maintient ainsi une atmosphère humide et stable sans que le jardin ne touche jamais l’eau, et l’excès d’eau reste sous le champignon.
- Capuchons réducteurs. Trois capuchons transparents et interchangeables adaptent le volume de la chambre à la taille réelle du champignon pendant les premières phases, et on les retire au fur et à mesure que le jardin grandit.
- Hygromètre et thermomètre intégrés, pour surveiller les deux paramètres qui comptent le plus.
- Boîte de fourragement et d’entretien, reliée à la chambre par de larges tubes, que les ouvrières empruntent chargées de feuilles.
- Portes rotatives à fermeture totale, en option, pour isoler chaque module lors du nettoyage, d’un agrandissement ou d’un déménagement.
Une installation de départ devrait séparer au minimum :
chambre à champignon → aire de fourragement → dépotoir
Avec une petite colonie, la boîte de fourragement peut aussi servir de dépotoir ; quand la colonie grandit, ajoutez un autre module pour qu’elles l’utilisent comme décharge (voir « Dépotoir »). Et à mesure que le champignon grandit, ajoutez de nouveaux récipients de culture. Chez Atta mexicana, cette modularité est particulièrement importante, car il s’agit d’une espèce naturellement pluricamérale (voir « Des villes sous le désert »). Nous ne recommandons pas de vouloir concentrer indéfiniment toute la culture dans une seule boîte.
Dans l’aire de fourragement, placez les feuilles fraîches et, si vous le souhaitez, un abreuvoir ou un tube à essai avec de l’eau et du coton, ce qui est facultatif. Comme elles grimpent sur les surfaces lisses, protégez-la avec une bande d’huile minérale en haut des parois et gardez-la bien fermée (voir « Évasions et barrières »).
Arrivée et installation dans le Fungarium
Nos colonies arrivent toujours avec leur champignon, dans un récipient contenant la reine et ses ouvrières. Nous ajoutons aussi souvent un tube à essai avec du champignon de renfort, au cas où le jardin principal arriverait un peu éprouvé par le voyage.
Très important : il faut retirer les fourmis du tube de renfort. Elles ne doivent jamais être mélangées avec les ouvrières du récipient de la reine. Avant d’utiliser ce champignon, retirez toutes les fourmis qu’il contient avec une pince souple ou un pinceau, et examinez-le bien, car les minims se cachent à l’intérieur du jardin. Ces fourmis ne doivent jamais être réunies avec votre colonie : ni dans la chambre de culture ni dans l’aire de fourragement.
Préparez tout avant d’ouvrir quoi que ce soit : le bac avec de l’eau et la grille en place, le capuchon adapté à la taille du champignon, la boîte de fourragement reliée, avec quelques feuilles tendres et la bande d’huile minérale, et les couvercles vérifiés. Ensuite, suivez cet ordre :
- D’abord, le tube de renfort. S’il y en a un, retirez-en toutes les fourmis et mettez-le de côté, fermé, à la même température que la colonie.
- Le champignon principal, d’un seul bloc. Transférez le jardin du récipient de la reine dans la chambre de culture en une seule fois, avec les ouvrières qui se trouvent dessus, sans l’émietter ni le fragmenter inutilement. S’il faut le déplacer en plusieurs parties, que ce soient de grands blocs entiers.
- Le renfort, seulement si nécessaire. Si le jardin principal est arrivé en mauvais état, placez à côté de lui le champignon du tube, sans plus aucune fourmi, et les ouvrières de votre colonie l’incorporeront. S’il arrive en bon état, inutile de l’utiliser.
- Les retardataires de la colonie, par versement. Les ouvrières restées dans le récipient de la reine sont versées délicatement dans l’aire de fourragement ; elles regagneront seules le champignon. N’y versez jamais celles du tube de renfort.
- Du calme. Laissez-les tranquilles un jour ou deux, avec des feuilles tendres à portée, et laissez-les réorganiser le jardin à leur rythme. Il est normal qu’au début elles consacrent plus d’efforts à replacer le champignon qu’à couper.
Pour les agrandissements, inutile de déplacer quoi que ce soit : il suffit de brancher le nouveau module, et ce sont les fourmis elles-mêmes qui décident de la quantité de champignon qu’elles portent dans chacun.
Fondation
Chez Antomas, nous travaillons avec des colonies déjà établies, mais si un jour vous vous occupez d’une reine fondatrice, voici l’essentiel. Une reine fraîchement fécondée doit être gardée avec sa petite portion originale de champignon dans une chambre tranquille. Elle n’a pas besoin de feuilles pendant la première phase claustrale : ajouter inutilement du matériel végétal à une culture minuscule ne fait qu’augmenter le risque de contamination. Ce qui compte vraiment, c’est de maintenir stables l’humidité, la température et la ventilation de cette première chambre.
Le champignon de départ peut être extrêmement petit, et il ne faut pas y voir un problème tant qu’il reste vivant et continue de croître. Dans la nature, les premières ouvrières mettent un ou deux mois à apparaître. Si, passé ce délai, il n’y a pas d’ouvrières et que le champignon ne grandit pas, c’est mauvais signe. Ne réunissez jamais plusieurs reines : d’après notre expérience, A. mexicana est monogyne et les reines s’entretuent. Chaque reine dans sa propre installation.
Manipulation du champignon
Un jardin sain doit être manipulé le moins possible. Nous ne recommandons pas de le démonter régulièrement pour en voir l’intérieur : on l’observe parfaitement à travers les parois de la chambre. S’il faut le déplacer, nous le déplaçons en blocs entiers, en évitant de le fragmenter inutilement. Les ouvrières elles-mêmes sont capables de reconnaître les zones détériorées, de les éliminer et de les transporter au dépotoir.
Nous ne mélangerions pas non plus de façon systématique du champignon de colonies différentes. Un renfort sain peut être utile dans des circonstances précises, comme le champignon de renfort que nous envoyons parfois avec la colonie, et toujours sans ses fourmis (voir « Arrivée et installation dans le Fungarium »). Mais chaque jardin contient bien plus que Leucoagaricus : il comprend une communauté microbienne associée qui peut varier même entre différentes zones d’une même culture.
Gardez aussi à l’esprit que le jardin pousse vers le haut. Un éleveur raconte qu’avec une colonie en pleine expansion, le champignon s’est multiplié plusieurs fois en quelques semaines, a fini par toucher le couvercle et s’est effondré. Si vous voyez que le champignon occupe déjà presque toute la chambre, il est temps de retirer un capuchon ou d’ajouter un nouveau module.
Dépotoir
Le dépotoir doit être physiquement séparé des chambres à champignon. La colonie produit des restes végétaux, des fragments de culture épuisée, des cadavres et d’autres déchets. Dans la nature, A. mexicana sort tous ces déchets du nid et les entasse en surface, à l’inverse de la plupart des Atta (voir « Les ordures, dehors »). C’est pourquoi un dépotoir externe, dans un module séparé et plutôt sec, est fidèle à sa biologie.
- Laissez-les choisir. En captivité, il vaut mieux laisser les fourmis choisir le récipient qu’elles utiliseront comme décharge. Une fois celui-ci établi, nous n’en changerions pas sans cesse l’emplacement.
- Facile à nettoyer. Le récipient doit pouvoir être débranché et nettoyé sans ouvrir les chambres à champignon.
- Champignon gris ou brun au dépotoir : normal. Chaque portion de champignon s’épuise en un mois environ ; voir sortir régulièrement du vieux champignon, grisâtre ou brunâtre, fait donc partie du fonctionnement normal du jardin, ce n’est pas une maladie.
Alimentation
Les coupeuses ne mangent pas les feuilles : elles en nourrissent leur jardin. C’est pourquoi, en captivité, le régime doit être large, varié et toujours exempt de traitements. L’expérience d’Antomas avec Atta mexicana montre une très bonne acceptation de différentes plantes faciles à trouver en Espagne.
Plus de feuilles fraîches, plus de champignon et une plus grande colonie. C’est la philosophie d’Antomas : si vous faites un entretien quotidien et retirez ce qu’elles n’utilisent pas, mieux vaut en offrir largement, car la colonie comprend qu’elle dispose de ressources et grandit plus vite. Offrez des feuilles fraîches régulièrement, idéalement tous les jours pour une grande colonie, et retirez les feuilles fanées ou sèches qu’elles n’ont pas coupées avant qu’elles ne moisissent. Si vous ne pouvez pas nettoyer souvent, mieux vaut ajuster la quantité à ce qu’elles coupent.
Plantes que nous utilisons chez Antomas :
- Rosier (Rosa spp.). Feuilles et pétales. L’une des ressources les plus utiles, à condition qu’elle provienne d’une plante totalement exempte de traitements. Elle a en outre l’appui de la science : le rosier a été l’une des feuilles préférées d’A. mexicana en laboratoire.
- Hibiscus (Hibiscus spp.). Elles acceptent les feuilles et, selon la colonie, aussi les fleurs. Les hibiscus d’ornement doivent provenir de plantes dont on sait qu’elles n’ont pas été traitées.
- Oranger et autres agrumes (Citrus spp., surtout Citrus sinensis). D’après notre expérience, les jeunes feuilles d’oranger fonctionnent bien, beaucoup plus tendres que les feuilles mûres, et elles mangent assez volontiers l’orange comme fruit. Petite nuance : dans l’étude de 2020, les ouvrières ont rejeté les feuilles de mandarinier, en raison de leurs caractéristiques physiques plus que de leur chimie. C’est pourquoi nous préférons la feuille jeune et tendre à la feuille mûre.
- Amandier (Prunus dulcis). On peut utiliser aussi bien la feuille que la fleur pendant la saison, et la colonie le travaille généralement bien.
- Mûrier (Morus spp.). Il peut être proposé de temps en temps. Les feuilles tendres sont généralement plus faciles à manipuler.
- Ronce (Rubus spp.). Elle peut aussi entrer dans la rotation. D’autres éleveurs la citent parmi leurs favorites.
Aucune de ces plantes ne doit constituer à elle seule tout le régime. La variété permet à la colonie de sélectionner en permanence le matériel qui lui convient le mieux à chaque moment.
En hiver. Quand l’amandier et le mûrier perdent leurs feuilles, appuyez-vous sur les plantes à feuillage persistant, comme la ronce, les agrumes ou l’hibiscus, et sur ces ressources, que nous utilisons beaucoup chez Antomas à cette période :
- Pétales de rose séchés, vendus tout prêts. Vérifiez qu’ils sont propres à la consommation et sans traitements.
- Fruits du supermarché : pomme, banane et orange, qu’elles mangent assez volontiers.
- Légumes : laitue, chou-fleur et brocoli, qu’elles acceptent bien.
- Flocons d’avoine, surtout quand il y a beaucoup d’humidité dans l’installation : c’est une ressource sèche, qui n’apporte pas d’eau.
Autres plantes utilisées par des éleveurs européens : framboisier, sureau, tilleul et troène. Nous n’avons pas d’expérience propre avec elles chez cette espèce : si vous les essayez, commencez par de petites quantités.
Avec prudence : certaines plantes recommandées par des boutiques ou très utilisées dans le hobby n’ont fait l’objet d’aucune donnée sur leur effet sur le champignon, comme le buis, la vigne vierge ou le chêne, riche en tanins, des composés que l’étude de 2026 a associés aux feuilles les moins choisies. Le lierre contient des substances à l’activité antifongique connue : mieux vaut l’éviter.
Plantes à éviter :
- Caféier et goyavier, qu’A. mexicana a rejetés en laboratoire.
- Toute plante traitée : fleurs coupées de fleuriste, plantes d’ornement fraîchement achetées ou de pépinière, et plantes de jardins, de parcs ou de champs traités.
- Les plantes que vous ne savez pas identifier ou dont vous ne connaissez pas l’historique.
Fruits et légumes, en complément. En plus des feuilles et des fleurs, chez Antomas nous proposons de temps en temps d’autres ressources. Parmi les fruits, elles acceptent la pomme (Malus domestica), la banane (Musa spp.) et l’orange (Citrus sinensis), et parmi les légumes, la laitue (Lactuca sativa), le chou-fleur (Brassica oleracea var. botrytis) et le brocoli (Brassica oleracea var. italica). Ils doivent être vus comme un complément, et non comme des substituts permanents des feuilles et des fleurs. En raison de leur forte teneur en eau et, pour les fruits, en sucres, il vaut mieux les donner en petites quantités et retirer les restes avant qu’ils ne fermentent ou ne développent des micro-organismes.
Pas d’insectes. Contrairement à presque toutes les fourmis que nous vendons, les coupeuses n’ont pas besoin de protéines animales : leur nourriture, c’est le champignon. Les sucres dont profitent les ouvrières leur viennent surtout des sucs des feuilles et des fruits.
Du nectar, seulement de temps en temps. Ce n’est pas nécessaire. Si vous le souhaitez, vous pouvez offrir un peu de nectar ou de liquide sucré de façon très occasionnelle, en complément, environ tous les 15 jours. Toujours dans un abreuvoir, jamais sur du coton, qui moisit et gâte le liquide très vite, en retirant ce qui reste. N’en faites pas une routine : la base, ce sont les feuilles.
Eau, facultative. Vous pouvez mettre un abreuvoir ou un tube à essai avec de l’eau et du coton dans l’aire de fourragement, mais ce n’est pas nécessaire : d’après notre expérience, elles tirent beaucoup d’eau du champignon lui-même et de l’humidité qui s’évapore dans l’installation, en plus de celle des feuilles fraîches. En revanche, laisser le champignon se déshydrater est une erreur grave (voir « Humidité, ventilation et drainage »).
Plantes documentées dans la nature et en laboratoire. Dans le désert de Sonora, elle utilise le palo verde, le bois de fer, le mesquite, l’acacia griffe-de-chat et le créosotier, ainsi que des plantes annuelles de saison (voir « Des coupeuses en équipe de nuit »). En laboratoire, elle a préféré le rosier, Trema micrantha, Styrax glabrescens et la flor de mayo (Palicourea padifolia), dont les extraits ont favorisé la croissance du champignon, et elle a beaucoup moins choisi le platane du Mexique et le néflier du Japon (voir « Dégustatrices de feuilles »). Inutile de se procurer ces plantes pour bien élever la colonie : elles servent à comprendre à quel point son régime naturel est diversifié.
Sécurité des plantes
Toute plante destinée à la colonie doit être totalement exempte de pesticides, d’acaricides, d’herbicides et de fongicides. Nous n’utiliserions jamais de fleurs coupées de fleuriste ni de feuilles de plantes d’ornement fraîchement achetées.
- Laver une feuille ne garantit pas son innocuité. De nombreux produits phytosanitaires sont systémiques et restent à l’intérieur des tissus.
- Les fourmis ne sont pas un contrôle qualité. Elles peuvent rejeter certaines ressources, mais leur capacité de sélection ne remplace pas notre propre contrôle. Une plante qu’elles coupent ne doit pas non plus être considérée automatiquement comme inoffensive pour le champignon : un fongicide peut abîmer le jardin des heures avant qu’elles ne réagissent (voir « Le champignon donne l’alerte : le rejet différé »).
- La nouveauté, petit à petit. C’est pourquoi il vaut toujours la peine d’introduire d’abord les nouveaux aliments en petites quantités, et d’observer le champignon les jours suivants.
- Examinez les feuilles. Celles du jardin peuvent apporter de petits locataires, comme des araignées rouges ou des pucerons : secouez-les et jetez-y un coup d’œil avant de les donner.
Diapause
Atta mexicana n’a pas besoin de diapause froide en captivité. Même les populations septentrionales, qui supportent des hivers relativement frais, gardent leur champignon dans des chambres profondes où la température est fortement amortie, et en Arizona elles continuent de fourrager de jour en plein hiver.
Nous ne refroidirions pas délibérément le Fungarium pendant l’hiver européen. Nous maintiendrions à peu près les mêmes conditions de culture toute l’année, en laissant de petites variations naturelles. La colonie peut modifier son rythme de fourragement ou de croissance, mais elle n’a pas besoin d’une période froide comme celle d’une espèce de climat tempéré.
Croissance et agrandissements
Une colonie d’Atta mexicana peut passer de quelques centaines d’individus à une société énorme, et son système modulaire doit être conçu dès le départ en vue de l’expansion.
- Plus de champignon, plus de modules. Quand le jardin remplit la chambre, retirez un capuchon puis, plus tard, branchez une nouvelle chambre de culture. Les fourmis répartissent le champignon d’elles-mêmes.
- Des connexions larges. Une connexion qui semble suffisante pour une mini-colonie peut devenir trop petite quand des dizaines de milliers d’ouvrières essaient de transporter des feuilles en même temps.
- Plus de fourragement et plus de dépotoir. À mesure que la colonie grandit, la quantité de feuilles dont elle a besoin et les déchets qu’elle produit augmentent aussi.
- Vérification régulière. Tous les couvercles, tubes et raccords doivent être vérifiés régulièrement.
Comportement en captivité
Des autoroutes de feuilles. Le plus frappant, c’est de voir comment une nouvelle plante se transforme en quelques heures en un flot continu d’ouvrières chargées de morceaux de feuilles, souvent plus grands qu’elles, en route vers le jardin (voir « Un milligramme pour faire le tour du monde »).
Équipes de nuit. En été, ne soyez pas surpris de voir plus d’activité la nuit que le jour : dans le désert, elles fourragent surtout de nuit à cette période.
Chacune son travail. Les minims dans le champignon, les moyennes sur les pistes, les majors qui patrouillent et défendent, et les éboueuses à la décharge, à l’écart des autres (voir « Des minims aux soldats : à chaque taille son métier »).
Observer sans crainte. Chez Antomas, nous pensons que les fourmis sont faites pour être appréciées, observées et pour apprendre d’elles, pas pour être cachées. Il suffit de les observer avec délicatesse, en intervenant et en les stressant le moins possible. Le jardin se voit à travers les parois de la chambre, sans avoir besoin de l’ouvrir.
Signes que tout va bien : un champignon humide, spongieux et en croissance ; des ouvrières qui coupent et transportent des feuilles ; et du vieux champignon qui sort régulièrement vers le dépotoir.
Signaux d’alarme :
- Le champignon rétrécit, se dessèche ou forme des croûtes : il manque d’humidité.
- Des gouttes qui tombent sans cesse ou des flaques au fond : trop d’eau ou pas assez de ventilation (voir « Humidité, ventilation et drainage »).
- Elles cessent soudain de couper une plante qu’elles acceptaient : retirez-la (voir « Le champignon donne l’alerte : le rejet différé »).
- Le champignon cesse de croître ou s’assombrit sur de grandes zones, et la colonie l’abandonne : vérifiez les dernières plantes que vous leur avez données, la température et l’humidité.
- Les ouvrières s’entassent hors du champignon, faute de place à l’intérieur : il est temps d’agrandir.
Évasions et barrières
Une grande colonie compte des milliers d’éclaireuses, les majors sont très fortes et les minims passent par des fentes minuscules. De plus, d’après notre expérience, elles grimpent sur les surfaces lisses. Chez Antomas, nous recommandons :
- Une bande d’huile minérale en haut des parois de l’aire de fourragement, fine et continue. D’après notre expérience, elle fonctionne plutôt bien comme barrière. Renouvelez-la quand elle accumule de la poussière ou des débris.
- Des couvercles bien ajustés sur tous les modules, et fermés tant que vous ne travaillez pas.
- Vérifier les tubes et les raccords régulièrement, surtout après chaque agrandissement.
- Des aérations à maille fine, qui laisse passer l’air, mais pas les minims.
- Rien qui puisse servir de pont : ni feuilles ni branches appuyées près de la barrière.
- Les portes rotatives du Fungarium permettent d’isoler un module pendant que vous le nettoyez ou l’agrandissez.
Manipulation et sécurité
Les grandes majors méritent un avertissement particulier. Leurs mandibules sont actionnées par une musculature énorme à l’intérieur de la tête et peuvent exercer une force considérable. D’après l’expérience d’Antomas, les grands soldats peuvent faire des coupures capables de traverser la peau et de faire saigner. Il ne faut pas les saisir avec les doigts ni les manipuler directement : une major qui parvient à bien planter ses mandibules dans la peau peut provoquer une blessure bien plus importante que ce qu’on attendrait d’une fourmi sans aiguillon.
Pour travailler avec de grandes colonies, utilisez des pinces et une installation qui permet de nourrir, nettoyer et agrandir sans mettre les mains au milieu des ouvrières. Ne réunissez pas de reines ni de colonies différentes, et ne mélangez pas leurs champignons de façon systématique. C’est une espèce exotique et, dans son aire naturelle, un ravageur agricole : en aucun cas elle ne doit être relâchée.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Vaporiser de l’eau sur le champignon, ou laisser des flaques pendant des jours dans la chambre de culture.
- Laisser le champignon se dessécher.
- Donner des feuilles de fleuriste, de pépinière, de plantes d’ornement fraîchement achetées ou de toute plante traitée.
- Baser le régime sur une seule plante.
- Faire du nectar une routine : un peu tous les 15 jours, tout au plus, suffit.
- Insister avec une plante qu’elles ont cessé de couper.
- Garder la reine ou le champignon au-dessus de 30 °C de façon continue : la reine peut devenir stérile. Pas de soleil direct non plus.
- Ouvrir, démonter ou fragmenter le jardin pour en voir l’intérieur.
- Mélanger les fourmis du tube de renfort avec celles de la colonie : il faut les retirer avant d’utiliser ce champignon.
- Réunir des reines, qui s’entretuent, ou réunir des colonies différentes.
- Mélanger systématiquement des champignons de colonies différentes.
- Négliger la barrière d’huile ou laisser des fentes : elles grimpent sur les surfaces lisses.
- Placer le dépotoir dans la chambre du champignon, ou le changer de place sans cesse.
- Confondre le champignon usé qui sort vers le dépotoir avec une maladie.
- Lui imposer une diapause froide.
- Manquer de place : ne pas agrandir à temps.
- Saisir les majors avec les doigts.
Sources scientifiques
Cette fiche d’élevage repose sur la littérature scientifique consacrée à Atta mexicana et aux fourmis coupeuses de feuilles, en particulier sur les recensements de terrain d’A. C. Mintzer dans l’Organ Pipe Cactus National Monument (Arizona), publiés dans Park Science en 2018 (accès libre), et sur l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :
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- Dificultad
- Expérimenté
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