Acromyrmex octospinosus | Fourmi coupeuse | Antomas
Acromyrmex octospinosus | Fourmi coupeuse | Antomas

Acromyrmex octospinosus - Fourmi coupeuse de feuilles

189,99 €
TTC

Agricultrices de la forêt tropicale depuis près de sept millions d’années. Acromyrmex octospinosus ne mange pas les feuilles qu’elle coupe : elle s’en sert pour cultiver un champignon dont vit toute la colonie, et le défend grâce à des bactéries productrices d’antifongiques qu’elle porte sur son propre corps. Des autoroutes d’ouvrières chargées de feuilles et de fleurs, des ouvrières de toutes les tailles et des reines qui s’accouplent avec jusqu’à dix mâles : un empire agricole sous vos yeux. Colonies avec reine. Livraison dans toute l’Europe, arrivée vivante garantie.

Colonie

 

Difficulté : 3/5 – Avancé

Fourmi coupeuse de feuilles néotropicale qui ne mange pas de feuilles : elle s’en sert pour cultiver un champignon, qu’elle protège grâce à des bactéries productrices d’antifongiques. Une fois la colonie fondée, elle est assez facile à maintenir, à condition de comprendre que l’on s’occupe d’un champignon vivant. Colonies avec reine, déjà fondées. Kit Fungarium d’Anthouse, champignon à 24–28 °C (idéalement 24–26 °C) et 80–90 % d’humidité sans flaques, bonne ventilation, dépotoir séparé, et feuilles, fleurs et fruits frais sans pesticides. Pas de diapause. Elle grimpe : barrière à l’huile minérale.

Acromyrmex octospinosus (Reich, 1793) est une fourmi coupeuse de feuilles néotropicale présente du Mexique et de l’Amérique centrale jusqu’à une grande partie du nord de l’Amérique du Sud et à plusieurs îles des Caraïbes. On la trouve dans les forêts humides, les forêts secondaires, les milieux ouverts et les zones agricoles, et elle a été étudiée en détail dans des endroits comme le Panama et Trinidad. C’est l’une des fourmis coupeuses de feuilles les plus étudiées au monde : une grande partie de ce que nous savons sur les bactéries protectrices de ces fourmis, leur chimie défensive ou l’accouplement de leurs reines a été étudiée chez elle.

Son nom commun dit presque tout, mais avec une nuance importante : elle ne mange pas les feuilles qu’elle coupe. Elle s’en sert pour cultiver un champignon dont vit toute la colonie. C’est de l’agriculture, avec son engrais, ses ravageurs, ses antibiotiques et même sa gestion des déchets, et dans cette fiche vous allez voir à quel point elle est sophistiquée. Comme toujours, nous séparons ce qui est documenté par la science, ce que racontent d’autres éleveurs et ce que nous avons appris en l’élevant chez Antomas.

Biologie

Une espèce, six noms : la révision de 2025

Reich l’a décrite en 1793, à partir de spécimens de Guyane française, sous le nom de Formica octospinosa, « la fourmi à huit épines ». Plus de deux siècles plus tard, sa taxonomie a profondément changé.

Au cours du XXe siècle, plusieurs espèces et sous-espèces très proches ont été décrites. En 2025, Daniela Mera-Rodríguez, Hermógenes Fernández-Marín et Christian Rabeling ont publié dans Systematic Entomology une révision qui combinait morphologie, génétique des populations, phylogénie et biogéographie, avec des échantillons de toute son aire et des fragments d’ADN répartis dans tout le génome. Leur conclusion : l’ancien « complexe A. octospinosus » était bien plus fragmenté que ne le justifiaient les données génétiques, et il ne contient en réalité que deux espèces : A. octospinosus, très répandue et très variable, et son parasite social, A. insinuator (voir « Le squatteur qui ressemble à son propriétaire »).

Du coup, cinq noms deviennent des synonymes d’A. octospinosus :

  • Acromyrmex echinatior (Forel), la coupeuse du Panama, vedette de dizaines d’études ;
  • Acromyrmex volcanus Wheeler ;
  • et les sous-espèces A. octospinosus cubanus, A. o. ekchuah et A. o. inti, toutes trois décrites par Wheeler.

C’est pourquoi les anciennes fiches de nombreuses boutiques parlent encore de sous-espèces. Et c’est pourquoi cette révision compte aussi pour interpréter sa biologie : des comportements et des structures sociales publiés sous le nom d’A. echinatior font désormais partie de la variabilité connue d’A. octospinosus. Nous les incluons dans cette fiche, en vous indiquant toujours de quelles populations ils proviennent.

Un débat ouvert. La synonymie ne fait pas l’unanimité. En 2026, une équipe forte de près de 25 ans de terrain au Panama a publié une analyse de génomique des populations qui continue de traiter A. echinatior et A. octospinosus comme des espèces distinctes : selon leurs données, les deux y sont complètement séparées. C’est un preprint, un travail pas encore évalué par les pairs, mais il montre que le dernier mot n’est pas dit. Chez Antomas, nous suivons la révision de 2025, qui est celle qui a été publiée.

Près de sept millions d’années d’histoire. La même révision a reconstitué son passé : A. octospinosus est apparue à la fin du Miocène, il y a environ 6,9 millions d’années, dans la forêt humide néotropicale, et son parasite A. insinuator s’en est séparé il y a environ 3,4 millions d’années. Et en 2025 son génome a aussi été publié, assemblé à l’échelle des chromosomes : 19 chromosomes, environ 320 millions de paires de bases et 12 123 gènes annotés. C’est un nouvel outil pour étudier l’évolution de toutes les fourmis champignonnistes.

Elles ne mangent pas de feuilles : elles cultivent un champignon

La colonie ne se nourrit pas directement des feuilles qu’elle coupe. Les ouvrières récoltent des feuilles, des fleurs, des pétales, des tiges tendres et d’autres tissus végétaux pour s’en servir comme substrat de culture d’un champignon symbiotique, traditionnellement identifié comme Leucoagaricus gongylophorus (dans certains travaux, Leucocoprinus gongylophorus). Le champignon pousse sur ce substrat végétal et produit, à l’extrémité de ses filaments, de petits renflements riches en nutriments qui constituent la nourriture de la colonie.

Le matériel végétal subit une préparation très élaborée. Les ouvrières le coupent, le lèchent, le raclent, le perforent, le mâchent et le réduisent peu à peu avant de l’incorporer au jardin. Les plus petites ouvrières se chargent ensuite de préparer les particules les plus fines et de les placer exactement là où le champignon pousse.

Pendant ce travail, les fourmis se nourrissent aussi directement. En coupant et en manipulant les tissus végétaux, elles peuvent ingérer une partie de la sève et des liquides libérés par les feuilles, tandis que le champignon est une source essentielle de nutriments pour la colonie et, surtout, pour le développement des larves. Et elles en tirent le meilleur parti : les glandes labiales des ouvrières d’A. octospinosus produisent des enzymes capables de digérer la chitine, le matériau des parois cellulaires des champignons.

Le résultat est un jardin d’aspect spongieux, plein de galeries, où vivent la reine, le couvain et une bonne partie des ouvrières. En prendre soin, c’est au fond tout l’art d’élever cette espèce.

Les incroyables fourmis coupeuses de feuilles, dans une vidéo d’Anthouse (en espagnol).

Le champignon doit survivre, dans une vidéo d’Anthouse (en espagnol).

Des milliers d’ouvrières de toutes les tailles

La division du travail est très marquée. Les grandes ouvrières participent plus souvent à la coupe, au transport, à la défense et à la manipulation initiale des feuilles ; celles de taille intermédiaire transforment le matériel et accomplissent d’autres tâches à l’intérieur du nid ; et les minors, les plus petites, peuvent se glisser dans la structure tridimensionnelle du jardin et jouent un rôle particulièrement important dans les soins au champignon, aux œufs et aux larves.

Une étude en laboratoire sur A. octospinosus l’a chiffré. En prenant comme limite une largeur de tête de 2 mm, les petites ouvrières s’occupaient surtout du couvain et du jardin, et les grandes, des fragments fraîchement coupés. Mais la répartition est souple : quand il n’y avait pas de feuilles à traiter, les différences de tâches entre tailles s’estompaient. Les fourrageuses ajustent en outre le poids de la charge qu’elles choisissent à la pente du chemin. C’est ce qui rend cette espèce si passionnante à observer : le travail s’adapte à tout moment aux besoins de la colonie.

Il n’existe pas, en revanche, de caste de soldats nettement séparée comme chez de nombreuses espèces d’Atta. Chez Acromyrmex, on trouve surtout un continuum de tailles et de spécialisations des ouvrières.

Combien sont-elles ? Les colonies peuvent atteindre plusieurs milliers d’individus. L’étude de terrain de référence est celle de T. Lewis, publiée en 1975, dans des plantations d’agrumes, de cacao et d’hévéas de Trinidad : le plus grand nid contenait environ 14 000 individus, et une colonie moyenne ou grande produisait quelque 200–300 sexués, reines et mâles, par an. Ce chiffre ne doit pas être compris comme un maximum absolu pour l’espèce, mais il montre que les colonies matures peuvent largement dépasser les dix mille individus. Lewis a aussi observé que les nids atteignent leur taille maximale, avec jusqu’à 17 trous d’entrée, environ trois ans après la fondation.

Il existe un recensement plus ancien, et curieux. En 1937, le grand myrmécologue William M. Wheeler a consacré un chapitre de son livre sur les mosaïques (des fourmis présentant des caractères femelles et mâles sur le même corps) et autres anomalies à une seule colonie d’A. octospinosus de Trinidad : parmi plus de 8 000 individus normaux, il en a trouvé 163 anormaux. Les éleveurs parlent de colonies pouvant atteindre environ 20 000 fourmis. Et ce sont des colonies qui vivent longtemps : Neal Weber, l’un des pionniers de l’étude des fourmis coupeuses de feuilles, a publié en 1977 le suivi d’une colonie d’A. octospinosus qu’il avait maintenue dix ans au laboratoire.

Une agriculture de haute précision

Maintenir A. octospinosus, c’est maintenir bien plus qu’une colonie de fourmis. La survie de la société dépend de tout un micro-écosystème agricole formé par les fourmis, leur champignon cultivé et divers micro-organismes associés.

Le jardin peut subir les attaques de champignons spécialisés comme Escovopsis, un champignon parasite très spécialisé qui, à notre connaissance, ne vit que dans les jardins des fourmis champignonnistes et se nourrit de leur culture. Au Panama, on l’a trouvé dans environ un quart des jardins étudiés. Pour le combattre, les fourmis nettoient leur culture en permanence : elles éliminent les fragments altérés, se toilettent entre elles, nettoient les particules avant de les incorporer et utilisent des sécrétions antimicrobiennes.

L’arme chimique du parasite. Escovopsis weberi peut venir à bout du champignon cultivé sans même le toucher, et en 2018 une équipe allemande a cherché à savoir pourquoi. Elle a trouvé plusieurs substances : deux d’entre elles, l’émodine et la cycloarthropsone, freinaient fortement la croissance du champignon des fourmis, et l’émodine s’attaquait en plus aux bactéries protectrices des fourmis, dont nous parlons plus bas.

Un parasite moins redoutable qu’il n’y paraissait. Les revues les plus récentes nuancent sa réputation : dans des colonies complètes, avec reine et ouvrières, Escovopsis se révèle peu virulent et se comporte plutôt en opportuniste. Dans des expériences menées sur des colonies de fourmis coupeuses de feuilles, ces champignons causaient peu de dégâts dans les colonies avec reine, davantage dans les colonies orphelines et bien plus dans les jardins sans fourmis. La leçon pour l’éleveur est claire : ce qui protège le jardin, c’est une colonie complète et active, avec assez d’ouvrières pour s’en occuper. Un jardin sans fourmis, ou avec très peu, reste sans défense.

Le jardin n’est donc pas une masse passive qui se contente de recevoir des feuilles : c’est une culture soumise à sélection, nettoyage, taille, fertilisation, contrôle microbien et élimination constante des déchets.

Des fourmis avec leur propre pharmacie

Si vous regardez de près certaines ouvrières d’A. octospinosus, vous verrez peut-être sur l’avant du thorax une sorte de poudre blanchâtre. Ce n’est ni de la moisissure ni de la saleté : c’est une couche de bactéries que les fourmis cultivent sur leur propre corps.

Ce sont des actinobactéries du genre Pseudonocardia, parentes des bactéries dont la médecine a tiré bon nombre de ses antibiotiques. En 1999, Cameron Currie et ses collègues ont démontré dans Nature que les fourmis champignonnistes utilisent des bactéries productrices d’antibiotiques pour freiner Escovopsis. En 2006, on a découvert qu’elles ne les portent pas par hasard : les bactéries vivent dans des cryptes de la cuticule, alimentées par des glandes spéciales, que seules possèdent les fourmis champignonnistes. C’est le signe d’une alliance très ancienne entre fourmis, champignon, parasite et bactéries.

Une pharmacie bien fournie. Dans des colonies d’A. octospinosus, on a isolé une Pseudonocardia qui produit un antifongique peu commun, proche de la nystatine, et des bactéries du genre Streptomyces qui fabriquent de la candicidine, un antifongique qui a été utilisé en médecine. Un seul Streptomyces de cette fourmi peut produire plusieurs antifongiques à la fois. Selon les auteurs, les fourmis combinent deux stratégies : elles héritent de leurs Pseudonocardia de génération en génération et « recrutent » en plus dans leur environnement des bactéries utiles.

Un métier à part. Toutes les ouvrières ne portent pas la même quantité de bactéries. Chez A. octospinosus, celles qui ont une couche dense de Pseudonocardia préfèrent le fond du nid, ne sortent jamais vers la zone de nourriture ni vers le dépotoir, passent plus de temps à toiletter le champignon et sont davantage toilettées par leurs compagnes. Autrement dit, il existe des ouvrières spécialisées dans la « pharmacie » du jardin. Les grandes ouvrières ne naissent pas avec cette couche : elles l’acquièrent dans la colonie après être sorties de la nymphe, et l’entretenir a un coût : une ouvrière porteuse de bactéries respire 10–20 % de plus et consomme davantage de champignon. Chaque colonie cultive en outre une seule souche de bactérie, identique chez toutes ses ouvrières.

Elles protègent aussi les fourmis. Chez sept espèces d’Acromyrmex, la couche de Pseudonocardia a aidé les ouvrières elles-mêmes à résister à Metarhizium, un champignon qui tue les insectes.

Un désinfectant intégré. En plus de leurs bactéries, les fourmis possèdent à l’arrière du thorax, de chaque côté, une glande métapleurale qui sécrète un cocktail antimicrobien. Pendant des années, on ne lui connaissait que deux composants chez cette espèce : l’acide indolacétique et la myrmicacine. En 2000, 20 nouveaux composés ont été identifiés chez A. octospinosus : des acides à chaîne courte et longue, des alcools, des lactones et des cétoacides. Et c’est là qu’apparaît l’une de ses grandes différences avec Atta : A. octospinosus ne produit pas d’acide phénylacétique, le grand antimicrobien de la sécrétion métapleurale des Atta.

Produire ce désinfectant coûte cher. Dans des expériences sur de grandes ouvrières de fourmis coupeuses de feuilles, l’obturation de la glande faisait nettement baisser leur respiration ; et, sans glande, une infection par Metarhizium les tuait en quelques jours, alors qu’avec la glande en fonctionnement elle était presque inoffensive. Les fourmis coupeuses ajustent en outre la quantité de sécrétion à la dangerosité du champignon qui les attaque, comme s’il s’agissait d’un système immunitaire externe.

La clé d’Acromyrmex. Bactéries et chimie coexistent chez toutes les fourmis coupeuses de feuilles, mais avec des poids très différents. Les Atta, avec leurs colonies de millions d’ouvrières, ont largement abandonné leur dépendance aux bactéries et misent surtout sur l’acide phénylacétique de leurs glandes. Chez Acromyrmex, au contraire, la couche visible de bactéries reste une pièce maîtresse de la défense. Alors, si vous voyez des ouvrières « saupoudrées » de blanc, ne vous inquiétez pas : c’est la pharmacie de la colonie qui fonctionne.

Elles goûtent avant de cultiver : plantes toxiques, pesticides et apprentissage

Les fourmis coupeuses de feuilles ont une capacité extraordinaire à sélectionner le matériel qui mérite d’être incorporé à leur culture. Cela ne signifie pas qu’elles résistent aux pesticides.

En fait, différents extraits végétaux se sont révélés toxiques pour A. octospinosus. En Guadeloupe, où elle est un ravageur (voir « La fourmi-manioc : la coupeuse qui a conquis la Guadeloupe »), on a testé sur de grandes ouvrières des extraits de plantes de la médecine traditionnelle caribéenne. Ceux de Mammea americana, l’abricotier des Antilles, et de Nicotiana tabacum, le tabac, se sont montrés toxiques par contact et par ingestion, et ceux de Nerium oleander, le laurier-rose, par ingestion et avec un effet retardé. Le laurier-rose est un arbuste ornemental très courant en Espagne et dans le reste du sud de l’Europe : ne l’utilisez jamais pour les nourrir.

La colonie dispose cependant de plusieurs filtres comportementaux. Les fourrageuses inspectent le matériel avant de le récolter ; ensuite, d’autres ouvrières le lèchent, le coupent, le raclent et le mâchent avant de l’incorporer au jardin. Les fourmis peuvent en outre apprendre à rejeter certaines substances après une mauvaise expérience. Lors d’une expérience avec A. octospinosus, les ouvrières ont appris en seulement deux jours à éviter un substrat pour le champignon traité avec de la shearinine L, l’un des composés fabriqués par Escovopsis, alors même que cette substance ne freine pas la croissance du champignon sur une boîte de Petri.

En captivité, cela produit une situation qui peut être trompeuse : face à certaines plantes contaminées, des ouvrières peuvent être touchées avant que l’on observe des dégâts évidents sur le jardin. C’est logique : ce sont les fourmis qui manipulent, goûtent et transforment physiquement la plante en premier, avant de l’incorporer au champignon. Cela ne veut pas dire que le champignon est immunisé contre le produit ; cela veut simplement dire que les ouvrières peuvent subir la première exposition.

D’après l’expérience d’Antomas, c’est précisément ce qui peut arriver : on commence à voir de la mortalité ou des comportements anormaux chez les ouvrières alors que le jardin a encore un aspect apparemment normal. C’est pourquoi il ne faut jamais utiliser de plantes provenant d’un endroit dont on ne connaît pas les traitements. Laver une feuille ne règle pas forcément le problème non plus : beaucoup d’insecticides, d’acaricides et de fongicides modernes sont systémiques, c’est-à-dire qu’ils pénètrent dans la plante et restent dans ses tissus.

Et une précision pratique : puisqu’elles apprennent de leurs mauvaises expériences, il est logique qu’une colonie refuse pendant un temps une plante qui ne lui a pas réussi. Ne vous inquiétez pas si une nouvelle feuille n’a pas de succès au début ; essayez-en une autre et réessayez plus tard.

Phéromones, odeur coloniale et vibrations

Organiser des milliers d’ouvrières autour d’une seule culture exige un système de communication très complexe.

Quand une fourrageuse trouve une source végétale intéressante, elle peut renforcer chimiquement le chemin du retour au nid grâce à des phéromones de piste ; celle d’A. octospinosus a été identifiée dès 1982. D’autres ouvrières détectent le signal et augmentent peu à peu le trafic vers la ressource. Pourtant, la colonie ne dépend pas seulement d’une simple route chimique.

On est ce que l’on mange. La reconnaissance des compagnes de colonie dépend aussi de l’environnement. Des expériences sur A. octospinosus ont montré que des colonies nourries avec des plantes différentes pouvaient modifier peu à peu leur odeur coloniale et devenir plus agressives entre elles. Le régime alimentaire fait donc partie de la « signature chimique » de la colonie.

De bouche à bouche. Il existe aussi un échange de nourriture liquide par trophallaxie. Dans une étude sur A. octospinosus et sa parente A. subterraneus, plus de 62 % des fourrageuses qui revenaient avec de la nourriture liquide l’ont ensuite partagée avec une autre ouvrière. Fait curieux, les auteurs ont conclu que la trophallaxie sert à répartir la nourriture, mais ne semble pas essentielle à la diffusion de l’odeur coloniale. L’information et les nutriments circulent en permanence dans toute la société.

Vibrations. Acromyrmex dispose aussi d’un appareil stridulatoire, capable de produire des vibrations par le frottement de structures du postpétiole et du gastre. Il ne faut pas imaginer ces signaux comme un simple son audible semblable à celui d’un grillon : pour les fourmis, c’est surtout la vibration transmise par le substrat qui compte. Chez les fourmis coupeuses de feuilles, on connaît des signaux vibratoires liés à la communication, à l’alarme et au fourragement, mais la fonction exacte de chaque motif est bien mieux étudiée chez certaines Atta que chez A. octospinosus. C’est pourquoi nous n’attribuons pas à chaque stridulation une signification précise qui n’a pas été démontrée. L’important, c’est que la communication de ces fourmis ne se limite pas à l’odeur et au contact : elle a aussi une dimension vibratoire.

Les reines de combat : des princesses devenues guerrières

L’une des curiosités les plus intéressantes de ces fourmis, ce sont celles que nous appelons de façon informelle, chez Antomas, les « reines de combat ».

En 2012, Volker Nehring, Jacobus J. Boomsma et Patrizia d’Ettorre ont publié dans Current Biology une étude sur des fourmis coupeuses du genre Acromyrmex du Panama, où cohabitent des populations d’A. octospinosus et de l’ancienne A. echinatior. Ils ont découvert que certaines jeunes reines vierges qui perdent leurs ailes sans s’accoupler ne meurent pas et ne sont pas dévorées : elles restent dans leur colonie natale et, au lieu de se comporter jusqu’à la fin de leur vie en reproductrices inactives, changent de rôle et se mettent à travailler comme des ouvrières.

Selon l’étude, ces femelles vierges sans ailes :

  • s’occupent du couvain ;
  • participent à l’entretien et à la construction du nid ;
  • et défendent la colonie contre les intrus, avec une réaction défensive beaucoup plus forte face à l’odeur d’autres colonies.

Et elles ne coûtent pas cher : elles vivent en grande partie des réserves de leurs muscles de vol, dont elles n’ont plus besoin. C’est de là que vient notre nom informel de reines de combat. Ce n’est pas un phénomène propre à ces fourmis : un commentaire publié la même année rappelait qu’on l’avait déjà observé chez deux autres espèces d’Acromyrmex et chez une Messor américaine.

Il ne faut pas les confondre avec des reines fécondées. Une grande femelle sans ailes qui circule dans une colonie mature peut tout simplement être une reine vierge qui a manqué sa chance de se reproduire et qui contribue au fonctionnement de sa colonie natale.

Une reine, jusqu’à dix pères

La structure reproductive de l’espèce est elle aussi plus variée qu’on ne le pensait.

Des reines très polyandres. Les reines d’A. octospinosus s’accouplent avec plusieurs mâles pendant le vol nuptial. Au Panama, on a estimé que chaque reine s’accouple avec au moins 4–10 mâles, si bien qu’une bonne partie des ouvrières d’une colonie sont demi-sœurs, avec un apparentement moyen de seulement 0,33, contre 0,75 entre sœurs complètes. Ce fut l’un des premiers cas chez les fourmis où l’accouplement multiple fait baisser l’apparentement aussi nettement sous 0,5. Et avec une surprise : A. octospinosus s’accouple avec plus de mâles qu’Atta colombica, qui vit dans la même zone et forme des colonies bien plus grandes. Pourquoi autant de pères ? L’une des explications les plus avancées est la diversité génétique : une colonie aux nombreux pères a des ouvrières plus variées, ce qui pourrait l’aider face aux parasites et aux maladies.

Parfois, plus d’une reine. Depuis la révision de 2025, il n’est plus correct de décrire A. octospinosus dans toute son aire comme strictement monogyne, c’est-à-dire avec une seule reine. Les populations du Panama autrefois appelées A. echinatior comprennent des colonies facultativement polygynes : certaines ont une reine, d’autres plusieurs. Là-bas, les reines s’accouplent en moyenne avec environ 2,5 mâles, et 12 des 13 reines étudiées l’avaient fait avec plusieurs. Dans ces populations, plusieurs reines non apparentées peuvent même fonder une colonie ensemble, alors que dans les populations classiques d’A. octospinosus les colonies sont fondées par une seule reine.

Cela ne veut pas dire que l’on puisse mélanger librement des reines de colonies différentes. Si une colonie d’Antomas arrive avec plusieurs reproductrices, elle peut rester ainsi. Mais polygynie naturelle ne veut pas dire acceptation automatique d’une reine étrangère ajoutée après coup.

Le squatteur qui ressemble à son propriétaire

Peu de fourmis ont un parasite « sur mesure ». A. octospinosus, si : Acromyrmex insinuator, une fourmi décrite en 1998 au Panama qui vit en inquiline dans ses colonies. Elle ne tue pas la reine de la colonie : elle cohabite avec elle et profite du travail de ses ouvrières.

C’est un parasite très « jeune », et cela se voit. Il ressemble beaucoup à son hôte, bien qu’un peu plus petit, et c’est son plus proche parent, comme le prédit la règle d’Emery, selon laquelle les parasites sociaux sont généralement apparentés à leurs hôtes. Il a perdu la caste des grandes ouvrières, mais conserve de petites ouvrières, qui ne sont pas là pour décorer : elles aident à freiner la reproduction de la reine hôte et favorisent l’élevage, par la colonie, des reines et des mâles du parasite. Ses reines, en outre, sont revenues à un accouplement avec un seul mâle, alors que celles de son hôte s’accouplent avec beaucoup.

La révision de 2025 a estimé qu’il s’est séparé d’A. octospinosus il y a environ 3,4 millions d’années, dans la même zone que son hôte et sans barrière géographique entre eux. Le preprint de 2026 ajoute un détail : au Panama, A. insinuator parasite surtout les colonies de l’ancienne A. echinatior et, moins souvent, celles d’A. octospinosus au sens classique. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces fourmis sont devenues un modèle pour étudier l’évolution du parasitisme social.

Fonder une colonie : un pari de vie ou de mort

À La Selva, au Costa Rica, le 17 mars 1993, en pleine saison sèche, de nombreux ailés d’A. octospinosus, surtout des reines, sont apparus à six heures du matin, ce qui suggère un vol nuptial avant l’aube. Dans les plantations de Trinidad, les monticules des nouveaux nids apparaissaient toute l’année, mais surtout 4 à 10 mois après les principaux vols.

La fondation d’A. octospinosus est semi-claustrale : dans les premiers temps, la reine sort de son abri pour récolter de petits fragments végétaux afin de nourrir son premier jardin. Elle commence la colonie avec un petit morceau de champignon qu’elle emporte de sa colonie natale dans sa poche infrabuccale, une cavité de la bouche. Cette petite culture devient la base de tout le futur jardin.

Pendant la fondation, la reine adopte en outre des comportements d’hygiène très élaborés. Au Panama, on l’a vue suspendre son petit jardin à des radicelles, loin du sol de la chambre, et, avant de toucher le champignon, se frotter la patte avant sur la glande métapleurale, la passer dans sa bouche puis lécher le substrat de la culture. Autrement dit, elle se désinfecte les mains avant de travailler. Une étude ultérieure a montré que les jardins suspendus s’infectent moins que ceux qui touchent le sol, même si cela n’a pas changé la survie des fondations pendant les huit semaines de l’expérience.

Les premières ouvrières peuvent mettre plusieurs mois à apparaître : sur le terrain, les 3–7 premières ouvrières ont été observées environ 2,7 mois après la fondation. Et c’est une étape très risquée : les nids tout juste fondés mouraient ou étaient abandonnés à un rythme d’environ 50 % par mois. C’est pourquoi il ne faut jamais juger la réussite d’une reine uniquement à la vitesse à laquelle elle produit des ouvrières : la priorité, à ce stade, est de garder le petit jardin stable et sain. Et c’est pourquoi, chez Antomas, nous vendons des colonies déjà fondées, qui ont laissé derrière elles l’étape la plus délicate.

La fourmi-manioc : la coupeuse qui a conquis la Guadeloupe

Dans les Caraïbes, A. octospinosus a été signalée sur des îles comme Cuba, Trinité-et-Tobago ou Carriacou, dans les Grenadines. Mais dans certaines Antilles françaises, c’est une nouvelle venue, et bien connue : la fourmi-manioc. Son histoire en Guadeloupe est bien documentée :

  • 1954 : première détection, à Morne-à-l’Eau, sur l’île de Grande-Terre.
  • Vers 1975 : elle occupe presque toute la Grande-Terre.
  • À partir de 1982 : elle gagne la Basse-Terre, l’autre grande île de l’archipel, et défolie cultures, jardins et forêts. Son avancée ralentit dans la forêt humide, au-dessus d’environ 700 m d’altitude.
  • Vers 2002 : elle atteint Saint-Barthélemy, probablement avec des plants de bois d’Inde (Pimenta racemosa) venus de Guadeloupe.
  • 18 décembre 2019 : des ouvrières sont observées à Grand-Bourg, à Marie-Galante, coupant surtout une petite herbe, Oxalis barrelieri. C’est la troisième île des Petites Antilles où elle est signalée depuis 1954.

Les analyses génétiques indiquent que l’invasion de la Guadeloupe provient probablement de Trinité-et-Tobago ou du nord-est de l’Amérique du Sud. Elle figure aujourd’hui dans la base de données des espèces envahissantes de l’UICN, qui recense ses dégâts sur l’agriculture et les forêts de Guadeloupe, où elle est considérée comme l’un des ravageurs les plus importants. C’est précisément pour cela que les extraits de plantes évoqués plus haut ont été testés contre elle, à la recherche d’alternatives aux insecticides de synthèse.

Chez elle aussi, une coupeuse redoutable. Dans les plantations de Trinidad, Lewis a compté jusqu’à 153 nids par hectare dans une jeune cacaoyère non perturbée, et entre 3 et 36 dans les cultures déjà établies. Dans le cacao fraîchement planté, les fourmis défoliaient et détruisaient entre 6 et 17 % des plants. Et dans les cacaoyères adultes, leurs fourrageuses préféraient les fleurs aux feuilles : elles récoltaient environ 3 000 fleurs par hectare et par jour.

Tout cela délivre un message clair à l’éleveur : c’est une espèce exotique qui, sous un climat tropical, peut devenir un ravageur sérieux. Elle ne doit en aucun cas être relâchée.

Acromyrmex face à Atta : cousines, pas jumelles

Dans le hobby, on parle des « fourmis coupeuses de feuilles » comme si elles étaient toutes pareilles, mais il existe deux grands genres, Acromyrmex et Atta, qui se ressemblent moins qu’il n’y paraît. Chez Antomas, nous proposons aussi Atta mexicana, la fourmi coupeuse de feuilles géante ; voici donc les principales différences :

  • Taille de la colonie. A. octospinosus : de quelques milliers à un peu plus de 10 000 individus dans la nature. Atta : des millions.
  • Castes. Acromyrmex : un continuum de tailles, sans soldats. Atta : un polymorphisme extrême, avec des soldats énormes.
  • Épines. En général, Acromyrmex a quatre paires d’épines sur le thorax et le gastre garni de petits tubercules ; Atta, trois paires et le gastre lisse.
  • Fondation. Acromyrmex : semi-claustrale, la reine sort chercher des feuilles. Atta : claustrale, la reine élève ses premières ouvrières sans sortir.
  • Défense du jardin. Acromyrmex : couche de bactéries visible sur les ouvrières et sécrétion métapleurale sans acide phénylacétique. Atta : bien moins de dépendance aux bactéries et beaucoup d’acide phénylacétique.
  • Accouplement. La reine d’A. octospinosus s’accouple avec plus de mâles que celle d’Atta colombica, sa voisine au Panama.
  • Température. D’après notre expérience, A. octospinosus supporte assez bien la chaleur : en été, dans nos installations, de grandes colonies ont supporté 33–34 °C sans problème, et elles tolèrent aussi bien des températures plus basses. Chez Atta, en revanche, nous avons constaté qu’au-dessus de 30 °C en continu, les reines peuvent devenir stériles.
  • En captivité. Les éleveurs s’accordent à dire qu’Acromyrmex est plus facile : colonies plus petites, moins de place, moins de feuilles et plus de résistance. En revanche, elle apprécie les longs trajets jusqu’à l’aire de fourragement.

Taille et morphologie

Acromyrmex octospinosus présente un polymorphisme ouvrier net, avec des ouvrières de nombreuses tailles, mais moins extrême que celui d’Atta : il y a des ouvrières minimes, petites, moyennes et grandes, mais pas de soldats. La révision taxonomique de 2025 a en outre montré que l’espèce présente une énorme variabilité morphologique à travers son aire.

  • Couleur. Du brun rougeâtre à des tons orangés, rouge sombre ou brun jaunâtre, chez les ouvrières de toutes les tailles.
  • Sculpture. Le corps présente une sculpture très marquée, d’aspect rugueux.
  • Épines. Son trait le plus évident, ce sont les nombreuses épines du mésosome, le thorax, à l’origine du nom octospinosus, « à huit épines ». Elles varient selon les populations : au Costa Rica, par exemple, les épines centrales du pronotum manquent, réduites tout au plus à de petits tubercules, et celles du propodéum sont coniques.
  • Gastre. Garni de petits tubercules, l’un des traits qui la distinguent d’Atta.
  • Mandibules. Celles des grandes ouvrières sont particulièrement développées pour couper les tissus végétaux.
  • Minors. Leur taille leur permet de s’enfoncer profondément dans la trame tridimensionnelle du jardin.
  • Couche blanchâtre. Certaines ouvrières portent une poudre blanche sur l’avant du thorax : ce sont leurs bactéries protectrices, pas de la moisissure (voir « Des fourmis avec leur propre pharmacie »).
  • Pas de soldats géants, contrairement à de nombreuses Atta.
  • Nymphes nues, sans cocon.
  • Reine. Bien plus grande et robuste que les ouvrières, avec le thorax volumineux propre aux reines ailées. Elle perd ses ailes après le vol nuptial.

Mesures approximatives

  • Petites ouvrières : largeur de tête jusqu’à environ 2 mm ; les plus petites ne mesurent que quelques millimètres de long.
  • Grandes ouvrières : largeur de tête de plus de 2 mm, jusqu’à environ 3,2 mm au Costa Rica ; longueur d’environ 7–9 mm (indicatif).
  • Reine : environ 10–13 mm (indicatif).

La science ne mesure pas ces fourmis de la tête au bout du gastre, mais par la largeur de la tête, une mesure plus fiable. Nous n’avons pas trouvé de mesures scientifiques de la longueur totale ; les longueurs sont donc indicatives, et il existe une variation géographique considérable. Méfiez-vous des fiches qui parlent de reines de 17–20 mm ou de colonies de « millions » : ce sont des chiffres d’Atta, pas d’Acromyrmex.

Élevage en captivité

Difficulté : 3/5 – Avancé

Chez Antomas, nous classons Acromyrmex octospinosus en 3/5 – Avancé. Une fois la colonie fondée et dotée d’un jardin stable, c’est en réalité une espèce assez facile à maintenir. Elle ne demande ni soins quotidiens extrêmement complexes ni paramètres impossibles à obtenir, et les éleveurs européens s’accordent à dire qu’elle est nettement plus facile qu’Atta.

La difficulté consiste surtout à comprendre que l’on maintient un champignon vivant. Une colonie stable, avec la bonne température, des plantes sûres, une ventilation suffisante et une zone de déchets séparée, peut se développer avec très peu d’interventions. Voici les points clés :

  • Humidité sans flaques : le champignon a besoin d’humidité, mais pas d’eau libre.
  • Ventilation : jamais de chambre à champignon fermée hermétiquement.
  • Plantes sûres : sans pesticides et jamais d’origine inconnue.
  • Un dépotoir séparé, loin du champignon.
  • De la stabilité, en température comme dans la manipulation.

Et cela en vaut vraiment la peine. Peu de fourmis permettent de voir chez soi un spectacle pareil : des autoroutes d’ouvrières chargées de morceaux de feuilles et de pétales, un jardin qui grandit de jour en jour, des ouvrières de toutes les tailles qui se répartissent le travail et une société qui pratique l’agriculture depuis des millions d’années.

Paramètres recommandés

  • Température du champignon : 24–28 °C, stable, la fourchette sur laquelle s’accordent aussi les éleveurs européens ; l’idéal, d’après notre expérience, est de 24–26 °C. C’est une espèce qui tolère bien plus de chaleur : en été, dans nos installations, de grandes colonies ont supporté 33–34 °C sans problème, et elles tolèrent aussi bien des températures plus basses. C’est une différence importante avec Atta, dont les reines, d’après notre expérience, peuvent devenir stériles au-dessus de 30 °C en continu. Malgré tout, la stabilité compte plus que la chaleur, les températures élevées augmentent l’évaporation et la condensation, et les petites colonies sont plus fragiles : ne les exposez pas à ces extrêmes.
  • Aire de fourragement : à température ambiante, entre 21 et 28 °C.
  • Humidité : 80–90 % dans la chambre à champignon, 40–70 % dans l’aire de fourragement et 30–40 % dans le dépotoir. Mais sans eau libre dans la chambre à champignon (voir « Humidité : le champignon a besoin d’humidité, pas d’eau »).
  • Ventilation : indispensable ; ne fermez jamais hermétiquement la chambre à champignon.
  • Eau : facultative. Elles tirent beaucoup d’eau du champignon lui-même et des feuilles fraîches ; un abreuvoir n’est donc pas nécessaire, même si vous pouvez en placer un, ou un tube à essai avec de l’eau et du coton, dans l’aire de fourragement. Vous pouvez aussi vaporiser les feuilles d’eau avant de les donner.
  • Lumière : un cycle jour–nuit normal. Vous pouvez observer le champignon et la colonie sans problème ; évitez seulement le soleil direct, qui chauffe la fourmilière et déclenche la condensation.
  • Diapause : pas nécessaire (voir « Diapause : pas nécessaire »).
  • Installation : jardin de champignon → aire de fourragement → dépotoir, avec le Kit Fungarium d’Anthouse.

Si vous avez besoin d’un apport de chaleur, n’appliquez pas de chaleur intense directement sur le récipient du champignon. Mieux vaut une pièce chaude et stable ou, si nécessaire, une source de chaleur douce avec thermostat sur un côté.

Humidité : le champignon a besoin d’humidité, pas d’eau

C’est l’un des points les plus importants de toute la fiche. Le champignon a besoin d’une humidité élevée pour bien se développer, mais un jardin humide n’est pas un jardin mouillé.

La masse du champignon contient elle-même énormément d’eau. À mesure que la colonie respire et que le jardin dégage de l’humidité, l’air du récipient peut se saturer. Si les parois ou le couvercle sont un peu plus froids, la vapeur se condense à nouveau. Avec assez de condensation, les gouttes commencent à tomber vers le fond et peuvent finir par former des flaques dans le récipient du champignon.

Cette eau accumulée est dangereuse. D’après l’expérience d’Antomas, un jardin qui reste mouillé ou partiellement inondé peut se dégrader et mourir. Et dans la nature aussi, elles fuient l’engorgement : dans les plantations de Trinidad, les nids se concentraient sur les bords secs des fossés de drainage pendant la saison sèche et étaient déplacés vers des terrains plus secs à la saison des pluies. Les reines fondatrices elles-mêmes suspendent leur premier jardin à des radicelles, loin du sol humide de la chambre.

Il faut donc surveiller non seulement l’humidité de l’air, mais surtout la présence d’eau liquide libre. Si une flaque commence à se former, il faut agir :

  • Évacuer physiquement l’eau accumulée, ou la retirer avec précaution si la conception du récipient le permet.
  • Augmenter la ventilation.
  • Chercher la cause de la condensation : fermeture trop étanche, écart de température très important, trop d’hydratation extérieure ou, tout simplement, une masse de champignon qui produit déjà plus d’humidité que le récipient ne peut en évacuer.

Une chambre entièrement embuée pendant un moment n’est pas forcément un problème. Ce qui est préoccupant, c’est une condensation qui goutte en continu et finit par s’accumuler sous forme d’eau liquide.

Ventilation

La ventilation est essentielle. Le jardin et des milliers de fourmis produisent du CO₂, de la chaleur et de la vapeur d’eau. Chez les fourmis coupeuses de feuilles, l’architecture du nid est étroitement liée aux échanges gazeux et au climat intérieur : chez une autre espèce du genre, A. ambiguus, on a montré que les courants d’air sec vont jusqu’à organiser la façon dont les ouvrières construisent.

A. octospinosus construit des nids relativement superficiels : au Costa Rica, on les a décrits au ras du sol, au pied d’arbres morts et sous la litière, bien loin des gigantesques réseaux profonds de certaines Atta. C’est une architecture qui facilite beaucoup les échanges gazeux avec l’extérieur.

C’est pourquoi, chez Antomas, nous ne recommandons jamais de garder le champignon dans un récipient hermétique. La ventilation doit suffire à éviter l’accumulation de CO₂ et une condensation excessive, sans dessécher rapidement la surface du jardin. Cet équilibre s’obtient bien mieux avec une installation conçue spécialement pour les fourmis coupeuses de feuilles qu’en improvisant avec un récipient complètement fermé.

Une seule chambre ou plusieurs ?

Par son architecture, A. octospinosus est bien plus proche d’une coupeuse à une ou quelques chambres que d’une grande colonie d’Atta à multiples chambres. La colonie commence avec une seule chambre, celle de la reine fondatrice, et les éleveurs allemands décrivent les nids adultes comme des nids en terre à plusieurs chambres, mais bien plus petits que ceux des Atta. Dans les plantations de Trinidad, les nids matures comptaient jusqu’à 17 trous d’entrée.

Nous n’affirmerions donc pas que toutes les populations de l’espèce ont forcément une seule chambre. Depuis la révision de 2025, nous savons qu’A. octospinosus regroupe des populations très différentes, et le genre peut développer davantage de chambres à mesure que la colonie grandit.

Et surtout, en captivité, utiliser plusieurs récipients à champignon ne pose aucun problème. Une colonie peut parfaitement entretenir deux, trois récipients connectés ou plus si elle a besoin de place supplémentaire. Les fourmis décideront de la quantité de champignon à garder dans chacun et peuvent déplacer du matériel d’un module à l’autre. En résumé :

  • Dans la nature : un nid généralement superficiel, avec un ou quelques jardins principaux.
  • En captivité : plusieurs récipients à champignon connectés fonctionnent parfaitement et facilitent l’expansion des grandes colonies.

Fourmilière recommandée : le Kit Fungarium d’Anthouse

Pour Acromyrmex octospinosus, le système que nous recommandons chez Antomas est le Kit Fungarium d’Anthouse pour fourmis coupeuses de feuilles. Il est spécialement conçu pour l’élevage des fourmis coupeuses et permet d’organiser de manière modulaire les zones fonctionnelles de la colonie, avec des modules de 19,5 × 19,5 × 26 cm.

Idéalement, il faut séparer :

jardin de champignon → aire de fourragement → dépotoir

et ajouter de nouveaux récipients à champignon à mesure que la colonie grandit. C’est la même idée que recommandent les éleveurs européens : au moins trois récipients, un pour le champignon, un pour la nourriture et l’eau et un pour les déchets, avec lesquels une colonie peut tenir un ou deux ans avant d’avoir besoin de plus de place pour le champignon. Cette séparation facilite énormément l’entretien.

  • Le dépotoir loin du champignon. Les fourmis elles-mêmes ont tendance à regrouper les débris végétaux, les fragments de champignon mort, les cadavres et autres déchets dans des endroits précis. Si elles choisissent spontanément un module comme dépotoir, mieux vaut respecter cette organisation que de les obliger sans cesse à se réorganiser.
  • De longs trajets. Les Acromyrmex parcourent de longues distances jusqu’à leurs zones de coupe, et les éleveurs constatent qu’elles se développent mieux avec une bonne longueur de tube entre le champignon et l’aire de fourragement. Et les voir défiler avec leurs feuilles est l’un des grands spectacles de cette espèce.
  • Grilles et connexions à l’épreuve des minors. Les plus petites ouvrières sont minuscules : vérifiez qu’aucune grille d’aération ni aucune connexion ne laisse d’interstice par lequel elles pourraient passer.
  • Barrière à l’huile minérale en haut des parois de l’aire de fourragement, car elles grimpent sur les surfaces lisses (voir « Évasions et barrières »).
  • Eau, facultative : un abreuvoir dans l’aire de fourragement si vous le souhaitez ; elles tirent beaucoup d’eau du champignon lui-même.

Arrivée, installation et premières semaines

Chez Antomas, nous vendons A. octospinosus sous forme de colonies avec reine, déjà fondées, avec ouvrières et couvain. Elles arrivent toujours avec leur champignon : la reine, ses ouvrières, le couvain et le jardin voyagent ensemble dans une boîte en plastique. Nous ajoutons souvent un tube à essai contenant du champignon de secours, au cas où le jardin principal arriverait abîmé par le voyage. Les colonies ont laissé derrière elles l’étape la plus risquée de leur vie, mais elles restent jeunes, et les premières semaines à la maison sont importantes.

Très important : les fourmis du tube de secours doivent être retirées. Les ouvrières présentes dans le tube de champignon de secours ne doivent jamais être mélangées avec celles de la boîte de la reine. Avant d’utiliser ce champignon, retirez-les toutes avec précaution, à l’aide d’un pinceau doux ou d’une pince souple, et ne gardez que le champignon.

  • À la réception, laissez la colonie se reposer dans un endroit calme, à 24–26 °C, et vérifiez la boîte : le jardin doit être en bon état, sans flaques ni condensation excessive.
  • Préparez le Fungarium à l’avance : monté, avec l’aire de fourragement et le dépotoir prêts, la barrière d’huile en place et les couvercles et connexions bien ajustés.
  • Installation par transvasement. Chez Antomas, nous transférons la colonie en la transvasant : nous ouvrons la boîte au-dessus du module à champignon et nous déplaçons le jardin en blocs aussi entiers que possible, avec la reine, les ouvrières et le couvain qu’ils contiennent. Le fragmenter inutilement détruit une partie de sa microstructure. Les retardataires se ramassent avec un pinceau doux. Travaillez au-dessus d’un plateau et sans vous presser.
  • Le champignon de secours, sans fourmis. Si le jardin principal arrive en bon état, la colonie n’en aura pas besoin. S’il arrive abîmé, placez le champignon de secours, débarrassé de toutes les fourmis du tube, à côté du jardin principal, pour que les ouvrières de la colonie l’incorporent.
  • Les premières feuilles. Dès que la colonie est installée, proposez une petite quantité de matériel tendre et sûr, comme de jeunes feuilles de ronce ou de rosier et quelques pétales, et observez ce qu’elles acceptent.
  • Patience. Il est normal qu’elles consacrent les premiers jours à réorganiser le jardin. Ne le démontez pas pour voir comment il va.
  • Pour agrandir, connectez de nouveaux modules à champignon à mesure que la colonie grandit : les fourmis déplaceront elles-mêmes le matériel.

Les petites colonies sont les plus fragiles : avec peu d’ouvrières, le moindre contretemps pèse davantage. Il vaut donc mieux être particulièrement attentif à l’humidité et à la provenance des plantes pendant les premiers mois.

Alimentation : feuilles, fleurs et zéro pesticide

L’alimentation doit reposer sur du matériel végétal frais, varié et totalement exempt de traitements chimiques. N’oubliez pas que vous ne nourrissez pas directement les fourmis, mais leur champignon : les feuilles sont l’engrais du jardin. On peut utiliser différentes plantes selon leur disponibilité et ce que la colonie accepte.

Quelles plantes utiliser. En captivité, des colonies d’A. octospinosus ont été maintenues avec des plantes de genres comme :

  • Rosa (rosiers) ;
  • Vitis (vigne) ;
  • Prunus (cerisiers, pruniers et autres arbres fruitiers à noyau) ;
  • Acer (érables) ;

ainsi que d’autres plantes ornementales et arbustes. Les éleveurs européens citent les rosacées comme leurs préférées, ainsi que la ronce, le framboisier, le sureau, le tilleul, le chêne, le saule et le robinier. En captivité, la ronce et de nombreux pétales et fleurs fonctionnent très bien, à condition qu’ils proviennent de plantes sûres.

Des fleurs, aussi. Nous ne limiterions pas le régime aux feuilles vertes. Dans les cacaoyères adultes de Trinidad, les fourrageuses préféraient les fleurs aux feuilles et récoltaient environ 3 000 fleurs par hectare et par jour. Fleurs, pétales et jeunes pousses peuvent constituer une excellente partie de l’alimentation.

Fruits et légumes. D’après notre expérience, elles acceptent aussi volontiers les fruits du supermarché, comme la pomme, la banane et l’orange, et des légumes comme la laitue, le chou-fleur et le brocoli. D’autres éleveurs citent aussi le raisin. Avec les fruits et légumes du supermarché, prudence : beaucoup sont traités après la récolte, surtout les agrumes, avec des cires et des fongicides sur la peau. Mieux vaut des produits bio ou non traités, bien lavés, et retirer ce qu’elles ne coupent pas avant que cela ne fermente ou ne moisisse.

Nourriture d’hiver. Quand les feuilles fraîches se font rares, il existe des alternatives : des pétales de rose séchés, vendus prêts à l’emploi (de qualité alimentaire, jamais décoratifs ni parfumés) ; les fruits et légumes que nous venons de voir ; et des flocons d’avoine, particulièrement utiles quand l’installation est très humide.

Variété. Elle est vivement recommandée. N’offrez pas une seule plante pendant des mois, même si la colonie l’accepte très bien : mieux vaut alterner les ressources et laisser les fourmis choisir elles-mêmes.

Quelle quantité de feuilles. Qu’elles n’en manquent jamais. Si vous faites un entretien quotidien et retirez les feuilles qui sèchent ou s’abîment, chez Antomas nous préférons qu’il y en ait trop plutôt que pas assez : une colonie aux ressources abondantes se développe davantage. Si vous ne pouvez pas nettoyer souvent, adaptez la quantité à ce qu’elles coupent en un ou deux jours, car les feuilles oubliées pourrissent et attirent la moisissure. Et préparez-vous à en donner davantage quand la colonie élève des reines et des mâles : dans les nids de laboratoire de Lewis, l’apport de feuilles triplait en présence de sexués. Pour les petites colonies, une astuce pratique consiste à proposer des rameaux dans un petit flacon d’eau, qui restent frais plus longtemps ; bouchez l’ouverture du flacon avec du coton ou du papier aluminium pour qu’aucune ouvrière ne se noie.

Plantes à éviter :

  • Toute plante traitée aux insecticides, acaricides, fongicides ou herbicides ; les fleurs commerciales de fleuriste ; les plantes ornementales fraîchement achetées ; les feuilles récoltées près de cultures traitées ou de routes, et tout matériel d’origine inconnue.
  • Laurier-rose (Nerium oleander) et tabac (Nicotiana tabacum) : toxiques avérés pour cette espèce.
  • Sumac (Rhus) : toxique pour le champignon, selon les éleveurs.
  • Feuilles d’agrumes, avec prudence : celles du mandarinier contiennent des substances qui dissuadent A. octospinosus. Le fruit, c’est autre chose : d’après notre expérience, elles mangent bien l’orange, à condition qu’elle ne soit pas traitée.

Une colonie peut refuser une plante dangereuse, mais il ne faut pas utiliser sa capacité de sélection comme preuve d’innocuité.

Du nectar, de temps en temps seulement. Contrairement à d’autres fourmis, les coupeuses de feuilles n’ont besoin ni d’insectes ni d’un apport régulier de sucre : leur nourriture, c’est le champignon. En complément, et seulement de temps en temps, environ tous les quinze jours, vous pouvez leur offrir un peu de nectar ou d’eau sucrée, que les ouvrières boivent. Ce n’est pas nécessaire. Si vous le faites, donnez-en peu, dans un abreuvoir et jamais sur du coton, et retirez les restes avant qu’ils ne fermentent. La base doit toujours rester le matériel végétal frais.

Eau : facultative. Elles tirent beaucoup d’eau du champignon lui-même et des feuilles fraîches ; si vous le souhaitez, placez un abreuvoir dans l’aire de fourragement et vaporisez les feuilles. Ce qui ne doit jamais manquer, c’est l’humidité du jardin : laisser le champignon se dessécher est une erreur grave.

Entretien du jardin

Il faut toucher le champignon le moins possible. Il n’est pas conseillé de démonter sans cesse le jardin pour voir à quoi il ressemble à l’intérieur : une colonie en bonne santé se charge de le réorganiser, de nettoyer les zones abîmées et de déplacer le matériel vers les zones de croissance.

  • S’il faut le déplacer, faites-le en blocs aussi entiers que possible : le fragmenter inutilement détruit une partie de sa microstructure.
  • Que les ouvrières accèdent à tout le jardin. Ne placez ni grilles ni séparations dans le récipient du champignon qui empêchent le passage des grandes ouvrières. Un éleveur racontait comment, avec une Atta, le haut de son jardin s’était affaissé et, le lendemain, s’était entièrement effondré à cause d’une séparation ; une fois celle-ci retirée, le champignon s’est rétabli.
  • Ne mélangez pas les champignons. Nous éviterions de mélanger régulièrement du champignon de colonies différentes. Les cultures peuvent être incompatibles : chez deux Acromyrmex qui vivent dans la même zone, les anciennes A. octospinosus et A. echinatior, on a démontré une incompatibilité partielle entre les fourmis et les champignons d’autres colonies. En outre, chaque jardin transporte sa propre communauté microbienne. Un petit apport de champignon provenant d’une colonie compatible peut être utile dans des situations précises, mais ne doit pas devenir une habitude.

Si le jardin s’effondre. Un champignon qui rétrécit, fonce ou se retrouve sans ouvrières, des taches de moisissure d’une autre couleur ou de l’eau accumulée au fond sont des signaux d’alerte. Vérifiez d’abord l’essentiel : flaques, ventilation, température et provenance des dernières plantes. Comme Escovopsis est peu virulent dans les colonies complètes, quand un jardin s’effondre en captivité, il vaut mieux chercher d’abord une erreur d’élevage que d’accuser le parasite.

Dépotoir

La zone des déchets mérite son propre récipient. Les fourmis coupeuses de feuilles produisent une grande quantité de déchets : matériel végétal rejeté, fragments de vieux jardin, cadavres et particules contaminées. Les ouvrières chargées du dépotoir ont un répertoire comportemental différent de celui des ouvrières du jardin, et la séparation est aussi sociale : les ouvrières couvertes de bactéries protectrices n’y vont jamais.

Tenir les déchets à l’écart de la culture réduit le risque de micro-organismes opportunistes et simplifie énormément le nettoyage. Les éleveurs recommandent en outre un dépotoir sec, à 30–40 % d’humidité, qui freine les moisissures et les acariens.

Les déchets, aussi, informent. Chez une autre espèce du genre, A. lobicornis, une expérience de terrain a montré que les fourmis utilisent le dépotoir comme source d’information : quand on y a placé une nourriture parfaitement valable, son acceptation sur les pistes de fourragement a chuté de 55 % le lendemain, et n’est revenue à la normale que des semaines plus tard. Une raison de plus pour ne jamais mélanger la nourriture et les déchets.

Quand vous videz le dépotoir, inutile de le stériliser complètement à chaque fois. Il suffit de retirer la majeure partie du matériel et de garder le récipient fonctionnel.

Diapause : pas nécessaire

Acromyrmex octospinosus n’a pas besoin de diapause froide. La majeure partie de son aire se trouve dans des régions tropicales ou subtropicales, où la variation annuelle de température est relativement limitée. Sa saisonnalité naturelle dépend bien plus de la pluie, de l’humidité, de la disponibilité des plantes et de la reproduction que d’un hiver froid comme celui des espèces européennes. Les éleveurs européens sont d’accord : pas de repos hivernal.

En captivité, nous ne refroidirions pas volontairement le jardin en hiver : nous le maintiendrions à peu près dans la même plage de température toute l’année. La colonie peut modifier temporairement sa croissance ou réduire la quantité de matériel récolté, mais il ne faut pas confondre cela avec une diapause.

Comportement en captivité

Une colonie établie est extraordinairement active. Lorsqu’elle découvre une ressource intéressante, elle peut former rapidement une file d’ouvrières qui circulent sans arrêt entre la plante et le nid. La piste chimique se renforce à mesure que le trafic augmente, si bien qu’un petit chemin peut devenir en quelques minutes une véritable autoroute.

Beaucoup à observer. De grandes ouvrières qui coupent des feuilles avec leurs mandibules, des colonnes chargées de morceaux de feuilles ou de pétales, des minors qui travaillent dans le jardin, les allées et venues vers le dépotoir, des ouvrières « saupoudrées » de blanc par leurs bactéries… C’est l’une des espèces les plus gratifiantes à observer.

Observer sans crainte. Chez Antomas, nous pensons que les fourmis sont faites pour être appréciées, observées et pour apprendre d’elles, pas pour rester cachées. Il suffit de les observer avec délicatesse, en intervenant et en les stressant le moins possible, et sans démonter le jardin. Elles s’habituent à votre présence.

Signaux d’alerte :

  • Des ouvrières mortes ou aux mouvements anormaux sans dégâts apparents sur le jardin : suspectez une plante contaminée (voir « Elles goûtent avant de cultiver »). Retirez cette plante immédiatement.
  • Des gouttes qui tombent sans arrêt ou de l’eau au fond du récipient du champignon : trop d’humidité ou pas assez de ventilation.
  • Un jardin qui rétrécit ou se retrouve sans ouvrières : vérifiez la température, l’humidité et les plantes.
  • Des feuilles qui restent intactes pendant des jours : la plante ne leur plaît peut-être pas ou ne leur a pas réussi ; essayez-en une autre.
  • Beaucoup d’ouvrières et peu de place pour le champignon : il est temps d’ajouter un module.

Évasions et barrières

A. octospinosus grimpe sur les surfaces lisses, et sa capacité de recrutement exige une grande attention aux connexions et aux couvercles. Une petite ouverture qu’une seule ouvrière parvient à franchir peut ensuite être empruntée par beaucoup d’autres, et la piste chimique fera le reste. D’après notre expérience, l’huile minérale fonctionne assez bien comme barrière anti-évasion :

  • Une bande d’huile minérale en haut des parois de l’aire de fourragement, fine et continue. Renouvelez-la quand vous voyez qu’elle accumule de la poussière ou des débris.
  • Des couvercles bien ajustés sur tous les modules.
  • Des connexions solides entre les modules et les tubes ; vérifiez-les souvent, surtout à mesure que la colonie grandit.
  • Des grilles d’aération fines, par lesquelles même les plus petites ouvrières ne peuvent pas passer.
  • Rien qui puisse servir de pont : ni brindilles ni feuilles appuyées près de la barrière.
  • Prudence à l’ouverture pour donner des feuilles ou vider le dépotoir : ouvrez juste ce qu’il faut, travaillez calmement et refermez quand vous avez fini.

Manipulation et sécurité

Les grandes ouvrières peuvent mordre fort, mais nous ne considérons pas A. octospinosus comme une espèce dangereuse pour l’éleveur au même titre qu’une grande Myrmecia ou une Pogonomyrmex maricopa. Le principal risque concerne la colonie elle-même et sa culture. Un insecticide ménager, un désodorisant agressif, une plante contaminée, une chambre inondée ou une panne de chauffage prolongée peuvent faire bien plus de dégâts que les petites erreurs d’alimentation du quotidien.

Manipulez-les avec des outils entomologiques, comme un pinceau doux ou une pince souple, jamais avec les mains, et travaillez lentement pour ne pas abîmer le jardin ni la reine. Ne réunissez pas de colonies différentes. C’est une espèce exotique qui, sous les climats tropicaux, est devenue un ravageur (voir « La fourmi-manioc : la coupeuse qui a conquis la Guadeloupe ») : elle ne doit en aucun cas être relâchée.

Une fois ces principes compris, une colonie bien établie est étonnamment facile à élever.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • Utiliser des plantes d’origine inconnue, de chez le fleuriste, tout juste achetées en jardinerie ou récoltées près de cultures traitées ou de routes.
  • Leur donner du laurier-rose, du tabac ou d’autres plantes toxiques, ou compter sur la colonie pour « savoir » refuser une plante dangereuse.
  • Laisser des flaques se former dans le récipient du champignon, ou mouiller directement le jardin.
  • Fermer hermétiquement la chambre à champignon, ou la chauffer avec une source de chaleur intense collée au récipient.
  • Démonter ou morceler le jardin pour voir à quoi il ressemble à l’intérieur.
  • Placer dans le champignon des grilles ou des séparations qui empêchent le passage des ouvrières.
  • Mélanger régulièrement du champignon de colonies différentes, réunir des colonies ou ajouter des reines étrangères.
  • Placer le dépotoir à côté du champignon, ou laisser des feuilles pourrir dans l’aire de fourragement.
  • Donner des fruits ou légumes traités sans les laver, ou faire du nectar une routine : un peu tous les quinze jours suffit, et ce n’est même pas nécessaire.
  • Mélanger à la colonie les fourmis qui arrivent dans le tube de champignon de secours.
  • Utiliser des insecticides, des désodorisants ou des aérosols près de la fourmilière.
  • Leur imposer une diapause froide.
  • Négliger les barrières : laisser des interstices, des connexions desserrées ou des grilles par lesquelles passent les plus petites ouvrières, ou ne pas renouveler l’huile.
  • Les manipuler à mains nues, ou les relâcher.

Sources scientifiques

Cette fiche d’élevage repose sur la littérature scientifique consacrée à Acromyrmex octospinosus et aux fourmis coupeuses de feuilles, et sur l’expérience d’Antomas et d’autres éleveurs. Principales références :

  1. Mera-Rodríguez, D., Fernández-Marín, H. & Rabeling, C. (2025). Phylogenomic approach to integrative taxonomy resolves a century-old taxonomic puzzle and the evolutionary history of the Acromyrmex octospinosus species complex. Systematic Entomology 50: 469–494. doi:10.1111/syen.12665
  2. Agavekar, G. et al. (2025). A haplotype-resolved chromosome-scale genome assembly and annotation for the leafcutter ant, Acromyrmex octospinosus. Genome Biology and Evolution 17: evaf047. doi:10.1093/gbe/evaf047
  3. Lewis, T. (1975). Colony size, density and distribution of the leaf-cutting ant, Acromyrmex octospinosus (Reich) in cultivated fields. Transactions of the Royal Entomological Society of London 127: 51–64. doi:10.1111/j.1365-2311.1975.tb00552.x
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